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N° 154
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Récit : Maria Daïf, reportage photo : Mohamed Réda, AFP

Évènement. Jet Set

Sean Connery, Claudia Cardinale,
Moulay R'chid, et l'actrice
française Laura Smet : la table
où il fallait être
La quatrième édition du festival du film de Marrakech a eu son lot de stars, de paillettes et de glamour. Moins que les années précédentes, mais largement assez pour briller. James Bond en sus.


C'est incontestable, Marrakech figure aujourd’hui sur la carte des villes préférées de la jet set. La ville ocre, comme aiment bien l’appeler les magazines people, prend dorénavant la place des "has been" Saint Tropez et Ibiza. Les luxueux riads ne désemplissent pas de l’année et collectionnent des livres d’or
signés par des stars du cinéma, de la chanson et du show biz. L’immobilier flambe, la ville grandit à vue d’œil et tout le monde, de la wilaya aux promoteurs, en passant par les Marrakchis eux-mêmes, a compris qu’il fallait que la ville soit digne de ses prestigieux visiteurs. Pour ne citer que ceux-là, Colin Farell et Angelina Jolie y ont fait un passage, Yves Saint Laurent y a sa maison secondaire, les séjours d’Eddie Barclay ne s’y comptent plus, Mick Jagger y a déjà fait un saut, Elton John cherche à y acheter un pied-à-terre, les Hallyday et Bernard Tapie sont des habitués… sans parler de Jamel Debbouze et de ceux qui arrivent aussi discrètement qu’ils repartent. Bref, Marrakech plaît, Marrakech séduit et tout ce beau monde croit dur comme fer à "la magie" de la ville. Magie ou pas, il a suffi qu’un Festival de cinéma soit créé il y a trois ans pour que d’autres personnalités rappliquent ventre à terre. Dès ses deux premières éditions, le festival international du film a reçu le must : Catherine Deneuve, Francis Ford Coppola, David Lynch, Jeanne Moreau, Charlotte Rampling, Elsa Zylberstein, et on en passe. Le gotha international, convié aux frais de la princesse, a répondu aimablement à chaque invitation. Celle du roi d’abord, puisque c’est lui qui a commandé la création du festival, celle ensuite des Toscan du Plantier chargés de lui donner forme, soutenus par un André Azoulay, qui durant les trois éditions précédentes veillait, sans se mettre en avant, au bon déroulement des événements.
Et le cru 2004 du FIFM fut. Daniel Toscan du Plantier n’est plus, André Azoulay a vaqué à d’autres occupations, laissant Noureddine Saïl (directeur du Centre cinématographique marocain), Fayçal Laraïchi (directeur de la RTM) et Mélita Toscan du Plantier reprendre les rênes de la quatrième édition du festival et hériter de ce qui est, sans aucun doute l’événement national le plus médiatisé de l’année. Pas moins de 600 journalistes du monde entier, Maroc inclus, étaient au rendez-vous, armés jusqu’aux dents de caméras dernier cri, d’appareils-photo, de micros et d’ordinateurs portables. Tous aux aguets, prêts à shooter, à interviewer, épiant la moindre apparition et le moindre fait ou geste de telle ou telle star. Et des stars, il y en avait. à la pelle les années précédentes, nettement moins cette année-ci. Volonté des tout nouveaux organisateurs qui veulent, dit-on, faire passer le cinéma avant les people. Noble intention, mais n’oublions pas que pour qu’un festival brille, il a besoin de paillettes. Cette année, donc, pas de méga-fêtes tous les soirs, et relativement peu d’invitations VIP pour lesquelles tous les festivaliers seraient prêts à se damner. à "la Mam’s", la vénérable Mamounia dans le langage branché des habitués branchés du lieu, les chasseurs de stars sont repartis bredouilles… ou presque : à la place de Francis Ford Coppola ou de David Lynch, ils ont pu croiser l’illustre réalisateur marocain Mustapha Derkaoui. Entre autres. La nouvelle organisation qui a voulu rendre hommage aux réalisateurs marocains en programmant une excellente rétrospective de leurs films (de 1958 à 2000) l’a fait jusqu’au bout et les a tous généreusement logés dans le mythique palace. Message, plutôt limpide : "Maintenant, arrêtez de râler, et de dire que vous êtes les laissés pour compte du festival de Marrakech". Même Ahmed Boulane, incorrigible frondeur des trois dernières éditions, montrait à qui voulait le voir son ticket d’accès à la Mam’s, témoin de son nouveau statut de star. Ne sont-ce pas les stars qui bénéficient de traitements de faveur ? Aussi nos stars locales ont-elles été logées à la même enseigne que Sean Connery et Claudia Cardinale.
Ah, Sean Connery ! D’abord fait "Sir" par la reine d’Angleterre, le voilà maintenant "Sidi", décoré d’un wissam royal par Moulay R’chid. L’agent secret de Sa Majesté (Elisabeth bien entendu) auquel un hommage a été rendu, a entièrement accompli sa mission : entouré de deux gardes du corps, il a signé des autographes, posé pour les photographes, répondu aux questions les plus grotesques sans se démonter et, comme au cinéma, il a tendrement enlacé une femme (une journaliste marocaine) qui venait de lui déclarer sa flamme (en public). Plus glamour que jamais, Claudia Cardinale, elle, a alimenté les ragots – il en faut aussi dans un festival – en tenant à peine debout lors de la cérémonie d’ouverture : "Claudia était salement éméchée !", commentait-on méchamment. Lors d’une rencontre avec la presse, elle s’est pourtant comportée comme une star qui se respecte, dévoilant le plus naturellement du monde sa vie entre Paris et Rome, celle de sa fille, de sa sœur, de son frère, de son compagnon, de son père, de sa mère… Et les journalistes étaient aux anges ! Comme l’étaient d’ailleurs les photographes pendant le festival. Tous ont gonflé les mémoires de leurs appareils-photo numériques pour Paris Match, Gala, Ola, Voici et autres journaux et magazines people italiens, irlandais, britanniques, français, américains, hollandais… et bien sûr marocains. Malgré quelques bousculades, ils ont pu "shooter" Oliver Stone, venu spécialement présenter son Alexandre, les acteurs américains Laurence Fishburne (le "Morpheus" de Matrix) et Rosanna Arquette (celle qui "cherche Suzanne désespérément"), le réalisateur Alan Parker (Midnight Express, Fame…), la so French actrice britannique Charlotte Rampling, l’égyptien Youssef Chahine et ses deux acteurs fétiches Nour Chérif et Yousra… autant de personnalités du show biz si rares en dehors des festivals. Et on les a eus à Marrakech ! Reçus comme il se doit dans les palaces, les hôtels cinq étoiles, et dans les soirées et les dîners donnés en leur honneur dans des décors de rêve. Ainsi en était-il à Dar Soukkar, où les convives avaient le choix entre l’amuse-gueule raffiné discrètement avalé et le sandwich "ness khoubza" Kefta-Kebda-boulfaf-matecha-bsla et fumée, exactement comme à Ben Guérir (comme quoi, tout dépend de qui mange). Ainsi en était-il aussi au palais royal, où le roi (retenu en Amérique du sud, quel dommâaage) a offert un dîner comme chaque année pendant le festival. Autre potin qui a connu un vif succès : franchement, on a vu mieux que la cuisine du palais royal… La fête s’est alors tenue ailleurs, plus tard et pendant tout le festival, au Bo&Zine, dernier endroit en vogue à Marrakech, où l’alcool coulait à flots, et où l’on a vu défiler, entre autres, l’acteur français Guillaume Canet au bras de deux jeunes femmes – brisant le cœur de celles, nombreuses, qui n’avaient d’yeux que pour lui, et alimentant lui aussi les bruits de couloir du palais des Congrès, quartier général du festival. Nadia Farès ne vient plus, Ornella Mutti devait être là, Monica Belluci vient pour la clôture, chut, le prince invite les stars chez lui, lesquelles ?
…Et le cinéma dans tout ça ? Il en a été très peu question en dehors des salles de projection. à peine, ici et là, dans les cercles réduits des derniers cinéphiles venus chercher dans les salles sombres du palais des Congrès un film sénégalais, honk-kongais, finlandais, chinois ou argentin. Une semaine, c’est court pour voir des films qu’on ne voit pas le reste de l’année. Il faut alors en profiter, surtout lorsqu’on sait qu’en sortant, on risque de croiser le Britannique Alan Parker, l’Américaine Rosanna Arquette, l’Italienne Valéria Golino, ou encore le tellement séduisant Guillaume Canet. Ah, les vertiges de Marrakech ! Vous dites ? C’est léger, futile, décalé par rapport au Maroc réel ? Bien sûr que oui ! C’est pour ça que c’est tellement agréable…



Le festival du peuple

Cantonnés à bonne distance du palais des Congrès qui était réservé aux professionnels du cinéma, aux journalistes, et aux invités de marque, les Marrakchis ont boudé les trois salles de cinéma qui leur étaient destinées dans le cadre du festival. Ainsi, malgré la réduction des tarifs à 5 DH, le public ne s’est pas bousculé aux portes des cinémas Rif, Saâda et Colisée. Pour cet exploitant, l’explication est claire : "Programmer des panoramas du cinéma indien et marocain, c’est une bonne idée. Mais le public, qui a déjà vu la plupart de ces films à la télévision, a envie de nouveautés, et il est prêt à payer plus que 5 DH, pour ça. Par ailleurs, l’année dernière, l’événement était créé par la présence dans les salles des stars du cinéma indien et marocain venues présenter leurs films et rencontrer le public. Résultat, c’était l’émeute". Aux salles, le public a ainsi préféré Jamâa El Fna où un écran géant a été installé comme lors des précédentes éditions, et où tous les jours pendant la durée du festival, un film a été projeté. L’écran a alors volé la vedette aux "hlaqi" de la place, réunissant plusieurs dizaines de curieux aux yeux grands ouverts autour de Rock, Les professionnels, Devdas ou Le Grand Voyage. De grands moments.

 
 
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