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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

On ne paie pas pour avoir son droit, on paie parce qu' "on sait jamais"!

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, pour une fois apaisé, discute tranquillement avec son cousin, étudiant en droit de son état. En relisant cette phrase, je réalise qu’elle n’est pas claire : on pourrait croire que l’étudiant a des droits ou qu’il étudie dans un état de droit. Il n’en est rien. Il est étudiant en droit, c’est tout. Il s’appelle Nabil, il aime les jolies filles, les sardines grillées et le rap de H-Kayne. Voici ce qu’il raconte à Zakaria Boualem :
- Une semaine avant les examens, j’ai été contacté par un type bizarre. Il est venu me voir et m’a expliqué que si je lui donnais 50 000 dirhams, j’étais sûr d’être admis.
- Ahhhh !! 50 000 dirhams. Mais à ce prix-là, tu peux directement devenir député, c’est pas la peine d’avoir un diplôme de droit !!
- Arrête de dire n’importe quoi, Zakaria. Il m’a garanti qu’il pouvait me faire réussir.
- Ewwwaaa ?
- Très correct, le type, bien habillé. Et il m’a expliqué qu’il pouvait me donner des garanties.
- Des garanties ?
- Oui, il était prêt à me signer une reconnaissance de dette de 50.000 dirhams. Comme ça, en cas d’échec, je peux lui réclamer mon fric.
- Ya Latif !
A ce point du récit, Zakaria Boualem se dit que notre pays fait de grands progrès. Que des étudiants en droit, futurs magistrats, démarrent dans la vie active par un acte de corruption, cela ne l’étonne pas. à la limite, c’est un excellent entraînement pour la suite de leur carrière. Mais que cette corruption soit assortie de papiers réglementaires, de factures… ça, c’est un progrès ! Bientôt, il faudra songer à payer la TVA sur la rachoua.
Mais Zakaria Boualem se trompe. Dans l’histoire de Nabil, il n’y a pas de corruption :
- J’ai fait mon enquête, et j’ai découvert que le type ne connaissait aucun prof, rien. Il ne contrôle rien du tout.
- Alors, comment il peut te garantir d’être admis ?
- C’est simple, il choisit de bons élèves, c’est tout. S’ils réussissent, c’est grâce à leur travail, et lui empoche 50 000 dirhams. Sinon, il rembourse et il n’a rien perdu
- Donc tu n’as pas payé
- Non, mais certains ont craché 5 millioun
- Tu ne leur as pas expliqué le système ?
- Si, mais ils ont payé quand même. On sait jamais, ils disent.
Cet exemple étonnant nous permet d’affirmer que nous sommes arrivés dans notre pays au degré 3 de la corruption.

Explication :
Dans un premier stade, on paie pour avoir accès à un passe-droit, pour un avantage immérité, ou pour éviter une sanction méritée. Exemple : raccourcir une file d’attente contre quelques pièces. Dans un second stade de la maladie, on paie pour avoir accès à son droit. C’est le cas lorsqu’il faut tourner avec un moqaddem pour qu’il vous signe une attestation de résidence. Le papier est légal, la procédure aussi, mais il faut quand même un pourboire. On ne sait pas pourquoi, mais c’est comme ça. Ami lecteur, à moins que tu ne sois exilé en Nouvelle-Zélande et que tu nous lises sur le web, tu connais bien ces deux stades de corruption.
Maintenant, voilà le troisième stade : on ne paie pas pour avoir son droit, on paie parce "qu’on sait jamais". En l’absence de toute confiance dans le système, donc, "on sait jamais". Même s’il est avéré que le type en face de vous ne vous aidera en rien, il est toujours possible qu’il puisse vous nuire, un jour ou l’autre. Dans ce cas, à quoi bon s’offrir un ennemi de plus ? Il vaut mieux payer, on sait jamais. Le plus terrible dans cette histoire, c’est qu’il ne s’agit même pas de corruption, mais (au choix) d’un pari ou d’un racket. Mais de tels comportements ne peuvent avoir lieu que dans un corps où les stades 1 et 2 ont été dépassés depuis longtemps.
Zakaria Boualem quitte son cousin en pensant à l’étrange racketteur-parieur. Il se demande si cet homme, apparemment plein de créativité et d’audace, a pensé à monter un business légal. Peut-être bien que oui… Peut-être qu’il a lui-même été victime des stades 1 et 2 avant d’inventer le stade 3, celui de la corruption virtuelle… C’est bien possible…

 
 
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