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N° 159
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

10 millions de touristes. La banque royale ouvre le bal

Adil Douiri,
ministre du Tourisme (DR)
La vision 2010 avait pris un coup de vieux. Les assises de Ouarzazate lui donnent un nouveau souffle. Au menu, une stratégie de financement new look dont Attijariwafa Bank sera le chef de file.


Les assises du tourisme de Ouarzazate ont une connotation spéciale. Présidée par le roi, la manifestation des 13 et 14 janvier marque un nouveau départ pour le secteur. Depuis la signature de l'accord d'application en octobre 2001, le secteur du tourisme a été érigé en une priorité économique et sociale.
Rappelons que cet accord table sur la séduction de 10 millions de touristes à partir de 2010. Le Maroc ne compte actuellement que 5,3 millions de visiteurs, dont une bonne partie des Marocains résidant à l'étranger. Il reste du chemin à faire. L'événement de Ouarzazate veut justement donner un coup d'accélérateur à la vision 2010. Pour drainer 10 millions de touristes, il faut réaliser une trentaine de chantiers en même temps et dans un temps record. La capacité hôtelière doit être augmentée de 80.000 chambres. Pour construire autant d'hôtels, il faut mobiliser pas moins de 10 milliards de dirhams en financement privé et former plus de 70.000 lauréats. Les villes doivent être plus belles et plus vivantes, le transport aérien plus dynamique et surtout la promotion plus agressive. Les acteurs qui pilotent tous ces chantiers doivent danser sur la même musique et garder le même tempo jusqu'à la fin. C'est le topo qui a prévalu au moment de la signature de l'accord. La flamme était vivace et les hommes et femmes du secteur en voulaient. Pour cause, le secteur rapporterait jusqu'à 80 milliards de dirhams en devises et emploierait 600.000 personnes en plus. Que reste-t-il de cette vision ? Est-elle toujours capable de drainer 10 millions de touristes en 2010, les entretenir et les fidéliser ? C'est tout l'enjeu de Ouarzazate.

Deux révolutions pour le financement
à la veille de cet événement, la fédération du tourisme, sous l'égide de la CGEM, a fait du forcing. En novembre 2004, elle a fait le bilan d'étape. Trois ans après la signature de l'accord, certains chantiers affichent 0% de réalisation. Ce qui laisse songeur, malgré le "j'ai confiance" de Adil Douiri, ministre du Tourisme qui ne s'est jamais départi de son optimisme. Naïveté, manœuvre politicienne, ou bien le bonhomme a t-il un joker dans la poche? "Le ministre a conscience du caractère urgent de certains chantiers et il fera le nécessaire", confie Jalil Benabbès Tâarji, président de la Fédération nationale du tourisme. Et les évènements lui donnent raison. à la veille de la tenue des assises, des sources fiables révèlent que la grande annonce de Ouarzazate sera la mise en place d'une stratégie de financement. Le crédit Azur, l'une des mesures de l'accord restée lettre morte, sera activé. Les banques seront appelées à accorder des crédits à long terme (sur 15 ans) au taux de 7%. Ce qui est une révolution en soi. Jusqu'à une date récente, les ténors du secteur soutenaient en effet, que le système bancaire n'avait pas été construit de sorte à accorder des crédits à long terme. La structure des concours à l'économie le démontre sans difficulté. Les banques ne font, généralement, que du court et moyen terme (de 2 à 12 ans). Reste à savoir si les bailleurs de fonds suivront. Attijariwafa Bank veut donner l'exemple. Des sources proches de la fédération la donnent partante. D'autres sources soutiennent, de leur parts, que la BMCE Bank, se prépare également à investir le secteur avec force, d'autant qu'elle dispose de solides références dans ce créneau. La fédération du tourisme, elle, espère que ces deux banques auront un effet de levier conduisant à la généralisation de l'initiative. Mais pour construire un hôtel, les crédits bancaires ne suffisent pas à eux seuls. Des engagements en fonds propres sont obligatoires. D'où la deuxième mesure révolutionnaire: l'implication des compagnies d'assurances dans le processus. Il s'agit d'une réforme réglementaire. Son objectif est de donner la possibilité aux assureurs d'affecter une partie des réserves techniques vers le tourisme. Pour faire simple, les compagnies d'assurances sont obligées de mettre de côté des sommes d'argent pour couvrir les risques et indemniser les sinistrés ou retraités… Généralement, ces fonds sont investis à la Bourse, dans les bons du trésor ou encore dans l'immobilier. Une réforme les orientera vers le tourisme. Les réserves techniques serviront à la constitution de tours de table avec des personnes physiques ou sociétés de placement et autres. Si la mesure passe en 2005, elle profitera aux grandes compagnies qui disposent d'un portefeuille assez large. En tout cas, les quatre stations balnéaires adjugées (Saâdia, Nador, Larache, El Jadida et bientôt Taghazout) auront besoin de la mobilisation de capitaux assez rapidement. Les premiers hôtels sont prévus pour 2006 à Sâadia et 2007 pour les autres. C'est dire que la décision d'investir doit être prise en 2005.

Encore des efforts pour la promotion
Les murs ne sont pas une garantie pour drainer 10 millions de touristes. Ce n'est qu'une étape parmi d'autres. Des mesures d'accompagnement doivent être mises en place. Le bilan d'étape est catégorique sur ce chapitre. Le ministre a bien entamé la mue de l'Office national marocain du tourisme, mais la démarche reste insuffisante. Selon Kamal Bensouda, membre du bureau de la fédération, "la démarche de promotion doit se focaliser sur l'objectif de la vision 2010. Il s'agit de mesurer l'évolution du marché en fonction d'un objectif suprême et non pas par rapport aux années précédentes. Et cela requiert une réforme du pilotage global". La réforme de l'outil de promotion est une bonne chose, mais il faut plus. Surtout que, contrairement au marché français, la performance du Maroc sur les autres marchés européens reste en deçà du potentiel du pays. "Cela donne un sentiment de frustration", déplore Kamel Bensouda. Une démarche globale, plus concertée, plus ciblée est nécessaire. Dans cette optique, l'office s'occupera de la séduction des tours opérateurs étrangers et se concertera avec les conseils régionaux du tourisme (CRT) sur le positionnement produit et les moyens optimaux pour leur promotion. Encore faut-il préparer la mue des CRT. Notons que Driss Jettou a adressé des consignes à Adil Douiri et à El Mostapha Sahel, ministre de l'Intérieur, pour qu'ils "régularisent la situation de ces conseils". La Fédération du tourisme a, pour sa part, réuni tous les CRT du Maroc pour préparer leur réforme. Une plate-forme a d'ailleurs été soumise à Douiri. Des résultats doivent suivre incessamment. Et pas seulement sur ce chapitre. La promotion passe surtout par l'augmentation du budget alloué à l'ONMT.

Fiscalité au point mort
L'accord cadre table sur l'augmentation du budget progressivement par deux leviers. L'un budgétaire, qui doit rapidement arriver à 700 millions de dirhams (350 millions actuellement) et l'autre fiscal. La taxe professionnelle du tourisme devrait générer à terme 300 millions de dirhams au lieu de 150 millions. Comment ? Par l'aménagement de son assiette. Des discussions sont en cours entre professionnels et gouvernement pour définir la nouvelle mouture. Un problème demeure: celui de la collecte. Les professionnels avaient demandé de mettre cette taxe sous la responsabilité des transporteurs aériens et maritimes. Ces derniers ne semblent pas chauds. Ni les hôteliers d'ailleurs. Il reste la possibilité de convertir la TPT en taxe à l'entrée du pays. Et ce sont, l'ONDA et l'ODEP, organismes gérant les ports et les aéroports, qui devraient les collecter pour l'état. Aucune option n'est actuellement définitive. La loi des finances 2005 a raté le coche de la réforme. Il faut s'attendre à un geste en 2006. Idem pour la fiscalité locale. Selon Abderrahim Oumani, président de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière, "le ministère de l'Intérieur nous a proposé une réforme qui accentue la pression fiscale". Le projet qui a été présenté aux professionnels fin 2004, augmente en effet les taux pour certaines taxes. C'est le cas de la taxe de séjour qui passe de 2 à 6 ou 10% pour certaines villes. Cette augmentation touche surtout les hôtels 4 et 3 étoiles. D'ailleurs, le bilan d'étape dressé par le secteur juge la proposition de Sahel décevante. Le ministre est appelé à faire mieux. Il a six mois pour revoir sa copie. Une ultime rencontre avec le gouvernement est prévue en juin. Tous les aspects techniques de la vision 2010 y seront discutés. Des décisions clés doivent suivrent, adieu aux 10 millions de touristes.

 
 
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