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N° 154
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

L'image du Maroc
(Le Maroc d'aujourd'hui est un "pays de terroristes".
C'est aussi grossier que le "havre de tolérance" de naguère, mais le monde y croit.)

"L'image du Maroc" a toujours été l'obsession de Hassan II. à chaque interview qu'il accordait aux médias internationaux – et il en accordait beaucoup – le défunt roi prenait grand soin de marteler une idée clé : "le Maroc est un havre de tolérance". Cette affirmation était, et est toujours, éminemment discutable. Un pays où le mot "ihoudi" (juif) est toujours perçu comme une insulte, au point où beaucoup se sentent obligés d'y accoler le mot "hachak" (sauf votre respect) n'est pas spécialement un "havre de tolérance". Pourquoi cette idée, pourtant, a-t-elle fini par s'imposer sur la scène internationale ? Pourquoi est-elle devenue le pilier d'une "image du Maroc" globalement positive, sous l'ancien règne ? Parce qu'elle était simple, percutante, et relativement crédible, pour peu qu'on ne creuse pas trop et qu'une catastrophe majeure du genre algérien ne vienne la contredire. C'est comme ça que fonctionnent les médias, partout dans le monde. Hassan II, qui était un maître en matière de communication, l'avait compris.
Aujourd'hui, cette image-là n'est qu'un vieux souvenir. Le "havre de tolérance" a volé en éclats le 16 mai 2003. Les trois seuls procès consécutifs au 11 septembre 2001 ont été intentés à des Marocains (Motassadeq, Mzoudi et Moussaoui). Les attentats de Madrid, le 11 mars dernier, ont été exécutés, quasiment de bout en bout, par des Marocains. Le meurtre du réalisateur Théo van Gogh, qui a mis les Pays-Bas sens dessus dessous, est l'œuvre d'un Marocain. Il ne se passe pas une semaine enfin sans que les médias européens n'évoquent le fameux GICM (Groupe islamique combattant marocain). Quant à l'expression "filière marocaine", elle est devenue un must, dès qu'il s'agit de terrorisme.
En réformant la moudawana ou en lançant des évènements comme le festival de Marrakech, Mohammed VI fait des efforts louables pour corriger le tir. Mais des "bonnes nouvelles" comme celles-là ne feront l'objet, au mieux, que d'entrefilets ou de reportages en fin de JT. Le terrorisme, par contre, fait l'ouverture des JT, les gros titres et les "couv". Et c'est normal. Universellement, les trains qui déraillent intéressent plus les gens que ceux qui arrivent à l'heure. L'"image du Maroc", aujourd'hui, est celle d'un "pays de terroristes". C'est bien sûr aussi grossier que le "havre de tolérance". Mais c'est parce que c'est grossier, autrement dit simple et percutant, que ça marche. Et nous n'y pouvons rien. Sauf, peut-être, à long terme, si le pouvoir fait ce qu'il faut pour saper ces bases du terrorisme que sont la pauvreté, l'injustice, l'abandon des quartiers périphériques, l'éducation nationale désastreuse, etc. évidemment, c'est plus facile de faire des festivals.

 
 
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