Société civile. Un forum en cache un autre
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Seuls les membres du Forum
parallèle sont venus troubler
la quiétude des travaux
ministériels (AIC Press)
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La société civile marocaine a largement manifesté son opposition au Forum pour lAvenir. Une minorité, baptisée "Forum Parallèle" a pourtant accepté dy participer. Et a dit ce quelle avait à dire. Au risque de déplaire.
8h30, samedi matin. Rabat séveille. Les quelques badauds qui errent dans les rues désertes de la capitale regardent avec étonnement limpressionnant dispositif de sécurité un véritable cordon sanitaire mis en place dans un très large périmètre entourant le ministère des Affaires étrangères. Ce |
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bâtiment ultra-moderne, à la façade de verre ostensiblement orientée vers les ruines dun passé antique - le Chellah - , abrite depuis la veille le très contesté "Forum pour lavenir". Objectif avoué de cette conférence internationale, co-présidée par le Maroc et les Etats-Unis (en les personnes de Mohamed Benaïssa et Colin Powell himself) : que les pays du Moyen-Orient "élargi", du Maghreb, ceux du G8, les représentants des milieux daffaires et la société civile discutent dune plateforme de réformes politiques, économiques et sociales, afin de permettre le "renforcement de la participation politique, de la démocratie, de lenseignement et de la prospérité économique" dans la région. Rien moins.
Tout ça pour ça
Du coup, cest peu dire que la déclaration finale paraît bien maigrichonne au regard des objectifs affichés. "La déclaration a été très en deçà de ce quon pouvait espérer", reconnaît laconique, Mourad Allal, coordinateur de la plateforme non gouvernementale Euromed (REMDH) et membre de la délégation du "Forum parallèle" (société civile) présente au Forum de lAvenir. "On ne se retrouve pas dans cette déclaration finale qui est celle des états, pas celle de la société civile. Elle reflète une démarche timide, pour ne pas dire incertaine. Cest une superposition de points de vue et de compromis, que seule lindiscipline de la société civile peut faire voler en éclats". Reste que leur principal objectif, à savoir faire entendre une autre voix que celle des états, a été atteint. "Cest la première fois que dans une conférence internationale où sont réunis lensemble des ministres des états arabes, ils sentendent dire : vous êtes les responsables de labsence de réforme, de démocratie, du manque de liberté
De ce point de vue, psychologique et symbolique, cest un premier pas" poursuit M. Allal.
Une société civile qui sexprime
"Tout comme le fait de souligner que nous refusons l'instrumentalisation que font les pays arabes des conflits israélo-palestinien et irakien, comme condition préalable à toute réforme. Ce sont des questions fondamentales à prendre en compte, car on ne peut mobiliser les sociétés arabes si leur volonté de changement n'avance pas. Mais il n'est pas question pour nous d'attendre l'avènement d'un état palestinien avec Jérusalem pour capitale, ou le retour à la légitimité du peuple irakien pour s'atteler aux réformes".
Dès vendredi soir, près de 500 personnes manifestaient leur hostilité au Forum devant le Parlement. Elles étaient 200 le lendemain matin à prendre le relais, mais suffisamment loin du ministère des Affaires étrangères (gardé comme Fort Knox pour loccasion) pour ne pas troubler la sérénité des membres présents. Pourtant, aux côtés des deux présidents de cérémonie, des chefs de la diplomatie, des ministres des Finances, des aréopages de sherpas (hauts fonctionnaires), estampillés du sceau de leur pays et reconnaissables entre tous à leurs costumes sombres, Mourad Allal, du REMDH, Amina Bouaiech de lOMDH, Bahey Hassan du Centre du Caire pour les études des Droits de lhomme (CIHRS), Charles Adouane de Transparency Liban et Nehad Aboukomsane du Centre égyptien pour les droits des femmes ont créé "lévénement". Dabord par leur présence. Cest en effet la première fois que la société civile est associée à ce niveau de discussion. Pour Taïeb Fassi Firhi, ministre délégué aux Affaires étrangères et à ce titre co-organisateur du Forum, rien de plus normal, "les sociétés civiles se développent dans tous les états arabes. Il nous semblait donc utile dentendre leurs représentants, quils aient leur mot à dire sur la question des réformes". Louable intention, qui ne lasse pas de laisser songeur quand on pense à "lécoute" dont avait bénéficié la société civile marocaine lorsquelle réclamait, aux mêmes autorités, un débat public sur lALE
Reste que partout dans les pays arabo-musulmans, avec plus ou moins de bonheur, la société civile sorganise. Et quelle na pas attendu les états pour réfléchir, travailler, dans son coin mais de manière de plus en plus et surtout de mieux en mieux organisée. Du coup, la pression se fait plus forte. Cette année, deux conférences importantes, celles de Beyrouth en mars (52 ONG représentant 13 pays arabes) et du Caire en juillet (100 participants, 15 pays arabes), ont permis, pour la première, de formaliser les revendications en matière de réformes, pour la seconde, dadopter des recommandations sur les priorités et les mécanismes de ces réformes. Cest dire si la société civile présente au Forum de lAvenir est arrivée avec une expertise sur lensemble des questions. Dailleurs, pour juger des intentions réelles et de la crédibilité des états, les membres de la société civile ont proposé aux ministres et autres hauts fonctionnaires létude de 27 programmes, mécanismes et priorités. "Nous avons revendiqué linstauration dune situation de liberté qui nexiste, même imparfaitement, quau Maroc. Dans les autres pays, il y a un blocage total, des élections dun autre âge, labsence de liberté dassociation, de manifestation, dopinion. Nous avons dénoncé la réalité dune mainmise catastrophique sur le fait religieux. Pour nous, il existe des convergences objectives entre les états et les groupes fondamentalistes. Mais nous avons demandé un minimum de garanties au G8 et aux pays arabes : annoncer une démarche damnistie, de libération des prisonniers politiques et dopinion, sengager dans un processus clair de réformes du code de la presse, du code électoral, du code pénal". Bien évidemment, nos militants du quotidien ne se sont pas arrêtés là, ils ont enchéri sur légalité effective entre hommes et femmes, la levée de létat durgence dans les pays arabes où il persiste, comme lEgypte soumise à un régime dexception depuis 1929. Autre question fondamentale, celle de la bonne gouvernance, du respect des règles de transparence. Une demande a également été formulée pour que soit revu le contenu du discours religieux, tant au niveau de lenseignement que de la vie publique....
et qui dérange
On le voit, de bonnes et belles intentions qui ont tout pour déplaire aux dirigeants arabes à qui elles sadressent. Dailleurs, le couac qui sest produit lors de la journée préparatoire à la rédaction de la déclaration finale est assez significatif. Après avoir présenté leurs doléances, les membres du Forum parallèle se sont vus instamment priés de quitter la salle, "alors que nous avions compris que nous devions participer à lensemble des travaux, y compris la rédaction de la déclaration finale", explique Mourad Allal. Pour Taïeb Fassi Firhi, loin dêtre un "couac", cette sortie sexplique par le simple fait que "les hauts fonctionnaires avaient une heure pour rédiger la déclaration avant de la présenter à leurs ministres. Le débat ne pouvait pas être seulement un dialogue entre les gouvernements et la société civile". Peut être, mais alors pourquoi des négociations se sont-elles engagées jusque tard dans la nuit, entre le Forum parallèle et les co-présidences marocaine et américaine et ce, après que M. Allal ait fait une sortie des plus virulentes sur 2M ? "On a pu lever les malentendus" avance le même Allal. Du coup, un compromis a permis aux 5 membres du Forum parallèle de prendre la parole de façon importante le lendemain. Un observateur, habitué de ce genre de rencontres faisait remarquer que "si les Américains étaient les plus demandeurs de la participation de la société civile, les Arabes nen voulaient pas, tandis que les Européens, pour des raisons de géopolitique, semblaient plutôt réticents".
Le chemin pour que la société civile soit considérée comme un partenaire à part entière reste long, mais les choses avancent. "A New York dernière réunion avant Rabat personne na parlé de la société civile. Aujourdhui, on en parle. Cest déjà une première victoire. Et nous allons insister pour que la Ligue arabe accepte notre présence au prochain sommet de mai 2005" prévient Amina Bouaïech. |