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N° 155
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Nedali signe un roman de maître

(DR)
Grâce à Jean de La Fontaine ressemble de prime abord à un roman de francophone qui témoigne, benoîtement, de sa francophilie. Détrompez-vous. Le deuxième roman de Mohamed Nedali, déjà unanimement salué pour ses Morceaux de choix (Le Fennec, 2003), est un récit du terroir, rêche, empreint d’une dose d’ironie subtile et décapante. L’histoire est simple. Elle se résume en une année scolaire (1985 – 1986) passée au collège Zaïd ou Hmad à Tinghir, sous la botte d’un directeur dit l’Emir, qui lit Al Mountakhab, favorise les hommes de sa tribu (les imerghades) et les belles femmes irrésistibles, Malika Tazi en tête, en hommage aux fassies. L’auteur-narrateur, au nom à
peine chuchoté (Né…) est un observateur né. Il avance dans son récit, au gré de ses rencontres, de ses frustrations et de ses ambitions. Il connaît d’abord l’accueil placide, rebutant de l’émir. Puis la rencontre bouleversante avec Aziz, un ex-militant éternellement remonté contre la police de Fès qui a causé la disparition subite de sa bien-aimée, tout aussi romantique que lui. Ensuite, il décrit, tel un anthropologue inspiré, les clans d’enseignants réunis le jour de la répartition des calendriers annuels (voir notre supplément Nouvelles). Y passent les célibataires noceurs, les inféodés à l’émir, trop soumis et engraissés, puis les barbus, encore discrets mais déjà visibles. Il évoque, ensuite, les différentes singularités qui peuplent un collège de province excentrée. Puis vient le temps des confessions, pour qu’il pleure sur son sort de sous-diplômé (sans CAPES), qui supporte son statut pour les beaux yeux de sa sœur Zaïna et sa ribambelle de gamins. Et petit à petit, l’énigme Jean de La fontaine s’éclaircit. Le narrateur, professeur de français irréprochable, se sait honni par l’émir car indomptable, et désespère de pouvoir obtenir son CAPES. Soudain, il apprend de Malika Tazi, la favorite de l’inspecteur Lemfeddi, un dragueur doublé d'un corrompu, que celui-ci ne jurait que par le célèbre auteur des fables. Alors, il lui joue la farce et le séduit pour avoir gain de cause. L’inspecteur mord à l’hameçon. Et le dénouement s’ensuit. Non sans rebondissements, humains, trop humains. Un tour de force littéraire.

Ed. Le Fennec (2004)



Parution. La littérature de prison

Depuis que les prisonniers politiques de Kénitra écrivaient leur journal interne plein de rêves et de désillusions jusqu’à ce que les ex-bagnards de Tazmamart étalent leurs témoignages poignants, personne n’avait encore osé l’analyse du genre. La littérature carcérale, dans laquelle on retrouve les romanciers Abdellatif Laabi et Abdelkader Chaoui en tête, mais aussi les témoins, Jaouad Mdidech, Ahmed Marzouki et Mohamed Raïss, sans oublier les auteurs allégoriques, comme Salah El Ouadie, est aujourd’hui décortiquée par le professeur de littérature, Abdeslam El Ouazzani. Procédant par une classification des thèmes mais aussi des procédés narratifs, en passant par les aléas qui accompagnent l’édition (traduction, co-écriture, etc), ce spécialiste invite étudiants, chercheurs et autres curieux lecteurs, à explorer la psychologie de l’homme incarcéré via ces écrits. En somme, ce premier essai ouvre un domaine d’analyse jusque là encore vierge et que les universitaires n’ont pas suffisamment décodé.

A. El Ouazzani ; Le récit carcéral marocain ou le paradigme de l’humain : 80 dhs

 
 
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