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Société. Bonne à torturer
N° 158
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Liberez Mohamed ! Un collaborateur de TelQuel en prison
Les partisans du Non
L’AMDH gâche la fête
Société. Bonne à torturer

Par Abdellatif El azizi

Société. Bonne à torturer

D'après une enquête du Haut
commissariat au plan, sur 529
petites bonnes, plus de la moitié
déclarent avoir été battues. (DR)
A.T est une récidiviste. Elle a plusieurs cas de bonnes violentées sur la conscience. Sa dernière victime, Halla Basri, lui vaudra peut-être finalement une sanction de la justice. Histoire d’un calvaire humain et d’une affaire troublante.


Ecchymoses sur les fesses, bleus sur les bras et brûlures sur le dos. Difficile de reconnaître, dans ce petit corps frêle couvert de blessures, un enfant. Pratiquement déboussolée par une fièvre de cheval, la pauvre gosse s’accroche à la première passante venue "pitié, emmenez-moi avec vous, si je retourne chez elle,
elle va me tuer". Difficile de ne pas répondre à ces yeux suppliants, à ce regard perdu et à cette innocence violée. C’était un jour de semaine comme tous les autres, en rentrant chez elle au quartier Wafaa de Mohammedia, ce jeudi 23 décembre 2004, et Mina ne savait pas qu’elle aurait à recueillir cette gosse en détresse avant de s’adresser à la police.
Une ruelle anonyme de Mohammedia, une passante et une gamine de huit ans. Les personnages sont banals, l’histoire, elle, l’est beaucoup moins. Une petite bonne maltraitée par ses employeurs, le spectacle est courant, mais une gosse adoptée légalement pour besoin de ménage et torturée physiquement et moralement des années durant avec une rare violence, ça ne court pas les rues.
"Cet après-midi, elle pleurait toujours. J’ai pleuré avec elle", l’assistance sociale du Centre de Qualification Social, appelée au secours par la dame et des voisins a alerté la police.
"J’ai été contactée jeudi dans l’après-midi par des membres de la section locale de l’AMDH pour le cas de cette petite fille de 8 ans violentée par la femme chez qui elle travaillait. J’ai récupéré l’enfant et j’ai contacté la police. Le substitut du procureur qui s’est déplacé au commissariat du 5ème arrondissement a demandé l’ouverture d’une enquête .Ensuite, j’ai accompagné l’enfant à l’hôpital où le médecin qui a constaté les traces de tortures telles que brûlures, bleus et infections lui a délivré un certificat d’incapacité de 30 jours".
Le médecin des urgences de l’hôpital Moulay Abdallah qui en a vu d’autres au cours de sa carrière d’urgentiste a la gorge nouée par l’émotion. "Regardez, il n’y a pas une seule partie de son corps qui a échappé à la violence". Les radios ne font pas apparaître de fractures, mais le bras droit est traumatisé, les fesses qui ont été écrasées par des coups de barre de fer sont infectées, les brûlures sur le dos ont développé un prurit.
L’enfant qui a du mal à exprimer sa douleur se prend petit à petit à raconter son calvaire. "Elle me mettait sur mon ventre et me battait sur les fesses avec une barre de fer". Autre sport favori de la dame, pour punir la petite, elle l’enfermait des heures durant dans les toilettes. Parfois, elle poussait le sadisme jusqu’ à lui faire passer la nuit dans le jardin de la villa en tenue d’Eve. Détail troublant : l’enfant a été recueillie auprès d’une mère célibataire et adoptée alors qu’elle avait à peine un an. Elle a appris ainsi très tôt les vicissitudes de la vie : souvent brimée, mal-traitée, mal nourrie, fatiguée par une surcharge de travail énorme, elle a vécu à la limite de l´esclavagisme et devait s’occuper de l’enfant de sa maîtresse d’un an sa cadette.
à ses accusations, la dame, une femme en instance de divorce, une riche propriétaire terrienne se défend avec l’insolence des gens qui savent que l’argent peut tout effacer. "Elle est tombée dans le jardin et elle ne me l’a pas dit !" ne se lasse-t-elle de répéter. Les voisins qui se taisaient par peur des représailles car "madame a le bras long" dénoncent en chœur les sévices qu’elle faisait subir à la petite, allant jusqu’à rappeler qu’elle faisait cela depuis longtemps et avec d’autres gosses.
En effet, une première comparution devant la justice le 27 septembre 1999 pour une affaire similaire avec une autre petite bonne n’a pas réussi à calmer ses penchants à la violence sur des mineurs. A. T. avait été acquittée en 2001 au grand dam de la famille de la petite fille qui a fait appel de ce jugement et porté l’affaire devant la Cour d’appel de Casablanca.
Présentée à la justice le 28 décembre 2004, la mère adoptive indigne a été ainsi poursuivie pour "coups et blessures contre une mineure de moins de quinze ans" par le procureur du Tribunal de Première instance de Mohamedia. Elle devrait comparaître ce vendredi 6 janvier 2005 en liberté provisoire après avoir versé une caution de 5 000 DH.
Et le procureur a jugé en définitive que l’enfant qui a subi des tortures physiques et psychologique très graves devait être absolument prise en charge psychologiquement et socialement et surtout être définitivement éloignée de cette personne. Une mission confiée à l’assistante sociale qui a été chargée de trouver une famille d’accueil à la petite en collaboration avec le réseau associatif et l’AMDH.
Le procès qui tient en haleine l’opinion publique locale de la cité balnéaire fait également les choux gras des associations de défense des droits de l’homme et celle des partis politiques. Sans avoir été mandaté pour cela, Mustapha Ramid, le bouillant avocat du Parti de la Justice et du Développement n’a pas hésité à offrir ses services pour défendre la petite enfant.
Le ministre de la Justice qui suit de près ce dossier a demandé, quant à lui, un rapport précis et détaillé sur l’affaire.
Cerise sur le gâteau, le nom sous lequel est enregistrée la gosse sur les fichiers d’état civil donne de l’urticaire aux différents services. "Halla Basri". On n’a pas idée de se faire appeler ainsi à un moment où l’ex-ministre de l’Intérieur fait son cinéma sur toutes les chaînes de télévision étrangères. Mais ce nom a une histoire. Sa mère adoptive et présumée tortionnaire avait les largesses de l’ex-vizir, avec lequel elle partageait la même origine tribale.
Aujourd’hui, si on se félicite de la célérité inhabituelle avec laquelle cette affaire a été traitée autant par la justice que par les autorités locales, du côté des associations comme au niveau du législateur, de nombreuses voix s’élèvent pour sévir contre ces pratiques d’un autre âge, pour éliminer ou du moins réguler le travail des petites bonnes. Pourquoi ? Parce que sans interdits collectivement acceptés, une société se condamne à la pure et simple répression pénale.
Enfin, une fois n’est pas coutume, la petite Cosette s’est transformée en Cendrillon et au lieu du prince charmant, une charmante famille, aisée de surcroît, qui s’est chargée avec beaucoup de tendresse de faire oublier les affres du passé à la petite Halla. Avec le psychologue attitré, le chauffeur personnel, la gouvernante et une maman particulièrement attentionnée.



Violence. Un mal national

D'après une enquête menée par le Haut Commissariat marocain au plan, sous l´égide de l´UNICEF, auprès d´un échantillon de 529 filles domestiques et rendue publique en 2004, ces jeunes filles sont mal payées, mais surtout mal traitées ! 86% des filles qui ont fait l’objet de l’enquête ont reconnu avoir été durement réprimandées, alors que 55% déclarent avoir été battues et 4,2% ont été jusqu’à reconnaître avoir été victimes d´abus sexuels de la part du maître de maison. Quant aux familles qui emploient ces bonnes, elles sont 81 % à ignorer les préoccupations et les problèmes dans lesquels se débattent les filles qui travaillent chez elles.
D’une manière générale, cette situation nuit autant aux filles qu’à leurs familles puisque la distance doublée d’une certaine rancune provoque souvent une rupture avec la famille et elles ne sont que 65 % à garder un contact avec les leurs.

 
 
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