En Norvège, les autochtones vivent en parfaire harmonie avec des rats
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Zakaria Boualem a froid. Comme tout le monde, comme chaque hiver. Et il se pose des questions : comment se fait-il que chaque année, les Marocains accueillent le froid comme une anomalie surprenante, sans jamais penser à mettre en place les solutions nécessaires ? (cette dernière expression : "mettre en place les solutions nécessaires" est directement inspirée dune prose officielle, tendance Le Matin du Sahara période 1972-2003 auquel lauteur de ses lignes, par ce modeste emprunt, voudrait rendre hommage). Donc, depuis des générations, on se gèle tous les hivers, et depuis des générations, on est surpris : "ahh, pchiaakh aâla berd ! assmiqli assahbi ! oullahila bezzaaaaf !". A-t-on généralisé lemploi des cheminées ? Du tout. Des chauffages à gaz ? Surtout pas. Des poêles à charbon ? Non. Des convecteurs électriques ? Trop chers. Et là, pour une fois, tout le monde est logé à la même enseigne, cest à dire sous une couverture. Car cest bien là la seule arme que Zakaria Boualem a trouvée pour contrer cette insupportable agression : un bourabeh hérité de sa grand mère. Il sagit, pour les non-initiés, dune sorte de couverture chauffante naturelle avec des petites décorations en paillettes argentées, très lourde et qui gratte, mais qui possède linestimable qualité de conserver au chaud les corps vivants quelle couvre. Voilà la réponse marocaine à des siècles de froid |
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guercifi. Cest que papa et maman Boualem, à Guercif, vivent dans une ancienne maison française, pourvue à lorigine de deux cheminées par ses concepteurs perspicaces. Papa Boualem, dès quil a investi les lieux, sest empressé de murer lesdites cheminées, pour éviter selon lui - linvasion des rats. Etrange réflexe
Faut-il en conclure quen Norvège, à Oslo par exemple, les autochtones qui se chauffent à la cheminée vivent en parfaire harmonie avec les rats ? Comment en est-on arrivé à avoir le choix entre une température polaire (2 degrés en moyenne la nuit) et un troupeau de rats ? Mystère
Pire encore, la tradition marocaine, celle qui veut que les lits et autres seddaris soient disposés le long des murs, est là pour contribuer à abaisser la température de quelques degrés supplémentaires. Résultat, on se réveille avec la joue anesthésiée, celle qui était collée au mur.
Pas étonnant, dans ces conditions, de voir tous les Zakaria Boualem accuser le froid dêtre à lorigine de tous leurs maux. Un lumbago ? Le froid ma frappé. Une migraine, une rage de dents ? Pareil. Ajoutez-y une propension naturelle au délire et vous obtiendrez des dialogues étonnants :
- Jai une infection urinaire, tu sais, drabni l'berd !
- Ahhh ?
Tu es sûr que ca na rien à voir avec ton mode de vie, par exemple ? Tu mets des préservatifs ?
- Noooonnnn, drabni l'berd !
Plus Zakaria Boualem y pense, plus il lui semble quà lorigine du problème, il y a un véritable malentendu : le Maroc est un pays qui se prend pour un pays chaud. Voilà le problème. En poussant plus loin lanalyse, on peut démontrer avec le même raisonnement que le Maroc est un pays qui se prend pour un pays pluvieux. Sinon, comment expliquer quon attende tous les ans la pluie, en la jugeant tous les ans insuffisante ou arrivée au mauvais moment ? Au passage, on notera lincohérence dun pays qui se prend pour un pays chaud et qui attend la pluie comme un pays pluvieux, tout en étant surpris lorsquelle arrive et quelle bouche toutes les canalisations. Surpris, nous sommes toujours surpris. Un esprit rationnel, lui, considérerait sans doute que la plus grande surprise, cest de voir quil ny a pas plus de catastrophes dans notre pays, vu notre incapacité à prévoir. Le même esprit rationnel (jen ai rencontré un la semaine dernière, cest pour ça que je fais lintéressant) se dirait surpris de notre aptitude à mettre en place des solutions bancales, et à nous en satisfaire. Je lui ai répondu que cest grâce à cet amour de lincohérence que lon pouvait remplir des pages comme celle que vous venez de finir de lire. |