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général, ce sont des clients occasionnels qui viennent se payer quelques grammes de cervelle dhyène vendue à partir de 500 DH le gramme". Recommandé par "un ami", le riche commerçant avait demandé à rencontrer Brahim dans un palace de la capitale. Une avance de 40.000 DH avait réussi à mettre en confiance le jeune homme qui, tout en maîtrisant quelques notions de sorcellerie, ne faisait essentiellement que vendre des herbes et autres matières premières pour mixtures magiques et onguents médicinaux. Il a fallu alors attendre plusieurs mois avant quun "arrivage" soit pressenti. Le temps que lon signale par la grâce du bouche-à-oreille, larrivée de quelques bêtes stockées quelque part chez un intermédiaire. Depuis quelques années, les livraisons locales se font rares car les hyènes sont en voie de disparition au Maroc. Cest également le cas des gazelles et des cerfs qui sont considérés aujourdhui comme des espèces rares et en danger. Lhyène locale tachetée constitue dailleurs le must pour sorciers et autres fqihs qui préfèrent les produits maison pour concocter des talismans sur mesure. Les marchands voisins de Brahim, eux, sont moins prolixes. Malgré les cadavres des gros lézards et autres renards suspendus à la devanture des boutiques, à l'évocation des organes dhyène, les visages se ferment, la méfiance est de mise. Mais une fois rassurés, les marchands se laissent aller à lévocation du bon vieux temps, à lépoque où la demande et loffre étaient particulièrement florissantes. Depuis quelques années, le gros de la demande est assuré par des hommes politiques particulièrement stressés par une trop longue traversée du désert et de riches bourgeois du Golfe, venus découvrir en même temps les délices de la chair fraîche locale et le pouvoir de loccultisme version marocaine.
Aujourdhui, le gros du trafic prend naissance en Afrique noire. Au Togo, au Congo mais surtout au Mali où souvent, ce sont des sorciers qui ont pignon sur rue qui contrôlent ce trafic. Cette délinquance est surtout lapanage dun banditisme pur et dur où braconniers, sorciers, intermédiaires et clients sont unis par le même souci, celui du secret absolu. Pour les moins hardis, il suffit de se rendre dans un marché comme celui dAkodessewa, à Lomé au Togo, pour sapprovisionner en organes dhyène, en crânes doiseaux, en peaux de singes et en ossements divers. Avec le mode demploi en bonus. Le tout est de savoir tromper la vigilance des policiers à laéroport Mohammed V.
Les trafiquants ont dailleurs une parfaite connaissance de la psychologie de tout ce beau monde qui évolue à la limite de la légalité. A moins dune dénonciation, les choses se passent plutôt bien. Cest dailleurs ce qui était arrivé à la femme arrêtée lété dernier à Khénifra.
On se rappelle laffaire de cette dame dun certain âge, embastillée le 11 août 2004 à Khénifra. Elle servait dintermédiaire entre les trafiquants et les clients. La police avait trouvé dans son frigo deux hyènes découpées en morceaux. La prévenue avait indiqué aux enquêteurs quelle était sur le point de vendre une hyène à 80.000 DH à un client régulier. La femme avait été arrêtée sous linculpation "descroquerie et possession dorganes nuisibles pour la santé". Nous avions à lépoque contacté la police de Khénifra, qui ne voulait pas trop sétaler sur cette affaire. Une gêne qui sexplique par le fait que le législateur ne sait pas trop comment et dans quelle case classer les affaires de sorcellerie. "L'essentiel des affaires traitées par la justice se termine dailleurs en queue de poisson parce que non seulement les délits sont difficiles à cerner mais en plus, nous sommes peu préparés à ce type denquêtes" analyse ce policier.
Interrogé sur les vertus de ces grigris à base de cervelle dhyène, un guérisseur traditionnel prétend que la cervelle mélangée à une quarantaine dherbes sélectionnée au Sahara donnerait des vertus de séduction. Le fameux filtre damour version locale. Efficace pour faire se pâmer damour et de désir ces belles dames et pour se faire obéir au doigt et à lil ! La langue aussi aurait des vertus magiques, mais beaucoup moins fortes que celles de la cervelle.
Un autre fqih dénonce certaines propriétés redoutables des organes dhyène, telles que lesclavage psychologique et physique dune personne qui aurait été soumise à la préparation. Lexpression typiquement marocaine "il a mangé de la cervelle dhyène" ne signifie dailleurs pas moins quun individu na plus de volonté, quil est incapable de la moindre initiative personnelle.
Aujourdhui, malgré le téléphone portable, la parabole et la Mercedes, le Maroc reste pour les observateurs, même les moins avertis, le terrain de prédilection de la sorcellerie et de loccultisme.
Si le marché parallèle du trafic dhyène enrichit une petite tribu de malfrats de haut vol et de marchands marrons au détriment des paumés de tout poil, le boom de la sorcellerie ne concerne pas uniquement les pauvres bougres des quartiers populaires. Demandez à ce sorcier installé en plein quartier résidentiel de lAgdal et vous serez étonné du chiffre daffaire réalisé grâce aux honoraires faramineux déboursés allègrement par de grosses pointures du monde des affaires et de la politique. En témoigne la disparition de la dernière hyène du zoo de Aïn Sebaa subtilisée, par une douce nuit dété, il y a quelques dix ans de cela, par des individus opérant sous les ordres dun certain Abdelmoughit Slimani.
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