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Terrorisme. La Hollande traumatisée
Témoignage. "Mes illustres élèves"
Débat. "Politique et religion sont-elles compatibles ?"
Rencontre. Driss Chraïbi prend position
Enquête. Sorcellerie !
Arts plastiques. Cherkaoui, Gharbaoui, destins tragiques
Lectorat de TelQuel.
N° 156-157
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Propos recueillis par Youssef Aït Akdim

Débat. "Politique et religion sont-elles compatibles ?"

(DR)
A l’invitation du Club Politique*, 3 jeunes représentants de formations politiques ont croisé le fer. Extraits.


Mohamed el Aïdi (1) Al Badil al Hadari
Selon la grille de lecture occidentale, politique et religion sont incompatibles. Mais cette grille est le produit d’une histoire politique et religieuse propre à l’Occident. Elle ne peut pas s’appliquer au monde musulman dans lequel, historiquement, religion et politique ont toujours été liées. Cela dit, un projet politique fondé sur l’islam ne peut se permettre d’exclure
d’autres projets. Le propre d’un projet politique est d’accepter des compromis, notamment par l’alliance avec d’autres projets, qui n’ont pas le même fondement. Al Adl Wal Ihssane, par exemple, n’a pas compris cela – d’où sa difficulté à se transformer en force politique en bonne et due forme.
Mais un projet politique fondé sur l’islam ne peut être porté uniquement par des politiciens. Il faut aussi que les théologiens (ouléma) s’y impliquent. Pourquoi un alem, n’aurait-il pas le droit de se présenter aux élections ? Il peut être dépositaire du fiqh, tout en briguant les suffrages des électeurs sur la base d’un programme distinct de sa fonction religieuse.
Politique et religion, au Maroc, sont confondues dans la personne du roi, amir al mouminine. Mais ce n’est pas une raison pour que sa parole soit sacralisée. Celle du prophète lui-même était discutée et débattue de son vivant. Pourquoi, dans ces conditions, ne pourrait-on pas remettre en question la parole du roi ?


Hassan Tarik (2) Jeunesse de l’USFP
Un projet politique est toujours relatif. L’action politique est humaine, historique. Elle exprime des prises de positions, des intérêts particuliers, propres à leur contexte et à leur époque. Par conséquent, l’espace politique ne peut être borné par le sacré. Un opposant, par exemple, ne devrait pas pouvoir être taxé de mécréant. Mais les islamistes sont-ils prêts à abandonner cet argument, dont ils usent abondamment ?
Sous le règne de Hassan II, la notion d’imarat al Mouminine a été utilisée comme un argument pour légitimer la répression politique. A partir des années 80, elle a aussi été utilisée pour contrer l’opposition politique qui se manifestait encore à l’égard de la monarchie. Aujourd’hui, il faut clarifier, et bien définir les contours de l’autorité religieuse du roi. Est-elle constitutionnelle, pré-constitutionnelle, ou supra-constitutionnelle ?
Le débat sur la laïcité est effectivement récent dans le monde musulman. Je pense que la laïcité est l’horizon indépassable du débat qui doit nécessairement traverser une société démocratique. On ne peut pas, de nos jours, éviter de soulever cette question. Pour l’instant, la revendication laïque est encore cantonnée à l’élite. Il faut que le peuple s’en saisisse. A terme, nous devrons remettre clairement en question la formule "Maroc, état islamique".


Abdelali Hamieddine (3) Jeunesse du PJD
L'action politique est relative, humaine, circonstanciée. Il n’y a pas de sacralité en politique. Le texte coranique lui-même n’est pas sacré. Ses interprétations évoluent avec le temps. Le débat sur la place de la religion dans la politique n’est pas propre au monde musulman. En ce moment, il est au cœur de l’élaboration de la constitution européenne. Les références à la religion traversent toutes les cultures. La vraie question est de cerner les limites de l’utilisation de la religion en politique. Il ne saurait exister de monopole de la religion, tout comme il n’y a pas de monopole de l’idée démocratique ou de l’idée nationale.
Dans l’histoire du monde musulman, la pluralité a toujours existé. Dès le début, il y a eu des divergences entre les compagnons du prophète, et même des divergences entre le prophète et ses compagnons. Il faut relire attentivement la notion de choura. La démocratie en islam a une histoire vieille de quatorze siècles.

 
 
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