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et attire des flots de louanges du monde entier. Voilà un pays qui a le courage de faire face à son passé, en faisant témoigner à la télévision des victimes de larbitraire et de la répression détat. Mais en même temps, ce même pays renoue avec la pratique de la torture et sattire une salve de rapports désastreux, émanant de respectés organismes internationaux des droits de lhomme
Voilà encore un pays qui a laudace de libérer ses femmes en promouvant un code de la famille révolutionnaire, qui multiplie les manifestations culturelles appelant à la tolérance religieuse et au dialogue entre les civilisations
et ce même pays se retrouve, en quelques mois et une poignée dattentats, en tête des nations pourvoyeuses de terroristes internationaux !
Résultat : lopinion mondiale ne sait plus quoi penser du Maroc. Nous non plus, à vrai dire. Pour paraphraser un militant des droits de lhomme : en 2004, le Maroc a avancé dun pied, et reculé de lautre.
a fait honneur à sa société civile
2003avait vu le triomphe des associations féministes. à force de ténacité, elles sétaient faites entendre par le roi et avaient fini par décrocher la tant attendue réforme de la Moudawana. En 2004, ce sont les associations de développement locales qui ont, soudain, été projetées au-devant de la scène. En février, après que la terre ait tremblé à Al Hoceima, un semblant de cohésion sociale na pu être maintenu que grâce à lémergence miraculeuse dune quarantaine dONG locales, qui se sont rapidement organisées en collectifs, au service des sinistrés. Dans un autre registre, le forum "entrepises-associations", qui date de juin, a désormais valeur de précédent historique. Grâce à un travail de terrain acharné et à un lobbying merveilleusement efficace, 50 associations casablancaises de proximité ont décroché, en deux jours, plus de 4 millions de dirhams de dons destinés à financer des bibliothèques, dispensaires, équipements de sport et autres centres culturels dans des zones urbaines qui manquent de tout.
Depuis, les quartiers défavorisés du royaume fourmillent de projets similaires. Il est prévu de rééditer lévénement en 2005, mais cette fois avec plus de 200 projets en lice. Bravo !
Et létat, dans tout ça ? à Al Hoceima, il a voulu, un temps, conserver le monopole des secours. Avant de lâcher prise, dépassé par les événements. Initiative conjointe du patronat et dun réseau dassociations de quartier, le "forum" de Casablanca, quant à lui, a bénéficié du soutien du Premier ministre qui la payé en retour par de multiples intrigues de Palais visant à le discréditer. Mais quimporte. Malgré les résistances résiduelles, létat commence à comprendre quil a tout intérêt à laisser la société civile sactiver, au bénéfice de tous. Cest une excellente chose.
a vibré pour ses héros
Quelles faisaient plaisir à voir, ces foules tressaillant de joie dans les rues de toutes les villes du royaume, saluant la performance de nos jeunes footballeurs en coupe dAfrique ! Quelles étaient belles, ces larmes de Hicham el Guerrouj aux jeux Olympiques dAthènes, chantant lhymne national lesté de deux médailles dor ! En 2004, nous avons tous redécouvert la fierté dêtre Marocain. Et lextraordinaire levier que peut constituer le sport. Décrocher le "Pied dor", concours national de football made in TVM, est aujourdhui le rêve de millions de jeunes marocains, captivés par le fabuleux destin de Hamada. Hier jeune marrakchi inconnu qui tapait dans le ballon comme tout le monde, il est aujourdhui une star qui signe des autographes dans la rue, sur lequel des clubs européens sapprêtent à investir, et auquel le mythique France football consacre deux articles en un mois ! Dans un autre registre, après avoir lancé "Studio 2M", léquivalent marocain de la Star academy, la deuxième chaîne a été bluffée par lénorme enthousiasme qua soulevé lémission : les chanteur(se)s en herbe ont drainé plus de 80% de parts daudience, écrasant toutes les chaînes étrangères captées par la parabole ! A une échelle un peu moindre, mais cest à saluer autant, la formidable attraction quexercent sur la jeunesse des événements comme le boulevard des jeunes musiciens, à Casablanca, ou le festival de musiques gnawa dEssaouira. En 2004, et encore plus que les années précédentes, de talentueux musiciens issus de quartiers populaires ont déchaîné le délire de dizaines de milliers de spectateurs. Merveilleuse jeunesse, fantastique société civile
Ce sont, aujourdhui, nos raisons despérer.
... ne sest toujours pas trouvé de projet de société
Dans son discours du trône de cette année, le roi Mohammed VI a déclaré quil lui incombait de "définir les contours essentiels de notre projet de société". Il faut croire quil na pas encore eu le temps de se pencher sur la question. Ou alors quil y a malentendu sur le concept. Le roi espère pour nous un Maroc "unifié", "démocratique", "solidaire", "tolérant", "développé", etc. Lintention est bonne, pas de doute. Mais un catalogue de voeux nest pas un projet de société. Ce quon appelle ainsi, universellement, cest une idée simple, compréhensible par tous, follement audacieuse, qui demande la mobilisation de chacun et dont la réalisation change la face dun pays. Le programme "faim zéro" du Brésilien Lula Da Silva est un bon exemple : clair, ambitieux, enthousiasmant. Le dernier projet de société digne de ce nom qui ait fait vibrer le Maroc, cest
lindépendance ! Dans le Maroc daujourdhui, seuls les islamistes proposent un projet de société global et cohérent : celui de linstauration de la Charia comme cadre normatif suprême. Par le prosélytisme et lendoctrinement des masses, ils se donnent les moyens de concrétiser leur projet. Il se trouve que ce projet-là ne suscite pas ladhésion de tous, et notamment pas des nombreux épris de liberté que compte ce pays. Mais que nous propose-t-on pour le contrer ? Rien. La chimère du Mondial 2010 na pas tenu le coup. Tant mieux, à la limite. Si nous en avions décroché lorganisation, cela aurait constitué un écran de fumée bien commode, pour masquer la dramatique absence dimagination du pouvoir. En 2004, donc, pas plus que les quatre années précédentes, aucun projet denvergure na été proposé aux Marocains. Le roi a déclaré que cétait son travail que den trouver un. Quil le trouve donc, et nous applaudirons de toute notre âme. Tant que ce ne sera pas fait, ce peuple (islamistes exceptés) senfoncera chaque jour un peu plus dans la morosité et labsence de perspectives.
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