Chantage
(Les diplômés chômeurs réclament le droit dêtre irresponsables, sous peine de se suicider)
Il y a quelques semaines, nous avons échappé à un fait divers qui aurait pu être particulièrement horrible : un diplômé-chômeur a essayé de simmoler par le feu, à Rabat. Heureusement, il a été maîtrisé à temps. Profitons-en pour poser le problème sans que lémotion ne nous fasse perdre toute objectivité, cest-à-dire avant quun autre ne réessaye et ne réussisse son coup.
Le responsable de la question à la Primature la dit : à chaque fois quon propose aux diplômés-chômeurs un travail dans le privé, ils refusent. Ce quils veulent, ce quils exigent, cest un poste dans la fonction publique. Cest-à-dire la sécurité de lemploi, lassurance quon ne les sanctionnera jamais sils sont vélléitaires et improductifs, et la certitude de grimper dans léchelle salariale à lancienneté, autrement dit par la simple grâce du temps qui passe. Bref, ces gens-là réclament le droit dêtre irresponsables, sous peine de se suicider.
Il ny a pas dautre mot, cest du chantage. Mais faut-il blâmer ses auteurs ? Ce nest pas leur faute, si on ne leur a jamais appris à se prendre en charge. Et ce nest surtout pas leur faute si lÉtat est lâche. Car depuis le début du phénomène dans les années 90, lÉtat a régulièrement "casé" les diplômés-chômeurs par grappes, dans des administrations. Juste pour les faire taire, sachant pertinemment que dautres suivraient, quils réclameraient la même chose et quil ne serait jamais possible de satisfaire tout le monde. Le gouvernement Jettou vient, tout récemment, den embaucher près de 1700. Grave erreur. Cela consiste à dire aux autres : "continuez, vous avez toujours une chance". Plus lÉtat cèdera à la pression, plus la pression sera forte.
Mais dun autre côté, comment ne pas y céder ? En les laissant manifester tous les jours devant le Parlement, aux portes des ministères, dans la rue ? En les dispersant par la force systématiquement, au risque de déclencher un large mouvement de sympathie en leur faveur ? En attendant que lun dentre eux finisse par se suicider, et quil soit érigé en martyr par ses camarades, qui ne sen radicaliseront que plus ?
En un mot, cest limpasse. Et cela dépasse largement le pauvre Driss Jettou. Alors navré, on en revient toujours à lui, mais cest le prix à payer quand on tient au pouvoir absolu : de cette situation-là comme de bien dautres, le roi est lultime responsable. Il nous avait bien prévenus dès son premier discours, en lançant cette petite phrase historique : "Je nai pas de baguette magique". Eh bien cest regrettable, Majesté. Au point où nous en sommes, il ny a plus que ça qui nous sauverait. |