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Gauche. Le parti pris de la démocratie
Sida. Un tournant dans l'epidemie
Ilot Leïla. Le choc des photos
Télévision. Trois chaînes pour 2005
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Gauche. Le parti pris de la démocratie
Sida. Un tournant dans l'epidemie
Ilot Leïla. Le choc des photos
Télévision. Trois chaînes pour 2005

Par Driss Ksikes

Gauche. Le parti pris de la démocratie

(AIC Press)
Dans son premier congrès, Fidélité à la Démocratie s’est employée à donner le bon exemple pour mieux marquer les esprits. Consécration d’un vivier de la gauche qui veut grandir.


Si l’on devait s’en tenir aux surprises, le premier congrès de Fidélité à la Démocratie, tenu le week-end des 27 et 28 novembre, en a réservé une pelle. Primo, Mohamed Sassi, figure de proue de l’association, ne veut pas être désignésecrétaire général du parti naissant. "Je peux y contribuer avec le même engagement sans être forcément à la
tête de la formation", déclare-t-il humblement. Faudra-t-il lui forcer la main pour qu’il accepte de prendre les commandes ? Ses pairs ne l’excluent pas. En attendant, Sassi n’a pas remporté le vote interne, comme on pouvait s’y attendre. Deuxième surprise, une jeune femme de 33 ans, inconnue au bataillon, Fatima Zahra Chafaï, lui a ravi la vedette, le devançant de quatre voix. Elle a certes profité du zèle pro-féministe de militants déterminés à propulser les femmes aux premiers rangs. La preuve, les 20 candidates initiales ont toutes été élues avec générosité, alors que le congrès s’était juste fixé un quota de 15 femmes. Le fait que Sassi ait été battu par une femme l’aurait-il refroidi ? Pas le moins du monde, apparemment. "J’en suis fier et ému", confie-t-il avec sa pudeur habituelle. Troisième surprise, Azeddine Akesbi, une des têtes pensantes du parti, élu au secrétariat national (parlement interne), refuse de se porter candidat au bureau national (exécutif). Par pudeur aussi ? Plutôt par "souci d’indépendance et rejet de cumul", affirme-t-il. Déjà secrétaire général de Transparency Maroc, association qui a veillé à la bonne conduite des élections au sein de ce congrès, il veut éviter les amalgames et surtout d’être juge et partie. C’est l’éthique du parti et il l’adopte sans forcer sa nature. Et ce n’en est pas fini des surprises. Mohamed Hafid, un autre initiateur du mouvement, préfère à son tour rester loin de l’instance exécutive. Quel conflit d’intérêt cherche-t-il à esquiver ? Son objectif, aux côtés de ses frères d’armes (Ahmed El Bouz, Omar Lebchirit…) : dissocier, un tant soit peu, son appartenance partisane de sa casquette de directeur de journal (Assahifa). Il réédite, de la sorte, le coup de l’élu incorruptible (Hafid avait refusé, dans une première historique en 1997, un siège non mérité). Le rappel de ce geste symbolique peut donner au parti cette virginité morale nécessaire, gage de popularité. Fidélité a cherché également, lors de ce baptême du feu, à donner des gages de transparence. Sassi a ainsi annoncé avec fierté que "nos dirigeants s’engagent à déclarer leur patrimoine", que "notre rapport financier sera publié dans la presse" et que "nos élections seront systématiquement soumis au contrôle d’observateurs externes et neutres". Pourquoi afficher tant de bonnes intentions ? "Nos amis de Fidélité cherchent à agir par l’exemple au lieu de prêcher la bonne parole", explique le socialiste Mustapha Miftah. En tout cas, ils tiennent tous à réitérer leurs courageuses résolutions. Pour que cela ne passe pas inaperçu. Mais au-delà de ces signes prometteurs, qu’en est-il sur le fond de ce congrès, initialement annoncé pour avril 2002 et retardé pour être mûri ?

Le passé USFP enterré dans la sérénité
Dix jours avant la tenue du congrès, Mohamed Sassi a rendu visite, à titre personnel, à Abderrahmane Youssoufi, l’ex-premier secrétaire de l’USFP. Nostalgie, diplomatie ou mise à plat des querelles passées ? Rien d’aussi déterminant apparemment. "Ce n’était pas fait dans un but politicien, mais purement humain", explique-t-il dans les coulisses. En tout cas, la conséquence a été plutôt politique. L’USFP n’a pas boycotté l’ouverture du congrès de ses "fils égarés". Pour la première fois, le parti socialiste au gouvernement assiste à la naissance d’une formation sortie de ses entrailles. Courtois jusqu’au bout, les gens de Fidélité ont tenu à assumer leur passé partisan, tout en s’accordant le droit, dans un film de 20 minutes projeté pour l’occasion, d’en critiquer la dérive makhzénienne post-alternance. Dans leur acte de naissance en novembre 2001, ils avaient tenu à rappeler leur sagesse et leur patience : "Nous avons attendu un signal positif pendant une année, avant d’annoncer notre détachement définitif. Aujourd’hui, on est sevré". Un parlementaire de l’USFP, qui a tenté alors de ramener Sassi, Akesbi et consorts au parti-père, relativise cette image idyllique : "Ils étaient courtois mais fermes. Ils étaient déjà décidés à en découdre". Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Parmi les 21 fondateurs de Fidélité, certains comme Omar Serhrouchni, Abdelali Mestour et autres, ont quitté leur navire parce qu’ils ne voulaient pas "échanger une grande boutique pour une petite". Aujourd’hui, Fidélité, contrairement aux autres dissidents (PADS, CNI), se positionne comme "un partenaire potentiel" de l’USFP et non comme un ennemi idéologique irascible. Pas de rancœur, donc, mais de la rigueur. Comme son nom l’indique, Fidélité s’attelle à relancer la bataille pour un Etat démocratique (réel), une monarchie parlementaire et la primauté du droit sur tous, valeurs abandonnées par la vieille garde de gauche au lendemain du consensus avec le Palais en 1998.

La fusion avec la GSU en route
Au moment où se tenait le congrès du nouveau parti au centre de Bouznika, la direction de son allié, la GSU, se concertait dans une salle in situ. En attendant l’union, les deux partis de gauche font chambre à part mais se refilent les clés de leurs sièges respectifs pour plus de convivialité. Aujourd’hui, les congressistes de Fidélité (460 au total représentant quelque 2000 adhérents) savent déjà qui est qui du parti avec lequel ils s’apprêtent à fusionner en 2005. Evidemment, Fidélité, n’ayant pu agir autrefois comme simple courant à l’USFP, refuse aujourd’hui de faire des frustrés en son sein. Aussi, les projets alternatifs ne sont pas tués dans l’œuf. Le droit d’afficher et de diffuser des papiers contradictoires n’a pas été limité. "C’est d’ailleurs cela qui peut rendre la fusion possible, estime Miftah (GSU). Avant, lorsque nos partis étaient rigides, il fallait qu’on soit d’accord à 99% pour se mettre ensemble. Aujourd’hui, il suffit de l’être à 60%, les divergences peuvent s’exprimer au sein des courants". Les deux directions partagent la même conviction depuis plus d’une décennie, lorsque chacun militait au sein de son parti d’origine (USFP, OADP). "Nous étions déjà conscients que la démocratie du pays en général était indissociable de celle du parti en particulier", ajoute Miftah. En outre, Fidélité, martèlent ses fondateurs, n’a jamais eu l’ambition d’être "une boutique partisane de plus". D’où son slogan, qui exprime sa raison d’être : "Créer avec les autres le grand parti de gauche". Pour le moment, seule la GSU est prête à mettre son ego partisan de côté pour mieux accepter la cohabitation. Les autres, PADS, CNI et Annahj, qui constituent le noyau du groupement utopique G5, "continuent de croire que la gauche c’est eux d’abord", avoue ce dirigeant discrètement. Mais Fidélité a-t-elle les moyens de ses ambitions ? "Nous sommes encore pauvres. Nous avons même refusé des demandes d’adhésion à la veille du congrès, certes par prudence morale, mais aussi par manque de structures d’accueil", explique Azeddine Akesbi. Réalistes, étant le vivier du grand parti de gauche, ils cherchent à le nourrir plus par la fusion que par les recrutements. Rendez-vous est donc pris pour 2005 (janvier pour les optimistes et décembre pour les réticents) afin que le couple GSU-Fidélité entame enfin sa vie à deux. Entre temps, d’autres ponts sont jetés, discrètement, vers cet ex-dirigeant du PSD, mais aussi avec Alternatives, hier promoteur de l’idée du grand parti de gauche et aujourd’hui, enfin, réceptif au projet de Sassi et de ses amis. Le but, in fine, étant d’élargir la base des votants potentiels à gauche, partant du postulat suivant : "La majorité des électeurs n’est pas islamiste, mais marginalisée ou silencieuse". Et le seul moyen de la captiver est de re-moraliser et réinventer la gauche.

L’attitude anti-Makhzen définie
"Nous sommes actuellement dans l’opposition, mais cela ne détermine pas notre identité", lit-on dans la littérature du parti. Rompant avec le dogmatisme d’antan, Fidélité reste tout de même intraitable sur les préalables de la démocratie. L’agenda a été savamment distillé parmi les congressistes : Primo, "nationaliser l’Etat" pour qu’il ne soit plus identifié à une personne ou confisqué par l’élite makhzénienne. Deuxio, se diriger au moins vers "une monarchie semi-parlementaire" pour paver la route à l’unique jonction possible entre la souveraineté du peuple et le pouvoir héréditaire. Tertio, "libérer franchement le jeu électoral" pour que la base du gouvernement ne soit plus contestable. Last but not least, reconnaître à la justice son statut de "pouvoir indépendant à part entière" pour redonner confiance aux marginaux mais aussi aux investisseurs en la capacité de l’Etat à être équitable. Vaste programme, direz-vous ? En tout cas, l’ambition est affichée et la volonté de la populariser clairement affirmée. En plus, le parti tient à tout faire dans les règles de l’art pour que le Makhzen n’ait pas de prétexte pour lui poser des bâtons dans les roues.

L'anti fondamentalisme clarifié
Khalid Soufiani, le plus proche des islamistes parmi les fondateurs, n’a pas pris part aux travaux du congrès. Trois petits tours à l’ouverture et puis s’en va. Même le discours sur la Palestine, son cheval de bataille, il en a été privé. Avant le congrès, il s’est expliqué avec la direction du parti et compris qu’il serait "moins nocif" loin des instances. A l’origine de la discorde, la position du parti vis-à-vis des islamistes. La ligne idéologique est on ne peut plus claire. "Le Marocain est humain avant d’être musulman et non l’inverse… Les fondamentalistes apportent des solutions simplistes et artificielles qui vont à l’encontre du besoin de modernité au sein de la société… Ils exploitent le malaise social au nom d’une identité close". Soufiani, ainsi qu’Ahmed Ouihmane, défendaient l’opportunité d’impliquer les islamistes (toutes tendances confondues), au nom de la lutte contre l’impérialisme et l’injustice, dans "le front citoyen" que Fidélité aspire à initier. Leur suggestion n’a pas pris. Le front pourrait à la rigueur embrasser l’USFP et le PPS, pour des questions ponctuelles, comme le droit des femmes. Pour le reste, Fidélité défend le droit des islamistes d’agir dans l’espace politique, sans condition préalable d’allégeance à Amir Al Mouminine, symbole d’un pouvoir absolu qui puise sa légitimité dans la religion. Mais au lieu de diaboliser ces mêmes islamistes au nom de la lutte contre le terrorisme, Fidélité plaide pour "un retour au terrain social" et essaie de s’en donner les moyens sans jamais s’appuyer sur les béquilles du Makhzen. Qui pourra l’aider à y parvenir donc ? Des militants probes de la société civile, les syndicats, CDT en prime, et une jeunesse à reconquérir. La bataille s’annonce longue, mais l’ambiance bon enfant du congrès et le rajeunissement patent des cadres leur permet d’y croire. Même s’ils manquent de moyens ? Il faut bien un bout de rêve pour réhabiliter la gauche.

 
 
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