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Années de plomb. Crimes d'état et auditions publiques
Interview. Gilles Kepel, "Al Qaïda ne mobilise pas les masses"
Reportage. L'Atlas en fusion
Découverte. Les vins du bled
Patrimoine. Sauvez l'horloge !
N° 154
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Années de plomb. Crimes d'état et auditions publiques
Interview. Gilles Kepel, "Al Qaïda ne mobilise pas les masses"
Reportage. L'Atlas en fusion
Découverte. Les vins du bled
Patrimoine. Sauvez l’horloge !

Par Cerise Maréchaud

Reportage. L'Atlas en fusion

Un métissage inédit entre
culture des hauteurs
et sons underground (Nidal Adel)
… ou quand la culture part en campagne. Le temps d’un week-end, le village de Taddert, perché sur le col du Tichka dans le Haut-Atlas, a vécu son festival musical et branché. Instantané.


Ce n’est qu’un petit hôtel du Haut-Atlas, et tout le village est là. Entassés entre les colonnes de mosaïque à ne plus pouvoir esquisser un mouvement, filles et fils de Taddert ont revêtu leur bel habit pour descendre, par centaines, à l’auberge des Noyers. La chaleur des uns se mêle à la fumée des autres, pour faire
pâlir un peu plus les vitres donnant sur l’unique route qui traverse le douar. Sur les murs, quelques paysages aussi kitsch que lointains rappellent des climats plus exotiques. Dans les rangs, des mères donnent le sein à leur nourrisson. L’assemblée est en effervescence. De stridents zgharit berbères, accompagnent les accords électriques du déjanté Hoba Hoba Spirit, que l’on ne présente plus. La scène, épaissement tapissée, n’est pas plus grande qu’un coin de salon, et disparaît sous le public ; des enfants assez près des amplis pour les embrasser, ou pour que cette petite fille, sourde et muette derrière ses grands yeux verts, puisse en sentir les vibrations.
De nos jours, la fusion est donc possible en dessous de 0°C. Ce froid samedi de décembre, un petit douar du Haut-Atlas découvrait cette alchimie de l’improbable. à mi-chemin entre la ville rose et Ouarzazate, planté sur une route aussi belle que sinueuse qui enlace le Tiz’n Tichka, le village de Taddert a inauguré, tout en l’incarnant, la scène de "Tichka connexion". Premier festival de musique "au milieu de nulle part", métissant culture locale des hauteurs et sons urbains underground, l’évènement a trouvé le ton juste.
Mères de cette initiative insolite, deux associations qui travaillent au coude à coude, entre les Pyrénées et le Haut-Atlas. Depuis le printemps 2003, les Toulousains de "Comminges Atlas Makaine Mouchkyl", ayant déjà goûté à l’accueil local, relaient les efforts de l’"Association du village de Taddert pour le développement". "Ils sont venus nous aider à construire un canal d’irrigation, puis à trouver les fonds nécessaires au financement d’une institutrice", raconte Ouchaïb Lahoussain, président de l’AVTPD et fonctionnaire de Zagora. Fondée en 2000, cette association a pu naître de partenariats avec Méditel et Ittissalat al Maghrib, qui cherchaient à étendre leur réseau dans la région. "Mais ça fait près de 10 ans que Taddert pense son propre développement", poursuit Ouchaïb coiffé de sa toque russe. "Même si ça n’a pas été facile de faire comprendre aux gens le rôle d’une association, et sa portée", rappelle Lahcen, habitant de Taddert et pilier de tous ces efforts. S’il est difficile de savoir combien le festival a rapporté financièrement au village, "une chose est sûre, l’auberge n’avait jamais vu autant de monde. Elle a fait en une soirée ce qu’elle gagne en un an…", conclut Lahcen. "Quant au financement du projet, l’idée étant de ne pas amputer les budgets des actions en cours des deux associations, il vient de concerts bénévoles joués dans les Pyrénées françaises", poursuit Antoine "Tonio" Déjean, vice-président de la CAMM.
A la source du festival "Tichka connexion", un but simple : lutter contre l’enfermement du folklore et pour le développement autonome. En permettant aux habitants des régions rurales de découvrir la diversité et la richesse des musiques contemporaines marocaines et drainer un public issu des grandes villes du pays dans ce lieu esquivé par les guides touristiques. "Le plus important, précise Antoine, plus que de faire jouer des groupes urbains à la campagne, c’est d’aider au développement de la culture locale : en ouvrant les portes des villes et des festivals du Maroc aux fascinants Ahouach, N’dem et Tihaouachine d’ici, en s’inspirant de l’expérience d’Essaouira, incontournable exemple de mise en valeur d’un patrimoine musical aux visages aussi multiples que le royaume compte de tribus…". C’est d’ailleurs lors de la dernière édition du festival gnaoua, cet été, qu’est née l’idée d’un évènement musical dans les hauteurs de l’Atlas. "C’est parti d’une boutade, lancée par le guitariste marrakchi Bankour Souiri, révélé sur la scène Méditel d’Essaouira 2004. Aujourd’hui, Bankour joue à Taddert".
S’il a su drainer toutes les générations, sans exception, le festival s’inscrit clairement dans l’esprit d’un "Boulevard des jeunes musiciens" naissant. Les mains de fée sont d’ailleurs les mêmes, fourmis travailleuses d’une certaine culture marocaine, inventive et visionnaire, débrouillarde et insoumise. Une bonne dose de débrouille, quelques soupçons de bricolage, "Tichka connexion" comme bien d’autres initiatives doit une fière chandelle à "Momo" Merhari et Hicham Bahou, ou "Messieurs Boulevard des jeunes". Côté "staff", cette fois, les badges sont découpés dans le carton et se balancent sous un fil de plastique, mais la motivation n’a pas faibli. "Tout le monde a joué le jeu, résume un bénévole. Les autorisations de la part du caïd n’ont pas posé de problèmes, les gens du douar ont fait un énorme travail d’information auprès des familles qui sont descendues à pied, à dos de mule. On a découvert une culture de la mixité insoupçonnée, des gens très en avance à de nombreux niveaux. Maintenant, on espère monter la prochaine édition au soleil, sur une vraie scène, en veillant à éviter la récolte des noyers…" Un rendez-vous est né.

Association Comminges-Atlas makaine mouchkil (CAMM). associationcamm@yahoo.fr
022 20 72 67 / 060 80 86 13

 
 
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