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Télévision. TPS tar* (*TPS s'est envolé)
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Portrait. Jamal Benomar, une patera pour l'ONU
Médecine. Un coeur artificiel 100% marocain
N° 152
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Portrait. Jamal Benomar, une patera pour l'ONU
Médecine. Un cœur artificiel 100% marocain

Par Driss Bennani

Télévision. TPS tar* (*TPS s'est envolé)

(DR)
…Et les Marocains sont en deuil. L'arrêt du dernier bouquet numérique français pose un problème social, économique, sociologique et… monétaire ! Décodage.


Youssef a fini par l’écrire noir sur blanc. Sur un petit carton qu’il a accroché à l’entrée de son échoppe, le jeune commerçant a listé les dernières chaînes françaises, encore "récupérables" sur satellite. France 2 et 3, M6, TF1, Star Academy, Multivision 8 et TF6. Il n’en peut plus. Depuis bientôt deux semaines, il passe ses journées à expliquer - de moins en moins calmement - à
ses centaines de clients que TPS, c’est fini… du moins pour le moment. "C’est fou. On dirait que les gens ne veulent pas le croire. Beaucoup reviennent demander chaque jour. Ils se disent prêts à acheter du nouveau matériel, à payer plus cher les recharges, pourvu qu’ils retrouvent leurs chaînes de télé. Comme si ça dépendait de nous !", explique-t-il. En ces derniers jours d’automne, Derb Ghallef fait ses dernières bonnes affaires. Sur les étalages, des centaines (des milliers ?) de récepteurs numériques attendent, tristement presque, leur tour d’être "flashés". Pour la dernière fois, peut-être. "TPS était le dernier bouquet numérique à être piraté après l’arrêt de CanalSatellite. Maintenant, il ne reste plus que des chaînes en clair qui ne risquent pas d’être cryptées un jour", explique, un brin nostalgique, Farid. Lui aussi, est en train de faire ses dernières bonnes affaires. Son téléphone n’arrête pas de sonner toute la journée, tout comme le coffre de sa voiture ne cesse de s’emplir de décodeurs à adapter aux nouvelles configurations. Bientôt, dit-il, il reviendra à son métier d’origine, non sans crainte. "Le commerce de la parabole, explique-t-il, est beaucoup plus simple et plus lucratif que la réparation. Et puis, je ne sais pas si je pourrai m’en sortir avec ces nouvelles générations de téléviseurs. Ça se développe tellement vite".

La faute à Chirac
"C’est la faute à Chirac. Tu parles d’un ami du Maroc. Zaâma il ne pouvait pas faire pression sur TPS pour laisser le Maroc tranquille ? !". En lançant cette "boutade diplomatique", le vieil homme qui vient s’accouder sur le comptoir de Youssef ne bronche même pas. C’est à peine s’il n’accuse pas le président français de racisme ou de xénophobie. Pour le sexagénaire, TPS (qu’il ne regarde peut-être même pas) est un droit. L’en priver est une violation. Ce qu’il ne sait par contre pas, c’est que dans le pays de Chirac, des téléspectateurs payent 10 à 20 fois plus cher que lui pour jouir de ce "droit". Un "droit exclusif" que TPS semble bien décidé, aujourd’hui, à garantir aux seuls abonnés français et monégasques (où le bouquet est commercialisé). Le groupe français vient d’acquérir un nouveau système de cryptage approprié. "TPS avait un système de cryptage standard. Aujourd’hui, le bouquet a ce qu’on appelle un système approprié dont il détient, seul, la licence. Le cryptage à la source comme celui de la clé est aléatoire et donc très difficile à percer", explique Hafid Beqal, directeur technique et de transmission à 2M. Un système semblable à celui de CanalSatellite, aussi onéreux, moins robuste mais qui présente des défaillances extrêmement rares. Seul risque à craindre (ou à espérer, c’est selon), une fuite chez le fournisseur du système de cryptage. En attendant, techniquement du moins, TPS, c’est bel et bien fini.

Dur, dur la reconversion
Une réalité que les petits débrouillards du circuit informel ne veulent pas admettre. Beaucoup continuent à promettre des lendemains plus clairs. Mais au fond, tous savent qu’une époque est aujourd’hui terminée. Que le nouveau système de cryptage du dernier bouquet numérique encore vulnérable sonne le glas d’un métier. Socialement, cela a de quoi être préoccupant. Sans disposer de chiffres, on estime le nombre de personnes vivant directement ou indirectement du piratage du satellite entre 10.000 et 40.000. Car, autour des jeunes qui rechargent votre carte, il y a les installateurs de parabole, les réparateurs de télé, les vendeurs de récepteurs, d’antennes, etc. Pour tous, un véritable problème de reconversion se pose.
Chez ce grand constructeur d’électronique, on subit autrement les conséquences du nouveau cryptage TPS. Il vient de lancer, à coups de grandes campagnes de pub, il y a tout juste quelques jours, une nouvelle gamme de récepteurs-magnétoscopes sur le marché. "Il est encore trop tôt pour faire des constats. Mais il est clair que ce changement de codage tombe très mal. Très peu de gens penseront à s’équiper en nouveau matériel, aussi innovant soit-il, tant qu’il ne leur permettra pas de récupérer leurs chaînes favorites", explique un responsable commercial. Chez son concurrent, les équipes commerciales craignent pour le marché des téléviseurs. "Je me demande si les gens investiront encore dans des télévisions haut de gamme sans les chaînes thématiques, de sport et de cinéma. J’espère que l’effet sera minime, mais un ralentissement sensible de l’activité est inévitable", déclare un responsable. À Derb Ghallef, les prix des récepteurs ont dramatiquement chuté. Pour limiter la casse, on liquide les stocks. Pas besoin de faire une école de commerce pour le comprendre.

TPS, cet exutoire !
Depuis son cabinet à Casablanca, Aboubakr Harakat, psychologue, observe tout cela avec beaucoup de sérieux. Il affirme que, "sans être préoccupante, les responsables ont intérêt à se préoccuper de la situation". Aucun "patient TPS" à signaler jusqu’à maintenant, mais certains commencent à parler de leur "dépendance" télévisuelle. Florilège : "Avant, j’avais TPS, maintenant je n’ai rien", "Encore une fois, on va nous abrutir à coups de chaînes arabes", "Je ne sais plus quoi faire de mes soirées, ça me stresse", "Je me sens orpheline", "Je me sens prisonnier"… Pour le psychologue casablancais, la tension est palpable. Après coup, il constate que TPS entretenait de nombreuses illusions et remplissait des fonctions qu’on ne soupçonnait même pas. Il y a d’abord ce mythe de la super intelligence technologique marocaine qui s’écroule. Puis il y a l’illusion de la vie à l’occidentale. Ce que Harakat qualifie de "H’rig satellitaire". "À 19 ou 20 heures, le téléspectateur marocain se mettait devant son téléviseur pour s’évader vers des débats élevés, une vie politique saine, des informations rigoureuses et un divertissement de qualité", résume-t-il. Un exutoire. Une sorte de rituel qui, quoique relativement élitiste, reste partagé par plusieurs centaines de milliers de Marocains, jeunes et moins jeunes. "La francophonie est, il ne faut pas l’oublier, une composante de l’identité marocaine, à côté de la composante arabe ou berbère", martèle Harakat. "On pouvait regarder un film américain ou un match espagnol mais on avait accès à un bouquet qui n’est accessible qu’en France", reconnaît Ali, un jeune qui rêve d’Europe.
Dans les ménages, le TPS servait de tampon. Grâce aux chaînes thématiques, le bouquet faisait l’affaire de tout le monde. En ce sens, il évitait des face à face qui risquent, dorénavant, d’être orageux. Et encore, les solitaires sont aujourd’hui les plus malheureux. "Une personne qui n’a pas beaucoup de fréquentations, qui ne veut ou ne peut pas sortir ou lire n’avait que ses chaînes pour rythmer son quotidien, que va-t-il devenir aujourd’hui que son programme quotidien est chamboulé ?". Au niveau psychologique, c’est une perte de repères pour tous. Un rituel personnel ou familier qui est rompu. Un événement aussi déstabilisant que la perte d’un membre de son entourage, du moins durant les premières semaines. Le temps, explique ce sociologue, d’acquérir de nouvelles habitudes, de faire de la substitution.

Une affaire de sous
Pour cela, beaucoup croient avoir trouvé la solution. Obtenir, à travers des amis ou de la famille installée en France, des abonnements en bonne et due forme. Et puis tant qu’à payer, ils pourront même choisir leur bouquet. TPS ou CanalSatellite. L’efficacité de la méthode a déjà été prouvée par quelques ménages marocains. À 15 euros par mois pour la configuration de base sur TPS, beaucoup se disent aujourd’hui prêts à payer. Mais que représenterait donc cela en terme de fuite de devises pour l’État marocain ? Beaucoup. Il existerait aujourd’hui 5 millions de paraboles au Maroc. En France, 640.000 Marocains disposent d’une résidence légale et donc d’une adresse et un compte en banque. Sur les 3 millions de paraboles (selon les chiffres officiels), et donc de ménages, mettons que 100.000 franchissent le pas et souscrivent à des abonnements dans l’Hexagone. Sur les 640.000 Marocains installés en France, disons que 100.000 acceptent de jouer le relais. Cela fera 15 euros par mois pour chaque ménage. Multiplié par 100.000 (moins de 0,1% de l’ensemble des paraboles), cela fait 1 million 500.000 euros par mois. Annuellement, ce sont 18 millions d’euros qui quitteront le royaume. En dirhams, cela fait 200 millions de dirhams d’envolés. Une jolie part sur les rentrés MRE en devises. L’Europe finit quand même par récupérer l’argent du Beur !

 
 
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