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Proche-Orient.Opération : Palestine, Nom de code : Abou Mazen
Interview. John Waterbury, 40 ans après
Droits de l'homme. Le drame de l'esclavage en Mauritanie
France. Diploma non grata
Humeur. Ouarzazate-Hollywood La bonne blague
Portrait. Mystère Asli
N° 159
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Proche-Orient. Opération : Palestine, Nom de code : Abou Mazen
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France. Diploma non grata
Humeur. Ouarzazate-Hollywood La bonne blague
Portrait. Mystère Asli

Par Maria Daïf

Humeur. Ouarzazate-Hollywood La bonne blague

Proposer à Hollywood un jumelage avec Ouarzazate, c’est ce qu’ont osé faire les autorités ouarzazies. Quant à la population locale, elle rit sous cape. Nous aussi !


Oullah si les Marocains n’existaient pas, il aurait fallu les inventer ! Oullah si on devait faire un classement des pays les plus drôles, le Maroc viendrait en tête ! Oublions la blague 2010, l’année où tous les miracles vont se réaliser, parole de ministres. Prenons juste la dernière information en date, dont la presse a fait écho la semaine dernière : Ouarzazate et
Hollywood vont bientôt être jumelées. Tout le monde le clame, agences de presse et Unes de journaux de la place. Manquait plus que zgharit ! Ouarzazate et Hollywood jumelées… Rendez-vous compte, l’une des villes les plus enclavées du Maroc kif kif avec la colline la plus riche au monde. Mais qui donc peut y croire ? Surtout ne vous avisez pas de poser cette question au président du conseil municipal de Ouarzazate. Derrière son grand bureau, il vous jettera un regard noir et vous répondra en sirotant un verre de thé et en mâchouillant des amandes et des noix que ça s’appelle l'hagra. Pourquoi pas, vous dira-t-il après avoir, cinq minutes plus tôt, trouvé grand-peine à régler un problème dont souffre la ville depuis des mois : quelque six chiens errants qui embêtent les ouarzazis et qu’il fallait surtout ramasser d’urgence avant l’arrivée du roi, attendu pour les assises du tourisme (les 14 et 15 janvier). Sans se démonter, il vous affirmera le plus sérieusement du monde que les citoyens de Hollywood ont énormément à gagner de ce jumelage.
Mais d’où est partie une idée aussi lumineuse ? D’une grande conversation entre un homme plein d’audace qui occupe le poste de gouverneur de la ville de Ouarzazate et un ami du Maroc, comme on aime tant dire ici, du nom de Branko Lustig, décoré par le prince Moulay Rachid du wissam Al Kafaa al fikeria lors du dernier festival du film international de Marrakech. Grand producteur américain devant l’éternel, entre autres de Kingdom of heaven, le dernier Ridley Scott tourné à Ouarzazate. Autant dire un habitué qui ne nous veut que du bien. Bref, de la conversation est sortie la proposition du gouverneur de jumeler sa ville à Hollywood, où Branko Lustig a des entrées prestigieuses. Le producteur, convaincu par l’idée ou pas, l’essentiel pour lui étant de rester l’ami du Maroc, transmettra la volonté des autorités ouarzazies : une lettre rédigée et signée par le président du conseil municipal de Ouarzazate qui atterrira entre les mains d’un ami proche de Lustig, membre du Conseil de la ville de Los Angeles. Celui-ci, courtois et very polite, comme savent l’être les Américains, répondra à la missive par une autre que l’on peut résumer ainsi : "chouf a sidi, je ne sais pas qui vous êtes, Ouarzazazi… Ouarzazazou heu Ouarzazate, connais pas non plus, mais merci toutefois pour votre intérêt, je transmettrai au maire honoraire d’Hollywood votre proposition et m’rahba bikoum f’mirikane quand vous voulez". Branle-bas de combat au conseil de la ville : aouah, les Américains nous envoient un fax ! Prévenez la presse, prévenez le gouverneur, prévenez le ministre de l’Intérieur : les Américains veulent jumeler Ouarzazate et Hollywood ! Et à en croire toujours le même président du conseil de la ville auquel le fax était adressé, une délégation américaine débarque à Ouarzazate en mars prochain… Tssst tssst, on demande à voir, comme demandent à voir les Ouarzazis eux-mêmes qui rient sous cape de la nouvelle : "Oullah makan hchmou", "Oua kaydahkou âlina hadou", "Kikh kikh kikh, ils veulent jumeler la fourmi et l’éléphant", "cinima galek"… Le mot est lâché. Mais très sérieusement, de quoi parle t-on ? De la plus grande industrie cinématographique au monde, d’une des plus grosses machines à fric, d’un mythe qu’une bande de gais lurons se vantent de vouloir mettre sur le même pied d’égalité qu’une ville qui n’a de ville que le nom, et qui ressemble au mieux aux villages fantômes qu’on voit dans les westerns, au pire à une bourgade en carton pâte et sans aucune activité ni culturelle ni économique ni quoi que ce soit d’ailleurs : "le cinéma, c’est un mountif qu’on nous a collés. On dit qu’on vit du cinéma mais on ne fait que survivre. Des millions de dirhams nous passent sous le nez, et nous ne ramassons que les miettes", lance ce jeune ouarzazi qui vivote du cinéma et du tourisme comme des centaines d’autres jeunes de son âge. Zoubaïr Bouhout, chercheur rifain installé à Ouarzazate depuis plusieurs années précise : "Ce sont les sociétés de production qui gagnent de l’argent des tournages étrangers et toutes sans exception sont marrakchies, r’baties et casablancaises. Les gens de Ouarzazate ne sont embauchés que pour la figuration et sont traités et payés en conséquence". Mais alors, et les chiffres ? 1,5 milliards de dirhams, c’est ce qu’ont apporté au Maroc les films étrangers, dont la plupart sont tournés à Ouarzazate et ce durant les cinq dernières années. Et il suffit de faire une petite balade à Hollywood… heu pardon à Ouarzazate – bon, va pour Ouarzawood – pour se rendre compte que la ville est la dernière à en tirer profit. Et il faut déjà y arriver à Ouarzazate : mal desservie par la RAM, tous les vols enregistrant systématiquement une à deux heures de retard quand ils ne sont pas annulés ou ne font pas escale à Agadir (si si !), une route dangereusement sinueuse et étroite traversant les montagnes du Tichka, décourageant les plus audacieux : "On est vraiment un Maroc oublié. Même le projet d’autoroute arrive à Marrakech et s’arrête, alors que les Français pendant le protectorat avaient entamé un projet de tunnel traversant les montagnes et reliant Ouarzazate à Marrakech", rappelle ce membre du conseil de la ville… Quand à la ville, facile à décrire. La même depuis des années : trois ou quatre immenses boulevards inutiles, trois ou quatre restaurants, trois ou quatre bazars et une impression de néant pour celui qui la visite : "En plus d’un taux de chômage très élevé et des jeunes qui n’ont rien à faire de leurs journées, à part attendre et attendre encore qu’il y ait un tournage dans la région pour lequel il seront payés 150 DH la journée pendant deux semaines et seront traités comme du bétail"… C’est ça Ouarzazate : une vache à lait que les sociétés de production traient depuis plus de cinquante ans. Aucune organisation du secteur cinématographique, même pas un bureau du Centre cinématographique marocain qui se contente de donner des autorisations de tournage puis se lave les mains du reste, et des studios à ciel ouvert à peine équipés, bref, le "Oualou aérien", comme dirait Gad El Maleh. Et c’est ce qu’on va vendre à Hollywood : "Voilà m’siou le maire honoraire de Hollywood. Bienvouni à Ouarzazate. Il y a la natire, la limière, et les figuirants pas cher. Prenez tout ça, mais s’il fou pli, pliiiise, dites-leur que Hollywood et Ouarzazate c’est bhal bhal". Laissez-nous rire ! Wa rah mis à part ceux qui y ont tourné, douk ennass à Hollywood ne savent même pas où se trouve le Maroc ! Quand à Ouarzazate, même le président du conseil de Ouarzazate le confirme : "Hmmm, les autorités de Los Angeles ne connaissaient pas du tout avant de recevoir notre courrier". Et vu la proposition qui leur a été faite, Dieu sait comment ils imaginent Ouarzazate. Naariii chouha s’ils viennent en délégation… : "Incredible ! Nous savions que notre pays avait attaqué Fallouja mais nous ne savions pas qu’il avait aussi attaqué Ouarzazi… Ouarzazou… Ouarzazate". Enfin… trêve de plaisanterie. On nous a bien fait croire qu’on pouvait organiser la Coupe du Monde, on peut bien croire maintenant que Ouarzazate et Hollywood, c’est bhal bhal ! Qui sait ?



Inquiétude. Le Maroc impuissant face à l’exode médical

D'après l’étude d’un centre de recherche égyptien sur le développement dans le monde arabe, 50% des médecins, 23% des ingénieurs et 15% des scientifiques s'envolent pour l’Europe, le Canada ou les états-Unis ; selon l’Organisation internationale des migrations, 20.000 professionnels hautement qualifiés déserteraient l’Afrique chaque année, dont des milliers de médecins et d'infirmiers.
Parmi ces chiffres, difficile d’évaluer l’ampleur des dégâts au Maroc, tant les départs à l’étranger se font sous le sceau de l’informalité. Selon un observateur averti, 900 généralistes seraient partis au Canada l’année dernière. "Certaines spécialités sont très prisées à l’étranger, comme la réanimation, la gynécologie. Des médecins français viennent "prendre" ces médecins pour 3 ou 4.000 DH. Un avocat, basé à Casablanca, en incite d’autres à partir au Canada. La chose est peu connue, mais de nombreux médecins privés sont en faillite, surtout parmi les plus jeunes. Je n’avais jamais assisté à autant de fermetures". Leur installation coûterait près de 1 millions de dirhams en moyenne, d’après le Dr. Ambari, président du Conseil de l’ordre des médecins de la région du centre. "Ce sont les premiers concernés par l’exode médical, poursuit-il. Les médecins de santé publique ne partent pas, difficile de renoncer à un contrat public qui leur garantit une plus grande stabilité". Pour un pays comptant environ 16.000 médecins pour 30 millions d’habitants, soit 1 pour 1.900 personnes en moyenne, la pénurie médicale a de beaux jours devant elle.

 
 
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