2005
(Pourquoi se réconcilier avec le passé si on se fâche avec lavenir ?)
C'est bientôt le nouvel an. La tradition veut que les éditorialistes, à cette période, fassent des projections sur lavenir. Soit. Comme aucune échéance majeure nest prévue en 2005, je choisirai librement les sujets qui me tiennent à cur. Il y en a trois.
Dabord, le Sahara. Comme à la roulette, les jeux sont faits, rien ne va plus. En acceptant la démission de James Baker en juin, Kofi Annan navait masqué ni sa lassitude, ni son agacement. Il parle aujourdhui de réduire les effectifs de la Minurso dont lutilité, à New York, est sérieusement remise en cause. Arrivera-t-on jusquau départ pur et simple des casques bleus ? Peut-être, mais sans doute pas en 2005. à moins que lAmérique ne sen mêle, lONU fonctionne sur des rythmes lents. Il faudrait donc que la situation senlise plus longtemps. Rendez-vous dans un an, pour dire encore la même chose.
Ensuite, la réconciliation nationale. Les toutes récentes audiences télévisées des victimes des années de plomb sont une grande, une énorme victoire contre les fantômes qui continuent de nous hanter. Autoriser cela était très courageux ; il ne faut pas hésiter à en créditer Mohammed VI. Mais en 2005, il faudra avancer sur un front parallèle, pour que ce peuple ressente enfin la paix intérieure quil mérite. A Témara, à lheure même où vous lisez ces lignes, on torture des gens. Le péril terroriste ne justifie pas la réédition de cette barbarie. Ceux quon martyrise aujourdhui finiront par être libérés un jour. Pardonneront-ils, comme ceux qui ont témoigné cette semaine ? Ou deviendront-ils, demain, les terroristes quon les accuse dêtre aujourdhui (le plus souvent, sans preuves) ? Autrement dit : pourquoi se réconcilier avec le passé si on se fâche avec lavenir ?
Enfin, un débat a été lancé en 2004, qui pourrait prendre son essor cette année : celui sur la laïcité. Ses défenseurs sortent peu à peu du bois. Le mouvement amazigh, par exemple, la revendique ouvertement. Même les islamistes, en pourfendant violemment les laïcs, légitiment par ricochet leurs discours. Plus le temps passera, plus on en parlera. De moins en moins de gens auront peur daspirer à la liberté de conscience, et cest heureux. En 2005, le débat gagnera en polarisation et en intensité. Tant mieux. Ce nest quainsi quil pourra avancer. |