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N° 153
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Notre Guercifi a réalisé qu'il vivait dans un grand zoo avec beaucoup de gardiens...

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Chez Zakaria Boualem, les objets sont vivants. En gros, ils font ce qu’ils veulent, tout en respectant le principe suivant : ne jamais être là où il faut, de façon à être sollicités le moins possible. C’est d’ailleurs ce même principe qui régit la vie d’informaticien de Zakaria Boualem, mais là n’est pas la question. Par le plus grand des hasards, donc, un journal – l’Opinion, pour être précis - a décidé de surgir au sommet d’une pile, s’imposant à la lecture de façon quasiment impérieuse pour ne pas dire plus. Dans ce numéro, daté du vendredi 19 novembre 2004, mouafiq du 6 Chaoual 1425, Zakaria Boualem a lu le texte suivant, en première page s’il vous plaît :
"Des chiens extrêmement dangereux, pour ne pas parler seulement de la rage que véhiculent les chiens errants, continuent à circuler librement à Casablanca, sans laisse ni muselière. C’était le cas pour ce pitbull ou assimilé qui est allé déchiqueter le cou d’un âne qui se promenait lundi, à Hay Laâyoune, juste derrière la célèbre résidence Ouled Ziane. Il a fallu l’intervention d’un riverain pour délivrer à coups de fusil de chasse l’équidé des terribles mâchoires du molosse déchaîné.
Selon des témoins oculaires, tel un chien enragé, le pitbull s’est acharné sur le coup de l’âne qu’il a réduit en lambeaux. Pour mettre fin aux souffrances de l’équidé, un habitant de Hay Laayoune n’a pas hésité à chercher son fusil de chasse pour tirer sur le chien menaçant qui n’a finalement lâché prise qu’après avoir reçu une deuxième balle "
Ami lecteur, prends le temps de bien lire cette dépêche, transcrite ci-dessus dans le plus grand respect de la version imprimée. Relis-la éventuellement. Passe rapidement sur les audaces de style, et sur l’étrange manie de l’Opinion de donner la même info deux fois de suite, et apprécie le rythme de la phrase : "délivrer à coups de fusil de chasse l’équidé des terribles mâchoires du molosse déchaîné". Si ce n’est pas du rap, ça n’en est pas loin.
Mais si toi, ami lecteur, tu es suffisamment au fait de la grammaire française pour apprécier le style de cette brève, il n’en a pas été de même pour Zakaria Boualem. L’infatigable Guercifi, lui, a senti une sueur froide lui parcourir le cuir chevelu pour plonger directement du côté des reins, organe de la peur par excellence. La trouille, cette histoire avec des pitbulls enragés, des ânes égorgés et des riverains armés lui a filé la trouille. Il a tellement eu peur qu’il ne savait plus de quoi il fallait avoir peur. Du pitbull ? Mais il était mort ! Oui, mais il devait bien avoir quelques frères… aussi enragés que lui, prêts à sauter au cou d’un âne. Un âne, a sidi !… Alors, un Zakaria Boualem… Fallait-il avoir peur de l’âne, au cou "en lambeaux" ? Il était probablement devenu enragé, lui aussi… Nari, un âne enragé, en sang, lancé à la poursuite de la Zakariamobile à cause d’un malheureux coup de klaxon déplacé… Et le voisin ? D’aaaaccord, il avait sauvé l’âne, mais un type armé, capable de chercher son fusil comme ça, c’est un cow-boy… Peut être qu’il avait ensuite récupéré l’âne pour en faire sa monture. D’ailleurs, cette histoire sentait le western à plein nez. ça se passait où ? "Juste derrière la célèbre résidence Ouled Ziane"… Zakaria Boualem ne connaît pas cette célèbre résidence. Et pourquoi est-elle célèbre, d’abord ? Parce qu’elle est peuplée de cow-boys armés ? Mystère…
Toujours est-il que cette histoire, encore une fois, a plongé notre infatigable héros dans la plus grande perplexité. Il a réalisé qu’il vivait dans une des plus grande villes d’Afrique, candidate à l’Union Européenne, et qu’elle regorgeait d’animaux en tout genre, tous plus dangereux les uns que les autres. à défaut d’avoir réussi à moderniser nos campagnes, le système a réussi à ruraliser les villes. Il a fini par réaliser, l’homme de Guercif, qu’il vivait dans un grand zoo, avec beaucoup de gardiens… Et, très logiquement, il s’est demandé un instant s’il faisait partie des pensionnaires ou des gardiens…

 
 
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