Sujet
Actu Économie
Années de plomb. Crimes d'état et auditions publiques
Interview. Gilles Kepel, "Al Qaïda ne mobilise pas les masses"
Reportage. L'Atlas en fusion
Découverte. Les vins du bled
Patrimoine. Sauvez l'horloge !
N° 154
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Maroc-Israël. Normalisation en vue ?

Sylvan Shalom et Mohammed VI (AFP)
Le ministre des Affaires étrangères Sylvan Shalom est optimiste quant aux relations d’Israël avec les pays arabes. "Dix pays arabes ouvriront prochainement des ambassades en Israël, a déclaré Shalom. Le premier état sur la liste devrait être le Maroc, suivant l’exemple de l’égypte". Vous venez de lire un extrait du journal israélien Arouts 7, dans son édition du 6 décembre. L’information, pour l'instant officieuse, n'a pas été confirmée, un officiel de la diplomatie marocaine s’étant contenté de nous répondre que "cette initiative (d’ouvrir une ambassade du Maroc en Israel) n’est pas à l’ordre du jour". Pourtant, des sources dignes de foi assurent que, depuis
quelques semaines et à l’initiative de l’état hébreu, des pourparlers et des préparatifs sont en cours pour la réouverture prochaine du bureau de liaison d’Israël à Rabat, fermé depuis octobre 2000 sur une décision du royaume en réaction au déclenchement de la seconde Intifada. La combinaison de ces données tend à renseigner sur le réchauffement possible des relations entre le Maroc et Israël, dont l’officialisation n’attendrait plus que "le bon moment". Rappelons par ailleurs que la première rencontre, en juillet 2003 à Londres, entre les deux ministres des Affaires étrangères du Maroc et d’Israël avait essentiellement porté sur l'éventualité d'une normalisation entre les deux pays. Elle a été suivie, peu après, par la visite au Maroc de Sylvan Shalom, reçu par le Roi Mohammed VI. L’artisan de tous ces contacts ne serait autre que Shalom Cohen, le directeur général des Affaires étrangères israélien, qui a effectué plusieurs visites au Maroc dans la plus totale discrétion.


Ratio. Le Maroc, pays à risque

De sources diplomatiques européennes, le ratio du risque politique s’aggrave pour le Maroc. La fameuse "stabilité politique", longtemps martelée par les autorités, n’est plus le point fort du royaume. Deux raisons sont avancées : le "process" de décision n’est pas clair et le mouvement islamiste est de plus en plus influent dans la société. Le ratio du risque politique est fortement présent dans les recommandations des grandes banques d’affaires internationales. Ces dernières déterminent les pays où les capitaux peuvent s’implanter, sans risque de se heurter à un changement qui pourrait les mettre en péril. Si les Européens estiment que le Maroc n’est plus un eldorado politique, cela coûterait cher en termes de garanties pour drainer les investissements extérieurs.


Affaires. Mjid accuse

Laâfoura et Slimani auront un autre procès sur le dos. Selon des sources concordantes, l’architecte qui a construit le complexe de tennis Al Amal à Casablanca préparerait une action en justice. Il semble que les deux ex-hommes forts de la capitale économique n’ont pas épongé leur ardoise. L’architecte réclame ainsi son dû. Et pour faire bonne mesure, Mohamed Mjid, président de la Fédération de tennis, répète à ses proches qu’il est disposé à témoigner. Mjid, en fait, n’arrive pas à avaler le comportement des ex-dirigeants de la ville qui squattaient le complexe et l’utilisaient à des fins personnelles. Cette affaire risque d’ouvrir une autre porte : l’interférence des proches de Driss Basri dans la gestion du sport dans la ville. Et là, il y aura beaucoup à dire.


UGTM. Afilal passe la main (enfin !)

La guerre de succession à la tête de l’UGTM, syndicat proche de l’Istiqlal, a-t-elle déjà commencé ? Donné pour partant à cause de ses déboires avec la justice (gestion communale), Afilal aurait fait part de sa volonté de passer la main. Sa succession n’est certes pas à l’ordre du jour de la réunion du conseil général de l’UGTM, le 11 décembre, mais des sources proches nous ont confirmé que des tractations discrètes seraient en cours pour tenter de préparer une transition en douceur. La bataille de la succession devra se jouer entre Mohamed Andaloussi Benjelloun, Brahim Zidouh, Titna El Alaoui, Kafi Demnati et Mohamed Berrij.


Palais/Patronat. La CGEM se rebiffe

Dans sa dernière édition, CGEM info passe un message clair : le choix des hommes d’affaires qui ont accompagné le roi en Amérique latine a été fait après consultation de la Confédération patronale. L’éditorial de la note d’information de la confédération a été traduit en arabe et envoyé sous forme de communiqué à toutes les rédactions du pays. Cette réaction, somme toute inattendue, révèle combien la CGEM cherche à gommer l’image de structure marginalisée dont elle a hérité. Mais les mots à eux seuls n’y arriveront pas. Il faut plus pour convaincre. Grattez-vous la tête, messieurs, vous pouvez faire mieux.


Marzouki. Le coup de fil de l’IER

Ahmed Marzouki est un homme malheureux. L’auteur de Cellule 10 vit un drame personnel depuis que son fils de 9 ans a été victime, il y a quelques semaines, d’un traumatisme crânien. Mal pris en charge dans un hôpital à Rabat, le gosse a hérité d’une méningite qui s’est compliquée d’une surdité. Dans l’incapacité (financière) de le soigner, son père a adressé une demande aux membres de l’IER qui lui ont promis un geste. Depuis, il attend toujours le coup de fil. Le 22 décembre est la date limite fixée par les médecins, en France, pour espérer sauver l’enfant d’une surdité bilatérale et définitive…


IER. La Haraka a peur du passé

Mahjoubi Aherdane (DR)
L'Union des mouvements populaires (UMP) s’est distinguée des autres formations partisanes en se déclarant "contre la diffusion des auditions publiques de l’IER à la télévision". L’explication de cette attitude vient du fait que "la Haraka a peur du passé", commente un membre de l’IER sous couvert d’anonymat. En effet, lors de la visite effectuée par une commission de l’IER aux harakis, leurs hôtes étaient très tendus. "On craignait le pire", leur dit un dirigeant, sur le ton de la plaisanterie. Les visiteurs, venus exposer le travail entrepris et les chantiers encore en friche, ont réalisé que les harakis, Aherdane en tête, ont peur d’être rattrapés par le passé. Habité par ce même
passé, Aherdane a déclaré à Al Jazeera (Liqae Khass), dans un ton inhabituellement violent : "J’ai dit à Hassan II que le trône n’était pas le sien mais le nôtre". Comme quoi, le meilleur moyen de se défendre est d’attaquer. Stratégie éculée.


Surprise. Le Polisario boude les Sahraouis

à l’occasion d’un récent débat télévisé organisé par une chaîne de télévision des îles Canaries, Mohamed Laghdaf Eddah, directeur de la télé régionale de Laâyoune et correspondant de l’AFP, était invité à débattre, en live, avec un haut responsable du Polisario. Surprise : le Front a refusé et c’est finalement un journaliste du service espagnol de la MAP qui a fait le déplacement. "En fait, nous explique cette source à Laâyoune, le Polisario dit toujours avoir un problème avec les Marocains, pas avec les Sahraouis". En tous cas, en éliminant le Sahraoui Laghdaf, les débatteurs du Polisario n’ont rien gagné au change.


Chrii. 10 mois de travail sans salaire

Mohamed Rachid Chrii n’est toujours pas au bout de ses peines. L’ancien détenu d’opinion de Safi, injustement emprisonné neuf mois durant (et violé) pour ses activités syndicales attend toujours d’être… payé pour les 10 mois de travail qu’il a passés à la commune de Safi. Chrii a retrouvé son emploi depuis sa grâce du 7 janvier 2004, mais il attend toujours de percevoir son premier salaire. Inutile de préciser qu’il n’a pas non plus été dédommagé pour les 9 mois de taule où il a été privé de son travail. Chrii ne vit que de l’aide de ses amis, et de ses voisins. L’AMDH, la CDT, le syndicat des employés et cadres des communes de Safi le soutiennent dans sa lutte pour le rétablissement de ses droits. Nous aussi.


Maroc-Portugal. à cause du visa

Ce n’est pas la visite de Driss Jettou à Lisbonne qui a fait la Une des journaux de l’opposition portugaise, mais le voyage raté d’une délégation de la ville de Ouezzane. Le visa refusé à la dernière minute par le consulat du Portugal à Rabat a empêché la délégation des conseillers municipaux d’Ouezzane, qui devait entreprendre une visite officielle auprès du Conseil municipal de Sâo Brás de Alportel à compter du samedi 27 novembre 2004. Du côté des parlements des deux pays, une question écrite a été adressée aux ministres respectifs des Affaires étrangères pour une explication sur le sujet. Du côté marocain, c’est le député de Kénitra, Mustapha Mchiche Alami, qui a adressé la requête. En pure perte.


Marrakech. En attendant la justice…

Cela se passe au Maroc. Un citoyen achète un terrain pour la construction d’un hôtel, en 1984, auprès de la municipalité de Marrakech. 20 ans après, il n’a toujours pas pris possession de son terrain. Malgré un jugement de la Cour suprême qui le réconforte dans sa position ! Selon le président du Conseil de la ville de Marrakech, Omar Jazouli, "le ministère de l’Intérieur a pris acte que la vente n’a pas été autorisée par la tutelle et le Premier ministre de l’époque m’a demandé de revoir la procédure avec l’acheteur". Mais encore, pourquoi les juges de première instance, de l’appel et de la Cour suprême ont-ils soutenu l’acheteur, sachant que la procédure n’a pas été respectée ? Dans un état de droit on aurait certainement eu une réponse.


Accident. Les routes marocaines tuent un opposant tunisien

La nouvelle en a attristé plus d’un. Ahmed Othmani, célèbre opposant tunisien et président de Penal Reform International France a été tué, dans la soirée de mercredi à jeudi, à sa sortie d’hôtel à Rabat par un chauffard marocain. Othmani, qui était également membre de la plate forme non gouvernementale Euromed, prenait part à une réunion de la société civile en parallèle du Forum du futur qui se tient le 11 décembre à Rabat. Les droits de l’homme dans le monde arabe perdent un grand homme et les routes marocaines ajoutent un nom de marque à leur triste et macabre palmarès.


Drogue. Le "loup" est à Salé !

Le loup se mettra-t-il à table ? Hmidou Dib, de son vrai nom Ahmed Bounekkoub, vient d’être transféré en catimini à la prison de Salé où il devra répondre devant le tribunal militaire de l’accusation de port d’arme. Un passif qui le poursuit depuis sa condamnation à 10 ans de prison en 1998, à la suite de la fameuse campagne de lutte contre la drogue déclenchée par Driss Basri. Le réseau de Hmidou Dib, dit encore El Mrani, avait alors défrayé la chronique notamment pour ses aveux sur les nombreuses accointances avec de hautes personnalités politiques et sécuritaires. Des noms occultés à l’époque, mais qui pourraient bien ressortir à l’occasion de cette nouvelle interpellation.


3 questions à Abderrahim Harouchi (ministre du Développement social, de la famille et de la solidarité)

Lorsque Driss Jettou s’est rapproché des associations de quartier, il a été critiqué. En lançant votre programme social de proximité, avez-vous subi les mêmes attaques ?
Non, pas du tout. La proximité fait partie aujourd’hui des règles de gouvernance. On est obligé d’agir au plus près des gens, en tenant compte de leurs besoins. Le seul hic est que certaines régions, comme le Souss et le Haouz, en profitent plus que d’autres parce qu’elles ont un tissu associatif plus performant.

L’action sociale demeure le parent pauvre du gouvernement. Comment parvenez-vous à lancer des opérations d’envergure comme celle-ci ?
Le pôle social a été augmenté cette année de 24%, atteignant 470 millions de dirhams. Cela répond à la volonté de Jettou de réduire les inégalités. Toutes les actions du ministère sont menées en partenariat avec des acteurs sociaux.

En parlant de vos partenaires, n’y a-t-il pas un risque que l’Agence de développement social (ADS) soit banalisée comme l’a été l’Entraide nationale (EN) ?

Les deux structures sont différentes. L’ADS a des procédures rigoureuses et pose ses conditions pour accompagner les associations. Quant à l’EN, elle s’occupe plus d’assistance (1400 centres) que de développement. Enfin, l’ADS est plus tournée vers le rural (75%) et va dorénavant s’intéresser au périurbain.



Billet : Hommage aux jeunes chercheurs (par Driss ksikes)

On ne le dira jamais assez, l’université marocaine est en mal de relève. Elle est aussi en mal de pontes. Du côté des professeurs établis, il y a tout juste une poignée de noms connus pour leur probité, leur persévérance et leur notoriété. Ces universitaires, qui aident le Maroc à remonter la pente académique, ont le mérite de faire des émules. Grâce à eux, une autre poignée de chercheurs en herbe se détachent du lot et mènent une lutte sans merci contre le laxisme qui ronge leur génération de "diplômés chômeurs". Je les ai vus se démener, la semaine dernière, organisant un colloque international, parvenant à attirer des universitaires de renom, à gérer aussi bien les contraintes logistiques que les débats intellectuels. Rassurez-vous, ce noyau de relève en sciences sociales ne représente pas une caste à part. D’autres jeunes du même calibre s’apprêtent la semaine prochaine à initier un évènement inédit, une rencontre au sein de leur faculté de droit à Agdal avec les journalistes dits "briseurs de tabous politiques". Leur motivation ? Ils n’en peuvent plus d’être largués par la presse ni d’être inhibés par des mandarins de leur faculté, conservateurs et constipés. Alors, ils passent à l’acte, soutenus par certains de leurs aînés les plus éclairés, et introduisent le tabou à l’université pour mieux le détruire. à Al Akhawayn, que j’ai pu revisiter, leurs pairs sont mieux rompus à l’exercice, plus ouverts sur le monde extérieur, quoique isolés à Ifrane. Là-bas, les tabous sont déjà dépassés, mais le débat public est encore balbutiant. Alors, ils sont demandeurs, critiques, insatiables. Des étudiants, quoi. Vous me direz que ce sont tout juste des îlots, une élite de l’élite. Vrai. Mais ils proviennent de toutes les classes et sont de plus en plus disséminés. C’est comme la bonne graine. Elle est rare mais fertile.



Billet : L'opium du foot (par Karim Boukhari)

A Safi, la cause nationale qui met tout le monde d’accord n’est pas le Sahara, mais le foot. Oui, le ballon rond. Un dimanche sur deux, l’équipe locale croque littéralement ses visiteurs devant une arène de 15.000 personnes. Ne rigolez pas, Safi n’est pas Barcelone et le Maroc est un pays qui se déplace très peu sur les terrains de foot. Avec sa moyenne de 15.000 spectateurs par match à domicile, et ses 5.000 fans qui l’accompagnent à chaque déplacement, Safi ressemble à un miracle. Plus beau que le Raja ou le Wydad à l’heure actuelle. Même Chrii, le célèbre militant (et grand monsieur, vraiment) qui a ramené, malgré lui, Safi au-devant de l’actualité est contaminé : "Venez, venez voir l’Olympic dimanche, ils affrontent les FAR… Ou alors venez dans deux semaines quand ils joueront contre Oujda". Le foot a dopé cette ville donnée pour moribonde et mis tout le monde d’accord. Il a fait mieux que la religion, la poterie, le chômage, la drogue, la mort des sardines ou la fermeture des innombrables conserveries de la ville. Il a donné du boulot au nouveau patron de la police locale et énervé certains imams indignés de voir que "l’olympic" revient plus souvent que le prophète dans les conversations de tous les jours. Si le foot est l’opium des Safiots, il faut croire que cet opium est sacrément bon. On en redemande. Hier, le foot avait sorti de l’anonymat des villes comme Fqih Ben Salah, Khouribga et redonné son lustre à Marrakech, bien avant le festival du film. Il permit, plus loin encore dans le temps, d’organiser les résistants de Derb Ghallef autour de l’étoile jeunesse et les gradés et autres amis du roi autour de l’équipe des FAR, de transcender l’image de la régie des tabacs, de l’Administration de la douane ou de la centrale laitière, voire du corps de la police... Il est bon de goûter à l’opium, tant qu’il ressemble à un ballon de foot.



Vite !

Abdesslam Ahizoune prend du galon. Le conseil d’administration de Vivendi vient de valider sa nomination comme membre du directoire du groupe français. Cette nomination intervient au moment où on disait, dans les coulisses, que "le mandat d’Ahizoune ne serait pas renouvelé". Elle ressemble à une consécration pour celui qui a piloté la transformation de Maroc Telecom.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"Maroc-libertés" est le nom d’un nouveau portail qui sera disponible sur le net à partir du 1er janvier 2005. Ce site, lancé à l’initiative de l’association qui porte le même nom et dont Anas Jazouli reste le principal animateur en France, proposera des informations généralistes sur le Maroc à partir de divers pays d’Europe. L’essentiel du contenu sera dédié aux activités de la diplomatie marocaine.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Abdellah Ibrahim, qui a conduit le premier gouvernement de gauche au lendemain de l’Indépendance, a confié ses mémoires à Mohamed Louma, ancien compagnon de Fqih Baqsri. Un livre devrait en sortir sous peu, dont la préface sera confiée à Mohamed Bensaïd, une autre figure historique de la politique marocaine.

------------------------------------------------------------------------------------------------------------

"Je m’engage à soutenir… tout député qui souhaite défendre l’intégrité territoriale du Maroc". C’est en ces termes que Mustapha Sahel se serait adressé, en cours de semaine, à la Chambre des conseillers au Parlement. "On a réussi à faire changer d’opinion un député belge connu pour défendre le Polisario, aurait rajouté Sahel. C’est un acquis !". Sans commentaire.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés