Sujet
Actu Économie
Années de plomb. Crimes d'état et auditions publiques
Interview. Gilles Kepel, "Al Qaïda ne mobilise pas les masses"
Reportage. L'Atlas en fusion
Découverte. Les vins du bled
Patrimoine. Sauvez l'horloge !
N° 154
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Années de plomb. Crimes d'état et auditions publiques
Interview. Gilles Kepel, "Al Qaïda ne mobilise pas les masses"
Reportage. L'Atlas en fusion
Découverte. Les vins du bled
Patrimoine. Sauvez l’horloge !

Par Abdellatif El Azizi

Patrimoine. Sauvez l’horloge !

Tour de l'horloge de Kénitra,
sur l'avenue Mohammed v (DR)
à Kénitra, un monument classé historique se dégrade sous l’œil complice des autorités locales. état des lieux.


Dès les années 70, chacun pensait que la tour de l'horloge de Kénitra allait connaître le sort de sa consoeur, située sur l’avenue Mohammed V, à Casablanca, disparue juste après l’indépendance. Murs lézardés, façade en ruine, mécanisme rouillé, l’horloge murale est en piteux état. Et encore, n’était-ce le combat au quotidien d’une association locale, le monument serait à l’heure actuelle remplacé par des bâtiments flambant neufs, tant le mètre carré coûte cher au centre ville. En effet, dès les années 80, le terrain attenant à l’horloge était devenu l’objet de nombreuses convoitises. Partout, le même sourire mielleux. Mais, sur le terrain, on spécule, on ouvre les enchères et chacun tire la couverture de son côté. à la sûreté nationale, dont les locaux sont mitoyens, on ne verrait pas d’inconvénient à intégrer le monument dans ses bâtiments. La commune urbaine de Kénitra Maâmora laisse le dossier pourrir pour des raisons qu’on imagine aisément, puisque le bâtiment et ses dépendances excitent tant d'avidité. Faisant fi de l’inertie
ambiante et des appétits des uns et des autres, la fondation Sidi Mchiche Alami va alors tenter, dès les années 90, de sauver l’horloge et ses annexes.
Il faut rappeler que dès les premières années de l’indépendance, alors que l’horloge située sur l’avenue Mohammed V disparaissait sans laisser de traces, l’horloge murale a été progressivement abandonnée, à braver stoïquement les rafales des vents de l’océan. Depuis cette époque, les aiguilles n’indiquaient plus l’heure mais l’état du mécanisme, lui, indiquait bien que le temps et la mémoire de la ville, ici, on s’en fichait royalement. Quant à s’intéresser à la valeur architecturale du bâtiment, il fallait repasser. L’horloge du boulevard Petit Jean a pourtant connu ses années de gloire.
Juchée sur la partie supérieure d’une tour de 12 mètres, sur une hauteur globale de 30 mètres, elle est dotée de superbes façades inspirées de l’art arabo-andalou. Elle possède une position stratégique, entre la base aéronavale, le cimetière européen, la kasbah du port et le centre ville. Aussi, devant le péril imminent, la fondation Sidi Mchiche Alami a organisé des réunions publiques et une série d’actions concernant le projet de restauration du bâtiment, impliquant dans ce dossier le ministère de la Culture.
Dans la discrétion la plus absolue, une demande de classement de l’horloge murale de Kénitra parmi les monuments historiques est adressée au même ministère, le 13 juillet 1999. Ce n’est que deux ans après, le 17 août 2001, que le conseil municipal de la commune de Kénitra Maâmora daigne inscrire le dossier de l’horloge murale à l’ordre du jour de sa session ordinaire.
De réunions en réunions, de rapport en rapport, d’expertises en études, le décret qui ordonne l’inscription de l’horloge et des bâtiments qui lui sont annexés tombe le 21 janvier 2004. Désormais, l’horloge murale de Kénitra est un monument classé dans la liste du patrimoine culturel, au même titre que la Koutoubia ou la Qaraouiyine. Une grosse victoire, mais la bataille n’est pas encore gagnée. Armée de son dahir signé par Driss Jettou en personne, l’horloge, ainsi que le bâtiment y attenant, ont besoin d’être restaurés pour renaître de leurs cendres. Le plus dur reste à faire. D'autant que quelques fonctionnaires de la commune, peu scrupuleux, squattent les locaux situés sous l’horloge... Or, pour ne pas prendre de décision sur un dossier dont il est seul responsable, le conseil municipal n'hésite pas à tenter de mettre en avant la responsabilité d’autres administrations dans des cafouillages "qui ne sont pas de son ressort". Mais jusqu’à quand continuera-t-il à trouver des faux fuyants ?

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés