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Par Karim Boukhari
En marge des auditions publiques de l'IER
Les partisans du Non
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Mohammed V, Hassan II :
deux règnes en question (AFP)
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La première session des audiences de lIER a provoqué une (mini) levée de boucliers emmenée par Abdelkrim Khatib et quelques autres. Tour dhorizon.
"Le processus en cours revient, en fait, à faire le procès de Hassan II et de Mohammed V. Nous exhortons le roi (Mohammed VI) à tout arrêter". Tout est parti de ces deux phrases lancées par Abdelkrim Khatib, lors du dernier conseil national du MNP, le parti de Mahjoubi Aherdane, tenu en décembre 2004. Le fondateur du PJD (et du MP, à lorigine de |
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tous les partis de la mouvance populaire, qui vont jusquau MDS de Mahmoud Archane et à lUD de Bouazza Ikken) a exprimé haut et fort ce que dautres vieilles connaissances de la haraka ont toujours pensé. Aujourdhui encore, Khatib continue de tirer la sonnette dalarme : "Je lai dit et je le redis. La relecture du passé telle quelle nous est actuellement proposée est non seulement biaisée mais extrêmement dangereuse. Elle na dautre but que de (mal) juger les deux anciens monarques. Le plus grave est que personne ne lève le petit doigt pour dénoncer cette mascarade". Khatib ne joue pas la comédie. Lattitude plus royaliste que le roi de cet ancien médecin de Mohammed V repose sur un argument de base : le processus dit de la vérité a été initié par danciens "éléments subversifs" qui ont essayé, par le passé, de renverser la monarchie
Comme nous le dit, en aparté, ce dirigeant socialiste, "Khatib occulte en fait deux points : son propre rôle dans la construction de ce passé de plomb et lidée, que certains partagent actuellement, que Mohammed VI mettrait en péril son trône en soldant en public les comptes de son père". La sortie du docteur a, dans tous les cas, mis dans lembarras ses propres amis. à commencer par ses protégés du PJD, qui ont tôt fait de se désolidariser. "Les opinions de Khatib le concernent et il a le droit de les exprimer", nous commente Lahcen Daoudi. La seule position officielle du PJD sur la question est la suivante : "nous sommes pour le processus actuel auquel nous applaudissons, mais nous espérons quil sétendra aussi aux victimes (ndlr : les islamistes arrêtés, ou disparus) du 16 mai. Dénoncer les torts dhier ne nous prémunit pas contre ceux daujourdhui. Pour que le vaccin de la vérité et de la réconciliation prenne, il faudra quil soit conjugué au présent, et pas seulement au passé".
A linstar du PJD, la mouvance harakie a été, elle aussi, mise dans lembarras par les sorties de Khatib. Le cas le plus flagrant est celui de Bouazza Ikken. Le leader de lUD a commencé par se solidariser à Khatib lors du dernier conseil du MNP, auquel il était lui aussi invité
avant de se rétracter. "Jai été mal compris, nous explique Ikken, Je ne suis pas contre le processus en cours, bien au contraire. Jinvite les victimes de procès politiques ou de détentions arbitraires à livrer le nom de leurs bourreaux. Je ne partage pas le point de vue de Khatib. Je suis pour le jugement des coupables, ils ne peuvent pas se prévaloir davoir été de simples exécutants. Un ordre reçu, quand il nest pas conforme à la loi, na pas à être exécuté". Dans la bouche dIkken, ces propos prennent une dimension toute particulière. Lhomme nest pas tombé de la dernière pluie. Avant de devenir le chef dun parti taillé sur mesure, il a longtemps exercé comme procureur du roi et certaines de ses plaidoiries pourraient bien remonter à la surface
Autre haraki en difficulté par rapport au passé : Mahjoubi Aherdane. Il a officiellement joué, à côté de Khatib, un rôle déterminant dans la résistance, dans la constitution du MP (à lépoque qualifié, chez les socialistes, de "premier parti fabriqué par le Palais"), mais aussi dans certains procès politiques. Na-t-il pas pris la parole lors du fameux procès consécutif à lenlèvement de Ben Barka pour tenter de disculper le duo Oufkir Dlimi ? Son attitude est dautant plus intéressante quil fait partie, aujourdhui, du pléthorique CCDH, dont les liens avec lIER sont évidents. Cest Mohand Laenser, chef du MP, qui prend la parole pour expliquer la philosophie de son ancien mentor : "On a prêté beaucoup de choses à Aherdane, notamment des déclarations mal interprétées. En fait, il nest ni pour ni contre le processus actuel, il craint simplement que les déballages ne renforcent les clivages déjà existants dans la société marocaine. Ce que je partage amplement". Laenser se démarque à son tour de Khatib, en estimant que "les témoignages sur le passé ne reviennent pas à faire le procès de Hassan II", mais il rappelle que "les comploteurs aussi doivent exposer leurs motivations, admettre leurs torts et demander pardon". "Regardez ce qua dit Ahmed Herzenni (ndlr : dirigeant de la GSU, qui a avoué avoir recouru aux armes contre la monarchie et rendu un surprenant hommage à Hasan II), son témoignage est équilibré et fait bien la part des choses. Je nen dirai pas autant des autres". Laenser, comme Khatib, Aherdane et les autres, fait notamment allusion aux anciens de Tazmamart (les Marzouki, Raïss, Agaou), auxquels ils reprochent davoir "tué des innocents, lors du coup dEtat manqué de Skhirat, sans demander pardon à leurs familles ni exprimer le moindre remords". Une opinion partagée par lassociation des victimes de Skhirat, dont une voix autorisée nous livre le point de vue suivant : "Nous ne pouvons quêtre touchés par la douleur de ceux qui ont survécu, mais comment ne pas être blessés quand on voit que les putschistes nont eu aucun mot, aucune attention pour leurs victimes dont beaucoup vivent pratiquement dans la misère. Contrairement à dautres victimes du passé, ces gens navaient aucune étiquette politique, ils ne militaient pour rien mais ont simplement pris les armes pour tuer
Pourquoi ne pas donner, aussi, la parole aux familles de ceux qui ont été égorgés ?". |
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Auditions. Le malaise des partis
Quelques jours avant les audiences des 21 et 22 décembre, les membres de lIER ont compris que le plus dur ne sera pas découter les victimes du passé, mais les partis politiques daujourdhui. Le rejet initial des uns (mouvance populaire), conjugué aux appréhensions et à la réserve des autres (Istiqlal), ont laissé des traces. "Entendons-nous, résume ce dirigeant de lIER, des partis se sont livrés à une guerre sanguinaire par le passé. Les plaies sont toujours ouvertes. Pensez que lIstiqlal et lUSFP (ex-UNFP) ne se sont jamais expliqués depuis la scission de 1959, sur le fait que des centaines de militants de la Choura ont été massacrés par des milices dirigées par lIstiqlal, que la gauche radicale en veut toujours au PPS et à lUSFP, que certains chefs de parti ont été policiers ou militaires dans les années de plomb. Mesurez toute la difficulté de rassurer tout ce beau monde autour de la nécessité douvrir les pages du passé". En dehors du cas Khatib et, à un moindre degré, de celui dAherdane, visiblement embarrassés par un vécu lourd à porter, aucune voix ne sest ouvertement prononcée contre le processus en cours. Ce nest pas lenvie qui leur a manqué. "En se positionnant franchement contre, beaucoup craignent de passer pour des dissidents, nous assure encore cette source à lIER. Il sagit pour nous de les rassurer et de les amener à se poser des questions quils éludaient : sur la genèse de leurs propres partis et sur le rôle joué par leurs figures historiques, souvent assimilées à des héros". |
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