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Lectorat de TelQuel.
N° 156-157
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

2005
(Pourquoi se réconcilier avec le passé si on se fâche avec l’avenir ?)

C'est bientôt le nouvel an. La tradition veut que les éditorialistes, à cette période, fassent des projections sur l’avenir. Soit. Comme aucune échéance majeure n’est prévue en 2005, je choisirai librement les sujets qui me tiennent à cœur. Il y en a trois.
D’abord, le Sahara. Comme à la roulette, les jeux sont faits, rien ne va plus. En acceptant la démission de James Baker en juin, Kofi Annan n’avait masqué ni sa lassitude, ni son agacement. Il parle aujourd’hui de réduire les effectifs de la Minurso dont l’utilité, à New York, est sérieusement remise en cause. Arrivera-t-on jusqu’au départ pur et simple des casques bleus ? Peut-être, mais sans doute pas en 2005. à moins que l’Amérique ne s’en mêle, l’ONU fonctionne sur des rythmes lents. Il faudrait donc que la situation s’enlise plus longtemps. Rendez-vous dans un an, pour dire encore la même chose.
Ensuite, la réconciliation nationale. Les toutes récentes audiences télévisées des victimes des années de plomb sont une grande, une énorme victoire contre les fantômes qui continuent de nous hanter. Autoriser cela était très courageux ; il ne faut pas hésiter à en créditer Mohammed VI. Mais en 2005, il faudra avancer sur un front parallèle, pour que ce peuple ressente enfin la paix intérieure qu’il mérite. A Témara, à l’heure même où vous lisez ces lignes, on torture des gens. Le péril terroriste ne justifie pas la réédition de cette barbarie. Ceux qu’on martyrise aujourd’hui finiront par être libérés un jour. Pardonneront-ils, comme ceux qui ont témoigné cette semaine ? Ou deviendront-ils, demain, les terroristes qu’on les accuse d’être aujourd’hui (le plus souvent, sans preuves) ? Autrement dit : pourquoi se réconcilier avec le passé si on se fâche avec l’avenir ?
Enfin, un débat a été lancé en 2004, qui pourrait prendre son essor cette année : celui sur la laïcité. Ses défenseurs sortent peu à peu du bois. Le mouvement amazigh, par exemple, la revendique ouvertement. Même les islamistes, en pourfendant violemment les laïcs, légitiment par ricochet leurs discours. Plus le temps passera, plus on en parlera. De moins en moins de gens auront peur d’aspirer à la liberté de conscience, et c’est heureux. En 2005, le débat gagnera en polarisation et en intensité. Tant mieux. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra avancer.

 
 
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