En marge des auditions publiques de l'IER
LAMDH gâche la fête
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A gauche, Driss Benzekri (IER),
(AFP), à droite, Abdelhamid Amine
(AMDH), (Telquel)
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Au moment où les officiels, tous bords confondus, se félicitent des audiences de l'IER, les qualifiant de "fête de la vérité", lAMDH fait une sortie fracassante, en pointant l'Instance du doigt. L'association lance ses propres audiences. Pourquoi, comment, et pour quels résultats ?
L'Association marocaine des droits de lHomme (AMDH) na pas attendu longtemps pour se désolidariser de laction menée par lInstance Equité et Réconciliation (IER).Quelques jours seulement après la tenue des premières séances daudition |
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publique, lassociation dAbdelhamid Amine annonce lorganisation, dès la fin du mois de Janvier, "dactivités parallèles" dans différentes région du royaume. La terminologie soignée de lAMDH ne trompe cependant pas, cest bien de séances dauditions publiques, presque semblables à celles de lIER, quil sagit. Pourquoi ? "Nous avons assisté aux premières séances organisées par lIER en tant quobservateurs et nous avons relevé un certain nombre de manquements que nous comptons combler lors de nos activités prochaines", explique Mohamed El Boukili, dirigeant de lAMDH et membre du comité préparatoire des "auditions parallèles". En gros, voilà ce que reproche lassociation aux auditions version IER (tel que contenu dans son communiqué officiel) : la non citation du nom des responsables des exactions du passé (léternelle querelle de la responsabilité individuelle, qui na rien de nouveau), le peu de temps dont disposait les victimes pour livrer leurs témoignages, la tranche horaire, jugée inappropriée, destinée à la diffusion et enfin, le fait que lassociation nait pas été impliquée dans la préparation des deux premières auditions. Des remarques somme toute techniques (hormis celle relative à la responsabilité individuelle), mais qui ont suffi aux membres de lassociation pour revendiquer "leurs" propres auditions. "Ces deux premières séances ont annoncé la couleur. Nous navons pas besoin dattendre plus longtemps pour nous décider à lancer des activités complémentaires", explique El Boukili.
"Innovations"
Trois principales "innovations" à relever : la possibilité pour les victimes qui le désirent de citer les noms de leurs tortionnaires, aucune limite de temps ou presque (un ex-détenu de Tazmamart pourra parler pendant trois heures sil le désire, explique pour illustrer un membre de lAMDH) et enfin, lélargissement du cercle des victimes à ceux qui ont souffert dexactions après 1999.
Lobjectif étant, selon les responsables de lAMDH, de "contribuer à connaître les vérités sur les exactions, et non de faire gober au plus grand nombre, une vérité unique et nettoyée".
Chez ses partenaires, laction de lassociation, décidée en solitaire, laisse perplexe. Que veut lAMDH ? Quand a-t-elle eu le temps de décider dune action aussi lourde à gérer ? Dans quel objectif ? Lassociation a-t-elle une stratégie ? Autant de questions que de nombreux militants des droits de lhomme se posent aujourdhui, évitant presque de penser à limpact quaura une pareille initiative sur le déroulement des travaux de linstance.
"Les membres de lIER ont travaillé pendant plusieurs mois pour arriver au résultat daujourdhui. Je me demande pourquoi lAMDH décide comme ça, au pied levé, dorganiser des auditions pareilles. A-t-elle au moins pensé à la médiatisation, à limplication des officiels, etc ?", se demande un observateur. Au siège de lassociation, on trouve à peine le temps, entre deux réunions, pour répondre à toutes ces questions dun coup : "nous avons invité de nombreuses formations politiques et de la société civile. Nous espérons quils répondront à cette invitation et que les médias audiovisuels couvriront nos activités sans aucune discrimination. Sinon, nous serons obligés de faire appel aux médias internationaux". Ce qui reste difficile. Sans même parler de la ligne éditoriale des médias audiovisuels publics, il est impensable de leur demander de couvrir un témoignage qui risque de durer trois heures et de programmer une activité dont on ignore tout, jusqu'à la teneur et la durée.
Les risques
Jusquà aujourdhui, lAMDH nest encore sûre de rien. Encore moins de limplication de ses partenaires. Faute de quoi lassociation se dit prête à aller seule dans sa démarche. Même au risque de sisoler ? "Et alors, si cest le prix à payer pour préserver la cohérence de notre action et de notre discours ?". "Dans ce cas, quelle sera la nouveauté apportée par lAMDH ? Si elles ne sont pas couvertes par les médias audiovisuels et sans la présence de représentants de létat, ces auditions ressembleront à tant dautres organisés par le passé dans le cadre de cercles restreints à quelques militants, à des chercheurs et à une partie de la presse indépendante", affirme un militant associatif. Ce dirigeant de lIER va encore plus loin : "Citer ces noms nest pas une nouveauté. Beaucoup de noms dex-tortionnaires circulent dans les livres et dans les témoignages de Boukhari par exemple. LAMDH veut donner une symbolique à tout cela aujourdhui, cest tout". Soit, mais cela risque-t-il dempiéter sur la suite des travaux de lIER ? Les responsables de cette dernière refusent dy croire. Dautres, plus au courant des coulisses de son fonctionnement et libérés de toute obligation de réserve, ont la langue plus déliée. "Nous avons oeuvré bien avant linstallation de linstance à encourager les responsables des exactions du passé à apporter leur contribution pour dévoiler une partie des vérités que nous recherchons. Après la diffusion des deux premières séances, certains ont enfin accepté de jouer le jeu, sachant que leur anonymat sera garanti. Aujourdhui, sachant que dautres victimes risquent de jeter leurs noms en pâture à la presse et au public, je crains que beaucoup ne reviennent sur leur décision". Le risque est réel.
Et après ?
Et puis question : quid du matériel (témoignages) quaura accumulé lAMDH après ses auditions ? "Cela constituera une base de données que nous mettrons à disposition des responsables et des personnes désireuses dinstruire des dossiers devant la justice. Nous ne voulons pas que le discours sur la responsabilité commune nous fasse oublier ces monstres qui vivent parmi nous ". LAMDH instruira-t-elle certains dossiers ? " Peut être, nous y pensons encore. Même si la poursuite des responsables nest quune alternative parmi dautres. Un pardon pourra être envisagé, une réconciliation avec des responsables directs, limogeage de certains encore en fonction, etc.", explique un responsable.
Toute cette incertitude renforce finalement cette militante des droits de lhomme dans ses craintes que linitiative de lAMDH ne soit une réaction à la démarche de lIER, une sorte de surenchère avec une instance mal-aimée, depuis que son président aurait traité certaines des organisations de droits de lhomme de petites mafias. Et que les critiques relatives aux premières audiences nauraient été quun prétexte. Dans les rangs des responsables de lAMDH, la "bourde" de Benzekri ne passe toujours pas. évoquant le futur de la relation de son organisation avec lIER, ce responsable de lAMDH aura cette réponse : "Nous continuons sur la même lancée. à faire un suivi critique des travaux de lIER, tout en continuant à revendiquer le respect des recommandations de la première conférence relative aux exactions du passé et bien sûr, à réclamer des excuses de la part de M. Benzekri". LAMDH reste visiblement attachée à la notion de responsabilité individuelle (sic). |