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Par Laetitia Grotti
Le dialogue des fils dAbraham
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Le congrès des 100 imams
et rabbins. Du 3 au 6 janvier 2005
au palais d'Egmont à Bruxelles (AFP)
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Prévu au Maroc, le Congrès des imams et des rabbins sest finalement tenu à Bruxelles. Principal objectif de cette rencontre : mettre un coup darrêt à linstrumentalisation du nom de Dieu, notamment dans le conflit israélo-palestinien.
"Cent imams et rabbins" : sous un titre accrocheur, un congrès a réuni, trois jours durant et à parité, quelques unes des plus hautes autorités du judaïsme et de lislam dans le monde, au Palais dEgmont à Bruxelles. Linitiative vient de la fondation laïque Hommes de parole. Et autant le préciser demblée, elle est |
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inédite. Son objectif : nouer le dialogue entre hauts responsables juifs et musulmans pour délégitimer les violences exercées au nom de Dieu. Symbole de cette instrumentalisation : le conflit israélo-palestinien, présent dans tous les esprits et les interventions de ces hommes de foi.
De fait, cette rencontre "de barbus à barbus", comme a dit avec humour un des orateurs, tient du miracle. Car il en aura fallu des contretemps et des péripéties depuis la scène originelle doù est née, il y a un an et demi, lidée de cette rencontre à grande échelle. Au départ, une altercation lors du pacifiant Congrès de Caux (juin 2003) entre un rabbin israélien et un imam palestinien dHébron venu à la tribune dire quil lui avait fallu plus de 36 heures pour sortir dIsraël
Colère du rabbin scandalisé par cette plainte publique
Claquage de porte
Ruminations
Mais contre toute attente, le rabbin était revenu, sétait dit désolé
Et les deux hommes avaient fini par se serrer la main. Avait alors plané sur lassemblée le sentiment que quelque chose de décoiffant venait de se passer. Mais un rabbin et un imam qui font la paix reste une sorte daccident heureux. En revanche, 100 rabbins et imams (au final, ils furent près de 500 en comptant des responsables du dialogue inter-religieux et des experts) parmi les plus importants dans le monde qui sengagent à combattre ensemble la violence et lignorance sur le terrain des conflits au Moyen-Orient et ailleurs, par la mise en place dactions concrètes dont ils auront à rendre compte ; créer un partenariat denvergure constant et durable entre lislam et le judaïsme ; promouvoir haut et fort un tel dialogue au sein de leurs communautés respectives
voilà un réel événement. Très loin du vu pieux.
Aussitôt énoncé, le projet a reçu laccueil chaleureux dun nombre insoupçonné dimams et de rabbins de toutes nationalités. A cette occasion, Alain Michel et son équipe ont pu mesurer à quel point était vif lespoir secret daboutir un jour à cette réconciliation, même si ladhésion ne fut pas unanime parmi les leaders religieux des deux familles, évidemment
"Ce congrès prouve que des milliers de religieux (la Fondation na pu répondre à toutes les demandes de participation) ont trouvé là loccasion de sexprimer ensemble pour combattre la minorité radicale. Cest un précédent majeur auquel tout le monde pourra se référer ensuite. Ceux qui nosaient dénoncer lislamophobie ou lantisémitisme dans leurs communautés, pourront désormais le faire en citant les plus grands" avance Alain Michel. Car nombre de paroles fortes, loin de toute ambiguïté ont été prononcées. Ainsi lancien grand Rabbin de Haïfa, Yossef Cohen "les territoires trop délimités où lon ignore lautre sont sources de divisions et de haine, par méconnaissance de son voisin. Si nos populations parviennent à vivre ensemble en paix, la politique ne peut que suivre. A nous de créer les conditions de pareille fécondation mutuelle". Lui faisant écho, le ministre des cultes palestinien, Cheikh Talal Sédir, très applaudi, a désavoué les actes terroristes commis pour des motifs religieux "les seuls qui se réjouissent de la mort dun enfant israélien sont ceux qui ignorent tout de la parole de Dieu". Il y a eu aussi ce rabbin et cet imam qui, ayant échangé leur place lespace dun instant se sont mis à raconter, pour limam, le vécu israélien, pour le rabbin, le vécu palestinien. Du coup, lévidence surgit dans toute sa simplicité : la vérité dépend notamment du lieu où on se place. Pour André Azoulay, présent aux côtés dune forte délégation marocaine, dont le ministre des Habous Ahmed Toufiq et son directeur des affaires islamiques, Ahmed Abbadi mais aussi Rachid Belmokhtar, président de luniversité Al Akhawayne, des oulémas et des rabbins, "deux idées simples nous animent : remettre, du moins pour les croyants, la parole de Dieu dans lespace et léthique doù elle naurait jamais dû sortir et recréer une gémellité entre juifs et musulmans dont nous naurions jamais dû nous départir". Le même d'ajouter :"Ce nest pas parce quon dialogue, quon est dans la vérité du texte, quon est moins engagé que dautres. Il faut récupérer la parole et récupérer le combat".
Un combat pour la paix et la justice auxquelles toutes les tendances ont participé : des orthodoxes aux libéraux en passant, pour les juifs, par les massorti (entre les libéraux et les orthodoxes), mais accepte des innovations et une réflexion sur le sens de ces préceptes (contrairement aux orthodoxes) -, donnant ainsi un poids significatif à la rencontre. Pour lexpert Rachid Benzine, cette diversité est le vrai succès de ce congrès. "Une diversité qui était particulièrement visible au sein même de lislam. Car de quoi a-t-on pu se rendre compte pendant ces trois jours ? Que lislam arabe est largement minoritaire. Que lavenir de lIslam ne passera pas par les pays arabes. Or, en Asie ou en Afrique, les musulmans nont pas le même rapport conflictuel avec les autres communautés, ils nont pas le même rapport à la langue arabe, cest une autre manière de vivre lislam que nous méconnaissons totalement". Cette diversité na pas empêché que des critiques internes communes soient apparues : quel travail faisons-nous au sein de nos communautés face au dénigrement ? Comment passer de la peur de lautre, à la peur pour lautre ? Pour R. Benzine, cette rencontre ne va pas résoudre, loin sen faut, le conflit israélo-palestinien, mais elle montre que le dialogue est possible. Reste à répondre à une interrogation de taille : comment organiser la "parole confisquée" de la majorité silencieuse, pour quelle sexprime ? Car pour notre nouveau penseur de lIslam, "nous ne sommes pas dans le choc des civilisations, mais dans celui des ignorances et des imaginaires". Le même de conclure, "Aujourdhui, nous sommes dans le principe mimétique, cest à celui qui détiendra la palme de la victimisation. Or, nous avons besoin de gens responsables, qui ouvrent un horizon de sens, qui puissent avoir une parole forte qui parle au cur et à la tête". Ces imams et rabbins le pourront-ils, en lieu et place des politiques ? Ce serait là une première dans lHistoire
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Maroc. Loccasion manquée
Une fois le projet du congrès lancé, sest posée la question du pays qui serait lhôte de cette noble mais Ô combien délicate entreprise. Le prestige à en tirer fit tilt dans lesprit de quelques chefs détat et monarques. Le plus décidé fut incontestablement le roi Mohamed VI, mais qui, confronté à une situation politique déterminée par les crises de nerfs de "ses" islamistes et de quelques trublions populistes tels Khalid Soufiani ou Robert Assaraf finit par limiter les ambitions. Ainsi, la promesse du Maroc, mille fois discutée, sest trouvée au fil des mois, dabord assise par loctroi du Haut patronage puis très vite ballottée par les vents mauvais venus du Proche-Orient : cétait tantôt le prétexte des explosions de violence, tantôt le terrible suspense de la riposte, tantôt les conséquences de la disparition dArafat, tantôt linconnue des futures élections palestiniennes. Lhonnêteté ou la diplomatie exigent de dire que le congrès na jamais été annulé, mais reporté ad vitam
non aeternam. "Il y a eu, cest vrai un terrorisme intellectuel au Maroc, reconnaît André Azoulay, mais si ces gens ont un minimum dhonnêteté intellectuelle, ils devraient reconnaître le chemin parcouru durant ce congrès". Pas sûr ! |
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