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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

L’inspecteur Ali contre Oussama Ben Laden

Driss Chraïbi est d’une fraîcheur littéraire à chaque fois renouvelée. Le secret de jeunesse de ce romancier de 74 ans, son imagination débordante. Cette fois, l’intrépide inspecteur Ali, l’alter ego populaire de l’auteur, est chargé par le ministre de l’Intérieur d’enquêter sur la mort d’un mystérieux barbu, retrouvé au fond d’un puits dans un riad à Marrakech. Le quidam, dit L’homme qui venait du passé, se trouve être Oussama Ben Laden, himself. Mais Chraïbi est moins intéressé par l’effet de suspense, propre aux romans policiers, que par les péripéties humaines, gastronomiques, interculturelles que permet l’investigation, mine de rien. Avec sa nonchalance
légendaire, l’inspecteur Ali entame son périple sur le site apparemment calme de Marrakech, où il pense autant aux plaisirs du palais qu’aux dédales du palace. Il part ensuite pour "La Mecque du banditisme", Tanger, à la rencontre de Mimoun Riffi, le dealer en chef, relais local de la mafia internationale. Par le truchement de la CIA, il commence, lentement, à tisser des liens insoupçonnés entre l’icône de l’islamisme et le roi de la drogue. Le tremplin est assuré pour aller à la rencontre d’Alfred El Benna, alias Salem Ben Laden, qui mourra quelque temps plus tard. Ali arrive même jusqu’à Peshawar. Au passage, l’auteur nous gratifie d’une écriture troublante, passant du coq à l’âne, d'une logique purement absurde, non pas vers la découverte du meurtrier ni même les conditions du meurtre, mais vers la mise à nu d’un quiproquo culturel : ce n’est pas un conflit civilisationnel, mais une connivence d’intérêts (CIA-islamistes), qui a précipité l’homme qui venait du passé au fond d’un puits. Le collage d’éléments biographiques de Ben Laden et les bribes d’imagination du brinquebalant inspecteur, peut paraître incongru. Mais c’est bien cela qui donne de la vie à ce texte, construit à l’image de ce monde où le zapping et la mémoire personnelle s’interpénètrent. Déstabilisant.

Ed. Denoël ; (70 dh)



Parution. Le deuxième essai de Benamour

Abdelali Benamour est un politicien qui réfléchit à des alternatives et agit au sein de la société civile pour influencer, un tant soit peu, le cours des choses. Lorsqu’il écrit, il garde le même état d’esprit. Espérance et volonté est son deuxième essai (après Le Maroc interpellé en 1992), fait d’un alliage de convictions, d’observations et de propositions. Lorsqu’il aborde la crise des élites, la dichotomie modernité-intégrisme puis l’enjeu de la démocratisation, il pense en économiste et en manager. Il est soucieux de relancer la compétitivité et d’amarrer le Maroc à la géopolitique qu’impose la mondialisation, via des regroupements régionaux viables. La clé de voûte devient alors une solution pour le Sahara qui reconnaisse le Maghreb des régions. Vaste programme. Mais Benamour est un optimiste.

Éd. ODCE (120 DH)



Parution. Aziz Hasbi en universitaire

Il a longtemps été un expert prisé par l’entourage de Hassan II. Il a souvent été sollicité comme spécialiste des relations internationales, sur la question du Sahara. Il a été, durant des années, éloigné de l’univers de la recherche par les contraintes du système. Aujourd’hui, Aziz Hasbi se retire du monde pour se repositionner en chercheur en relations internationales. Son dernier ouvrage, Théories des relations internationales, est un exercice d’érudition réussi. En confrontant les écoles de pensée, les tendances, les courants, il offre aux spécialistes et étudiants un ouvrage de référence et prend de la hauteur par rapport à toutes les conjectures locales. L’essai, en tout cas, est bien transformé. Avis aux initiés.

Éd. L’Harmattan (août 2004)

 
 
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