Lectures interdites
(Tous les livres interdits ne sont pas sérieux, ni rigoureux.
Mais le seul fait de les interdire les crédibilise)
Les Trois rois, dernier livre du journaliste Ignace Dalle, a réalisé une performance assez inhabituelle dans lédition française : il sen vend nettement plus dans les aéroports que dans les librairies. Déduction logique, confirmée par un libraire casablancais qui sait de quoi il parle : plusieurs milliers dexemplaires de cet ouvrage circulent au Maroc. On peut en dire autant de Notre ami le roi de Gilles Perrault, La Prisonnière de Malika Oufkir, Le Dernier roi de Jean-Pierre Tuquoi
Ces livres (et beaucoup dautres, quil serait fastidieux dénumérer) sont, pourtant, toujours interdits au Maroc. On en trouve certains, parfois, chez quelques libraires audacieux qui se les procurent par des circuits parallèles. Cela reste très rare. Si leur vente était autorisée, on se rendrait vite compte que tous les livres interdits ne sont pas sérieux, ni rigoureux. Mais le simple fait de les interdire les crédibilise. Effet pervers, et ô combien classique, dune censure aussi absurde quanachronique.
Cela fait longtemps déjà que les particuliers qui ramènent ce genre de livres au Maroc ne risquent plus grand chose. Le plus obtus des policiers de l'aéroport ne penserait plus, aujourdhui, à arrêter quelquun parce quil porte un livre sur lui. Dans le pire des cas, il le lui confisquerait et encore, sans quaucun arrêté ni circulaire ne lui en donne le droit.
De toute façon, autorisés ou pas, les journaux marocains (et pas seulement ceux qui sont réputés "frondeurs") ne se privent plus de reproduire de larges extraits de ces livres, et de les commenter abondamment quitte à en dire du mal. Et létat ne saisit plus ces journaux, ne les tracasse même plus. Donc on a le droit de lire des morceaux choisis forcément les plus croustillants mais pas le livre complet ? Quelle sorte de logique est-ce là ?
Encore plus absurde : sur Internet, on trouve mille fois "pire" que ce qui peut sécrire dans ces livres. Et laccès à Internet, Dieu merci, est aujourdhui très démocratisé au Maroc. Pour 10 dirhams, on peut passer une heure devant la toile, et consulter, par exemple, le site dun fou comme lex-lieutenant des FAR Ahmed Rami, qui appelle les musulmans en général et les Marocains en particulier à "rééditer le geste de Khalil al Islambouli" (lassassin du président égyptien Sadate) ! Alors on a le droit de lire ça, mais pas un livre dhistoire contemporaine ?!
Depuis quelques années, cest indéniable, le Maroc a fait des pas de géant en matière de liberté dexpression. Au lieu de pâtir des critiques, la monarchie en ressort grandie à chaque fois, parce quelle les laisse sexprimer librement. Si ça marche pour la presse et pour le net, ça devrait marcher pour lédition, non ? Allez, un peu de courage
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