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N° 158
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Miguel Menchen,
DG de Meditelecom (DR)
Télécoms. Couac à la veille de la libéralisation

Le conflit qui oppose Maroc Telecom à Méditelecom sur les tarifs de transport des communications internationales refait surface. Avant 2003, quand un parent vous appellait de l'étranger, la communication passait par l'opérateur historique même si vous étiez abonné à son concurrent. Maroc Telecom y gagnait 2 DH par minute et en versait la moitié à Méditelecom. Après janvier 2003, ce créneau a été ouvert au deuxième opérateur. Il avait donc le choix entre continuer à passer par Maroc Telecom et
dans ce cas, il réclamait la totalité de la redevance ou encore transférer ce trafic vers son réseau. Il entame, depuis ramadan dernier, des discussions avec Maroc Telecom pour arriver à un terrain d'entente. Mais les discussions n'ont pas abouti. Méditelecom décide donc de couper le cordon en mettant fin à l'interconnexion. Maroc Telecom l'attaque en justice. Le juge en référé fait appel à l'ANRT qui estime qu'il s'agit d'une affaire commerciale. Maroc Telecom perd donc la partie. Au lieu de faire appel, Maroc Telecom préfère déposer le dossier directement chez l'ANRT. Le comble est que le régulateur se déclare compétent sous prétexte que Méditelecom ne devait pas mettre fin à l'interconnexion. Sa décision tombe le 31 janvier 2004. Le régulateur demande à Meditelecom de rouvrir l'interconnexion contre 1,63 DH/min. Et si Meditelecom offrait ce tarif aux opérateurs étrangers pour attirer le trafic vers lui? Conséquence: le Maroc aura des recettes en devises en moins. Finalement personne n'y gagne. A ce rythme, il est difficile de convaincre les opérateurs du fixe.


CGEM. Risque d'implosion

La confédération patronale se prépare à l'adoption de son nouveau statut. En principe, l'assemblée générale ordinaire, devant se tenir le mois prochain, doit décider du sort de la réforme statutaire. Mais attention, la grogne monte dans les rangs. Si certaines fédérations, s'alignent sur la position du bureau de la CGEM, celle de la PME se prépare à la fronde. Rappelons que la réforme des statuts chamboule la mécanique des élections à la présidence en introduisant l'équilibre entre le poids de l'adhérent et son pouvoir de vote. La théorie égalitaire (une entreprise, une voix) sera abandonnée. Si cette mouture passe, 129 grandes entreprises adhérentes à la confédération feront la pluie et le beau temps à la CGEM. Ce qui fait cambrer la fédération des PME qui n'aura d'autre choix que de quitter la CGEM.


Habitat. L'Erac passe à la caisse

Les Erac apurent leurs arriérés. Mercredi 5 janvier, Khalid Alioua, PDG du CIH a encaissé un chèque de 800 millions de dirhams. Ce montant représente la dette cumulée par les Erac d'Oujda, de Fès, de Casablanca et de Rabat. Taoufiq Hjira, ministre délégué en charge de l'Habitat a mis la pression pour que cette dette soit remboursée. Les ressources ont donc été mobilisées grâce notamment à la commercialisation des produits invendus en faisant un effort sur les prix. Les relations entre les Erac et le CIH ouvrent une nouvelle page. Surtout que la stratégie du ministère qui a regroupé les Erac au sein d'un holding (Al Omrane), repose sur la dynamisation de ses promoteurs publics pour la réalisation de grands projets d'habitat social. Hejira vient ainsi de réussir un bon coup de pocker.



Les off

L'OFFPT se vide. Les directeurs qui étaient en conflit avec Larbi Bencheikh, patron de l'office, ont quitté le navire. Ils ont trouvé place à la Samir, à la Comanav et à Cegelec. L'office perd également un autre directeur qui n'était pas dans les rangs des frondeurs. C'est dire que le management ne fait pas l'unanimité. Selon des sources bien informées, le remplacement de l'actuel patron sera au menu du prochain conseil des ministres.

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Le ministère de la Pêche a demandé aux armateurs de la pêche hauturière d'indemniser les propriétaires de barques. Ce plan envisage de détruire 3000 barques moyennant 30.000 DH chacune. Les armateurs verseront ainsi 12 millions de dirhams pour corriger une aberration politique. C'est une décision politique qui a permis la prolifération des barques et se sont les armateurs qui doivent passer à la caisse. On aura tout vu !


BAD. La Maroc mal défendu

Les intérêts marocains sont-ils défendus au sein de la banque africaine de développement ? Sur les quatre dernières années, seul un Marocain a rejoint la banque internationale. Selon des officiels, les ingénieurs marocains ne sont pas informés et ne postulent que rarement. Or, des ingénieurs affirment, au contraire, que la banque aurait reçu pas moins de 1000 candidatures marocaines pour 200 postes vacants pendant les quatre dernières années. Dans la foulée, il pointe du doigt ceux qui sont appelés à défendre les intérêts du Maroc. Le quota de chaque pays dans les effectifs de la banque est en fonction de sa participation au capital. Le Maroc est parmi les actionnaires de référence de la banque. Il n'y a pourtant que 9 Marocains à la BAD au lieu des 25 qui devaient y être selon ce quota.


Pharmaciens. Tir croisé sur l'Ordre

Les pharmaciens veulent la tête du président de l'ordre. C'est le syndicat des pharmaciens de Casablanca qui mène cette fronde. Pour cause, il se fait l'écho des revendications de la profession depuis l'adoption en conseil des ministres du projet de code de la pharmacie. Ce dernier ne correspond pas aux aspirations de la profession. Le mouvement de grève a d'ailleurs été maintenu vendredi 7 janvier. Les pharmaciens rejettent entre autres, la possibilité d'ouvrir des officines au sein des cliniques. Ils estiment qu'une telle ouverture mettra à mal leur existence puisqu'ils auront des concurrents en plus. Ils souhaitent également que l'ordre soit l'autorité habilitée à signer les autorisations d'ouverture de pharmacies au lieu des autorités locales.


Privatisation. Vivendi remet son chèque

C'est fait. Le gouvernement a encaissé son chèque de 12,4 milliards de dirhams, correspondant à la cession de 16% du capital de Maroc Telecom. Vivendi est actuellement majoritaire dans le tour de table de l'opérateur historique. La moitié de cette enveloppe sera affectée au fonds Hassan II pour le développement économique et social et l'autre moitié ira au budget de l'état. Le renforcement de Vivendi ne chamboulera pas le management de l'opérateur. Abdesslam Ahizoun sera maintenu à son poste. Ce dernier aurait fait valoir sa compétence pour gérer la deuxième phase de libéralisation du secteur. Il s'agit de l'ouverture du segment de téléphonie fixe. L'appel d'offre est prévu pour mi février.



Khalid Tritki
Trahison

La terre de Dieu est grande. Chacun peut prendre la décision de s'exiler. Le capital aussi. Des hommes d'affaires ont commencé à partir. Les ventes des actifs familiaux vont bon train pour financer des acquisitions à l'étranger. Dans un monde idéal, cela ne gênerait personne. Mais dans un petit monde imparfait comme le Maroc, c'est presque une trahison. La fuite organisée des capitaux vers des cieux plus porteurs est une réalité dont souffre le pays. Au moment où tous les efforts doivent être mobilisés pour sortir du statu quo
économique et social, des arbitrages brutaux se font. Des hommes, bien en vue, ont pris le pari de quitter le navire. Pouvons-nous leur en vouloir ? Nous sommes devant un dilemme. C'est vrai, les dérives ne manquent pas. Défaillance de la justice, corruption de l'administration, manque de visibilité industrielle… Toutefois, ce sont ces mêmes dérives qui ont permis l'enrichissement de beaucoup de gens, dont ceux qui transfèrent leurs capitaux vers l'étranger. D'anciens haut commis de l'état et entrepreneurs indélicats (pour ne pas dire voyous), ont tiré profit d'un système boiteux. Et à la première occasion, ils lui tournent le dos. Bien fait, dirait l'autre. Pas nous. Ceux-là nous ont pourri notre passé, ne les laissons pas hypothéquer notre avenir. Ceux-là ne représentent pas le Maroc de demain et doivent payer pour leur trahison d'aujourd'hui.

 
 
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