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N° 158
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Majidi pique Bendidi à Benjelloun

Saâd Bendidi (E&E)
Saâd Bendidi entre dans le giron de l'ONA. Le choix de l'homme a surpris vu sa position dans le groupe Benjelloun. Les observateurs se perdent dans les analyses et parlent d'un parrainage de Finance.com.


L'ONA aura une nouvelle tête. L'actuel président du holding royal cèdera sa place à Saâd Bendidi. La nomination n'est pas encore officielle. Il faut attendre la tenue jeudi prochain du conseil d'administration du holding pour que ce changement soit entériné. Le départ de Bassim Jaï Hokimi, n'est pas une surprise
en soi. C'était prévisible. Selon les observateurs les plus modérés, l'homme avait une mission désormais achevée. On passe donc à autre chose. C'est le choix de Saâd Bendidi qui a créé l'événement. Vu ses compétences et son expérience, ce dernier a tout pour séduire. Surtout pour piloter un groupe qui a la prétention d'être la locomotive des champions nationaux. Que ce soit dans l'agro-alimentaire, la grande distribution ou encore l'exploitation minière, l'ONA veut garder sa position de numéro 1. Et cela se comprend qu'il ait été choisi parmi les quatre noms (tenus secrets) proposés dans la liste des candidats. D'ailleurs, Bendidi a été le premier surpris de ce choix. Selon ses proches, il aurait décliné l'offre du holding avant de recevoir par la suite un message du Palais royal. "Pas de commentaire", répond Bendidi. Ce dernier qui n'affirme ni s'infirme cette information, précise toutefois qu'il avait "commencé une mission à la tête de la RMA Watanya et qu'il lui tenait à cœur de la terminer". Maintenant, la page est tournée. Bendidi est désormais l'homme de l'ONA. Et c'est ce qui fait jaser. Pourquoi l'ONA a mis le grappin sur le numéro deux et l'une des têtes pensantes de son concurrent le plus virulent, à savoir le groupe Finance.com ?
L'interrogation tire son fondement de la rivalité qui oppose le groupe Benjelloun au groupe royal sur le pôle banque et assurance. Pour certains, cette nomination fait d'une pierre deux coups. L'ONA cherche une nouvelle vision stratégique via Bendidi. Et puisque ce dernier est un fin connaisseur du groupe Finance.com, ses recruteurs royaux se donnent, en outre, les moyens de "parrainer" une éventuelle succession à la tête du groupe Benjelloun (apparemment, ils y pensent beaucoup). "Finance.com est un patrimoine privé, certes, mais il constitue un acquis national qu'il faudra préserver après la disparition de son fondateur. Il est tout à fait logique de s'inquiéter sur la survie d'un groupe ayant la taille et la puissance de finance.com et veiller à ce que sa transmission se fasse sans casse", estime un banquier de la place. D'accord, mais aujourd'hui ? Interrogés, les officiels de l'ONA réfutent toute visée sur le patrimoine de Othmane Benjelloun. N'empêche qu'en le privant d'un homme comme Bendidi, on le prive d'un pilier sur lequel il capitalisait depuis des années.

Mettre de l'ordre dans l'ONA
Sur sa nouvelle tâche, Bendidi préfère prendre le temps, selon son expression, de connaître "le cours avant de s'attaquer aux solutions". Question de dire que sa mission sera définie en fonction du diagnostic qu'il fera du holding. Une source autorisée au sein de l'ONA, précise d'ores et déjà que "Saâd Bendidi sera appelé à capitaliser sur ce qui a été fait jusqu'à maintenant, notamment poursuivre la consolidation des pôles stratégiques comme l'assurance, la banque, l'énergie et améliorer la position du groupe sur des métiers sur lesquels il trébuche encore". Il y a du vrai dans cette approche.
La fusion BCM-Wafabank est toujours dans une phase critique. Atijariwafa ne se limite pas à l'addition des actifs des entités fusionnées. C'est beaucoup plus que cela. Les ramifications de cette opération s'étendent à l'assurance et au portefeuille de participations des deux banques. Réussir la fusion reviendrait donc à gérer tout cet ensemble dans le cadre d'une orientation cohérente qui assurerait le maximum de bénéfices aux actionnaires. N'oublions pas qu'il s'agit d'entreprises cotées en bourse sous l'égide d'un holding lui aussi soumis aux obligations boursières. Et c'est là où Jaï Hokimi a failli.
La fusion des deux banques a mis sur les bras de l'ONA une compagnie d'assurance en plus. Le montage a été fait de sorte à éviter le passage obligatoire par l'autorisation des autorité monétaires. Le deal s'est produit entre le holding de la famille Kettani et la BCM. Du coup, cette dernière a "hérité" de Wafa Assurance sans donner le temps à l'ONA, l'actionnaire de référence de la banque, de définir son devenir dans Axa Assurance Maroc. Saâd Bendidi, riche de son expérience dans la fusion du numéro un national, la RMAWatanya, pourrait mettre de l'ordre dans le groupe. Et dans la foulée, permettre à l'observateur externe de comprendre la logique ONA. "Nous savons tous que le holding royal veut grandir davantage, mais nous ne savons ni comment, ni dans quel sens", s'interroge un financier de la place. L'ex patron de l'ONA n'a donc pas réussi à transmettre sa vision (s'il en avait une) aux observateurs du marché, investisseurs, analystes et presse compris.
Le contrat de Bendidi portera également sur "le développement" du groupe. L'expression vient d'un officiel du conglomérat. Mais personne ne sait ce que Bendidi devra développer. Ce qui laisse le champ libre aux spéculations. Ce qui est sûr, c'est que le nouveau président devra meubler un holding vidé de sa substance après la dernière restructuration. L'opération menée par Jaï Hokimi a renforcé le poids de la SNI au détriment de l'ONA. Cette dernière a même perdu quelques participations, pourtant jugées stratégiques auparavant. Le nouveau timonier aura ainsi la tâche de "recréer" l'ONA. Les observateurs parient sur un redéploiement dans les télécoms. Mais a-t-il les moyens de le faire, sachant que le secteur nécessite des capitaux énormes? Le passage par la cession de certaines participations serait donc inévitable. Reste à savoir lesquelles.

 
 
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