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A ce point du récit, Zakaria Boualem se dit que notre pays fait de grands progrès. Que des étudiants en droit, futurs magistrats, démarrent dans la vie active par un acte de corruption, cela ne létonne pas. à la limite, cest un excellent entraînement pour la suite de leur carrière. Mais que cette corruption soit assortie de papiers réglementaires, de factures
ça, cest un progrès ! Bientôt, il faudra songer à payer la TVA sur la rachoua.
Mais Zakaria Boualem se trompe. Dans lhistoire de Nabil, il ny a pas de corruption :
- Jai fait mon enquête, et jai découvert que le type ne connaissait aucun prof, rien. Il ne contrôle rien du tout.
- Alors, comment il peut te garantir dêtre admis ?
- Cest simple, il choisit de bons élèves, cest tout. Sils réussissent, cest grâce à leur travail, et lui empoche 50 000 dirhams. Sinon, il rembourse et il na rien perdu
- Donc tu nas pas payé
- Non, mais certains ont craché 5 millioun
- Tu ne leur as pas expliqué le système ?
- Si, mais ils ont payé quand même. On sait jamais, ils disent.
Cet exemple étonnant nous permet daffirmer que nous sommes arrivés dans notre pays au degré 3 de la corruption.
Explication :
Dans un premier stade, on paie pour avoir accès à un passe-droit, pour un avantage immérité, ou pour éviter une sanction méritée. Exemple : raccourcir une file dattente contre quelques pièces. Dans un second stade de la maladie, on paie pour avoir accès à son droit. Cest le cas lorsquil faut tourner avec un moqaddem pour quil vous signe une attestation de résidence. Le papier est légal, la procédure aussi, mais il faut quand même un pourboire. On ne sait pas pourquoi, mais cest comme ça. Ami lecteur, à moins que tu ne sois exilé en Nouvelle-Zélande et que tu nous lises sur le web, tu connais bien ces deux stades de corruption.
Maintenant, voilà le troisième stade : on ne paie pas pour avoir son droit, on paie parce "quon sait jamais". En labsence de toute confiance dans le système, donc, "on sait jamais". Même sil est avéré que le type en face de vous ne vous aidera en rien, il est toujours possible quil puisse vous nuire, un jour ou lautre. Dans ce cas, à quoi bon soffrir un ennemi de plus ? Il vaut mieux payer, on sait jamais. Le plus terrible dans cette histoire, cest quil ne sagit même pas de corruption, mais (au choix) dun pari ou dun racket. Mais de tels comportements ne peuvent avoir lieu que dans un corps où les stades 1 et 2 ont été dépassés depuis longtemps.
Zakaria Boualem quitte son cousin en pensant à létrange racketteur-parieur. Il se demande si cet homme, apparemment plein de créativité et daudace, a pensé à monter un business légal. Peut-être bien que oui
Peut-être quil a lui-même été victime des stades 1 et 2 avant dinventer le stade 3, celui de la corruption virtuelle
Cest bien possible
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