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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Palais d’Agadir. Hilali s’en tire à bon compte

Le colonel major
Mustapha Hilali (Bendi / Telquel)
Le colonel Mustapha Hilali a trouvé la parade. Au lieu de traîner encore longtemps dans les tribunaux, l'ex-conservateur du palais d'Agadir a négocié une issue à l'amiable. Les avocats du colonel ont, lors de l'audience de jeudi 20 janvier 2005, déposé une demande de conciliation. Selon ce document, l'état marocain et le secrétariat du roi abandonnent les poursuites engagées contre Hilali et toutes les personnes impliquées dans cette affaire. Des sources judiciaires soutiennent que même Fennaoui, autre épinglé dans cette affaire, sera bientôt libéré. Les détails de la conciliation ne sont pas encore connus et le document déposé au tribunal ne contient pas les clauses de ce
règlement à l'amiable. Il n'en demeure pas moins que, selon des sources bien informées, Hilali se serait engagé sur le remboursement d'environs 15 millions de dirhams. Les mêmes sources avancent que l'homme n'a pas trouvé de difficultés à réunir cette somme en faisant participer tous ses proches à la collecte. Ces mêmes proches qui évoquaient, la larme à l'œil, le quasi-dénuement du colonel… L’accord tend à prouver que les accusations de Majidi n’étaient pas sans fondement. Notons également que bien avant que ce scandale n'éclate, le Palais avait tenté de régler le dossier à l'amiable. Hilali, fort de ses appuis à l'époque, avait fait la sourde oreille. Les coups de boutoir de Majidi l'ont ramené à la réalité.


Pêche. L'armée sape Laenser

La Marine royale avait arraisonné douze bateaux spécialisés dans la pêche hauturière, qui "exerçaient" il y a encore peu dans une zone interdite. Le ministère de tutelle a donné ses instructions pour consigner les bateaux en question et débarquer leurs capitaines. En d’autres termes, aucun bateau ne devait poursuivre la campagne de pêche au poulpe. Seulement voilà : la Marine royale qui veille sur le contrôle des côtes a préféré procéder autrement. Les bateaux se sont contentés d'une amende de 50.000 DH chacun pour reprendre le large. Selon des sources internes, il ne reste plus au ministre de tutelle, Mohand Laenser, qu’à avoir recours à l'arbitrage du roi. Pour savoir si c'est lui où l'armée (dont les gradés maîtrisent le secteur) qui gère la pêche.


Disparus. Où est El Ouassouli ?

Les auditions organisées par l’IER ont créé une mini-polémique se rapportant au cas de Omar El Ouassouli, disparu depuis 1984. "21 ans plus tard, voilà que l’IER dit pratiquement qu’El Ouassouli est toujours vivant", explique ce membre du forum Vérité et justice (FVJ) qui vient de publier un communiqué en ce sens. "Les gens de l’IER, poursuit notre interlocuteur, ont clairement annoncé qu’ils savaient où était Omar mais que ce n’était pas le moment de le dire…". La famille du disparu a saisi l’instance dirigée par Driss Benzekri pour mettre fin à une situation humainement intenable. "Aucune vérité ne nous choquera, pourvu qu’on nous la communique". 21 ans plus tard, il serait temps, en effet.


Diplomatie. Juan Carlos, Abdelaziz et Tétouan

Le roi Juan Carlos a reçu, la veille de son importante visite au Maroc, une lettre de Mohamed Abdelaziz. Le chef du Polisario, cité abondamment par la presse algérienne, rappelle les engagements de l’Espagne pour une "solution conforme à la légalité internationale" pour le dossier du Sahara. En Espagne, on commente cette lettre, qui se veut "un moyen de faire pression (sur Juan Carlos)", comme un vrai signe d’inquiétude du Polisario, qui apprécie très mal le réchauffement progressif, et logique, des relations entre le Maroc et l’Espagne. à signaler que Juan Carlos a dû annuler la dernière étape de sa tournée marocaine (Tétouan) pour, dixit une source officieuse, "inadéquation des dispositifs de sécurité à Tétouan".


Juifs du Maroc. Devico réagit

La communauté juive suit de très près le mouvement de protestation lancé par Raphaël Devico, un des hommes en vue du milieu à Casablanca. Devico, qui a multiplié les lettres ouvertes, s’en prend au duo Toledano – Berdugo, respectivement président du conseil à Casablanca et secrétaire général des communautés israélites du Maroc. Il demande des élections et des comptes comptables sur la gestion de la communauté. "Je n’ai pas d'ambitions personnelles, explique l’intéressé. Mais l’avenir de la communauté par une transparence et un respect des textes qui font cruellement défaut, depuis des années déjà". Plusieurs centaines de membres de la communauté (sur les 2.600 que compte le Maroc) ont rejoint les idées de Devico, qui compte aussi sur l’intervention de la diaspora juive, notamment aux états-Unis et en France.


Campagne. Le Maroc pro-Asie

Le jeudi 20 janvier s’est terminée l’opération marocaine de collecte de fonds en faveur de l’Asie du sud-est, victime du tsunami. Aux côtés d’un groupe d’associations professionnelles, de droits de l’homme et de gauche, la Fondation Mohammed V s’est également jointe à l’effort de solidarité. Le retard enregistré par le collectif marocain dans la réaction est dû, selon Karim Tazi, aux "complications administratives d’octroi des autorisations". Les participants considérent qu’il n’est jamais trop tard pour bien faire. D’autant que le drame continue même lorsque les caméras repartent. Quant au message de l’opération, Bichr Bennani y voit "le meilleur moyen de répliquer au discours des islamistes". C’est la compassion contre la superstition.


Affaire Atlas TV. Avantage El Qandili

L'ancien champion du monde franco-marocain de kick-boxing Khalid el Qandili a obtenu une nouvelle victoire contre… la RAM et la Banque populaire. Pour rappel, elles avaient causé sa faillite en se retirant (pour des raisons encore non élucidées) de son projet de télévision communautaire Atlas TV. El Qandili avait déposé plainte en 2001, réclamant 20,3 millions d’euros de dommages et intérêts. Plaidant l’incompétence du tribunal de commerce de Paris, la banque et la compagnie aérienne avaient demandé que l’affaire soit renvoyée au Maroc. Le premier refus de la justice française, en juillet 2004, a été confirmé la semaine dernière par la Cour d’appel de Paris. L’affaire sera donc bien jugée en France, à l’abri de toute pression politique. Traîné dans la boue pendant 2 ans (notamment par Hassan Abouyoub, ancien ambassadeur à Paris), el Qandili n’a pas perdu la confiance du gouvernement français, où il est très introduit. La ministre de la Défense Michelle Alliot-Marie lui a en effet confié la réalisation d’une étude (largement médiatisée en France) sur les immigrés. Par ailleurs, el Qandili vient d’être dépêché en Thaïlande par le ministre de la Santé, Philipe Douste-Blazy, dans le cadre d’une mission humanitaire post-Tsunami.


Social. Torture et (léger) châtiment

Le drame de la petite bonne de Mohammédia (TelQuel n° 158), suite et fin. La dame qui avait adopté une petite fille pour la transformer en bonne à torturer a été condamnée, cette semaine, à un an de prison avec sursis et à 5.000 DH d’amende. Une sentence qui n’a pas été accueillie favorablement par la partie civile qui exigeait 500.000 DH comme dommages et intérêts. D’autant plus que la femme est une récidiviste notoire qui n’en était pas à sa première affaire de "bonne" maltraitée… Comme un malheur n’arrive jamais seul, la nouvelle famille d’accueil de la fillette, probablement gênée par la médiatisation de l’affaire, a préféré remettre la petite Halla Basri au Centre de qualification sociale, qui l’a placée à son tour à Bayti.


Justice. Laânigri (re)ciblé

En plus de Abdellatif Housni, le général Hamidou Laânigri risque d’avoir un deuxième journaliste sur le dos : Houcine Mejdoubi. Ce dernier essaie depuis plusieurs mois d’intenter une action en justice contre l’ancien patron des services, qu’il accuse d’être à l’origine de son arrestation, en août 2003, pour une prétendue affaire de corruption. Mejdoubi, à l’époque, venait de lever un gros gibier journalistique : c’est lui, en effet, qui avait évoqué, le premier, les scandales de l’affaire Erramach… Si sa plainte n’est pas jugée recevable par la justice marocaine, Mejdoubi, qui réside en Espagne, pourrait recourir aux instances internationales.


Parution. Le Sahara à la loupe

Mustapha Naïmi est l’un des plus éminents anthropologues marocains, spécialisé dans la région sahraouie. En publiant La dynamique des alliances ouest-sahariennes (ed. La maison des sciences de l’homme), il invite le lecteur à découvrir l’origine des haratin (noirs rendus esclaves), les alliances militaires des différentes tribus, les espaces homogènes qui s’articulent autour de Oued Noun et Saqia El Hamra, le concept de l’état vu par les Sahraouis traditionnellement, la place de la langue hassani dans leur cohésion sociale et bien d’autres questions cruciales. Vue l’importance stratégique et politique du Sahara, cet ouvrage est une référence incontournable pour une connaissance plus fine des tribus, des régions et autres spécificités locales.


Boussaïd. On dégraisse le mammouth

Mohamed Boussaïd joue sa carte majeure : gérer les départs volontaires au sein de l’administration. L’effectif de cette dernière s’élève à quelque 450.000 fonctionnaires. Une enveloppe de plus de 4 milliards de dirhams a été consacrée à l’indemnisation des personnes désireuses de quitter (hommes à partir de 21 ans de service et les femmes à partir de 15 ans). Comparé aux 26,5 milliards de dirhams que verse l’état en salaires annuels, l’opération paraît comme une aubaine. Mais les trois parties qui s’en occupent (la Caisse des retraites, la DOTI et le ministère de tutelle) ont à gérer le flux des demandes. Aussi, une formation de deux jours a été organisée en début de semaine en faveur de chefs de service des différents ministères, censés orienter les fonctionnaires. L’objectif, se débarrasser des moins performants. Comment ? Par la série de signatures de validation de la hiérarchie. Mais gare à la bureaucratie !


Al Bidaoui. Encore le roi, mais autrement

Surprenant numéro que celui confectionné cette semaine par nos confrères d’Al Bidaoui. Sous le titre, "l’autre visage de Mohammed VI", Abderrahim Ariri & Co. rapportent, témoignages directs à l’appui, des anecdotes mettant le roi en scène. C’est ainsi qu’on apprend que Mohammed VI a accepté un poisson qu’un petit pêcheur lui a offert au large d’el Medieq, alors qu’il (le roi) venait de se renverser en jet ski. Toujours à el Medieq, il paraît que Mohammed VI est un habitué des brochettes de Khay Mohamed et qu’il joue au mini-foot et au basket dans une banale salle couverte à Tétouan. Dans le même numéro, Al Bidaoui s'est amusé à calculer la distance parcourue par le roi en 2004. Entre voyages au Maroc et l’étranger, Mohammed VI a dépassé les 90.000 km (hors voyages privés). à lire absolument.


Presse gratuite. 100.000 exemplaires !

C'est une petite première pour la presse marocaine. Pour fêter son numéro 100, Casamaville (CMV pour les intimes, Citymag gratuit pour les non initiés) met le paquet. 100.000 exemplaires imprimés pour commencer, une grande soirée à Casablanca et une campagne d’affichage. Rien que ça. Anouar Zyne, qui édite parallèlement d'autres citymags à Rabat, Tanger, Marrakech et Agadir se lance dans un autre chantier : la certification de son tirage.
Faute de le faire par le biais de l’OJD marocain (ce dernier ne prévoit pas de mécanismes pour la presse gratuite), Anouar Zyne a contacté l’OJD France et en attendant, il a filmé la sortie d’imprimerie de ses 100.000 exemplaires sur une cassette qu’il projettera lors de la soirée du 27. Pourquoi pas ?


Athlétisme. Du rififi chez les champions

D'abord, Nezha Bidouane, double championne du monde du 400 mètres haie, a annoncé sa retraite la semaine dernière, mettant ainsi fin à quinze ans de compétitions. Et quand Nezha promet un retour en entamant une carrière d’entraîneur, Saïd Aouita, lui, est définitivement en froid avec l’athlétisme marocain. Ainsi, samedi dernier, son absence a été fortement remarquée lors d’une cérémonie officielle. La Fédération d’athlétisme qui a fait parler d’elle la même semaine – et celle d’avant-, et pas qu’en bien, puisque les médaillés d’Athènes avaient décidé, enfin, de se plaindre : jusqu’à il y a quelques jours, ils n’avaient toujours pas perçu ni la prime promise par le Comité olympique marocain (1 million de dirhams pour l’or et 600.000 DH pour l’argent). Hicham El Guerrouj et Hasna Benhassi ont fini par empocher leurs primes après moult entretiens "amicaux", explique cet athlète.


Union européenne. TelQuel primé

En présence du Commissaire européen Louis Michel, Ahmed R. Benchemsi, directeur de publication de TelQuel, a été primé lundi 17 janvier à Bruxelles par la Commission européenne, pour un reportage intitulé "Sidi Moumen, la poudrière" – publié dans TelQuel en 2003, après les attentats du 16 mai. Le premier prix lui a été décerné pour la zone "monde arabe et Israël". Un représentant du Niger a également été primé pour la zone Afrique (sujet : l’excision), ainsi qu’une Anglaise pour la zone Europe (sujet : le Sida en Afrique), un Pakistanais pour l’Asie (sujet : les crimes d’honneur), et un Chilien pour l’Amérique latine. L’article de ce dernier, Juan Cristobal Fletcher, traitant de l’assassinat du poète Victor Jara pendant les années Pinochet, a également reçu le grand prix européen Lorenzo Natali pour la défense des droits de l’homme.


Sacrifice. La fête (du mouton) en chiffres

5 millions de têtes seraient tombées vendredi dernier, si l’on se tient aux chiffres du ministre de l’Agriculture et du développement. Il s’agit de têtes de moutons, vous l’aurez compris et de l'aïd El Kébir de cette année qui est arrivé avec son lot de nouveautés. Ainsi, la ville de Casablanca, en partenariat avec les sociétés de collecte d’ordures, a distribué quelques 300.000 sacs en plastique dans tout Casablanca pour (âlallah) convaincre la population de la nécessité de garder la ville propre. Autre chiffre : 5,2% des Marocains, la plupart de milieu aisé, n’auraient pas procédé au sacrifice (d’après le Haut Commissariat au Plan).


Télévision. Les Agnag de Basri

La dernière interview de Driss Basri, accordée à la chaîne qatarie Al Jazeera, a provoqué l’hilarité générale chez les téléspectateurs marocains. Il y a de quoi. à la question de savoir si l’ancien ministre de l’Intérieur n’était pas "trop occupé à fabriquer les partis politiques, fermant ainsi les yeux sur le développement de l’extrémisme religieux", Basri a répondu par une tirade qui fait désormais le tour des sites internet : "Cette affirmation, répondit Basri, n’est présente que dans les cerveaux, al agnag (pluriel de goung, tête), de certains responsables actuels". Merci Si Driss pour avoir remis au goût du jour une expression enfouie sous les terres poussiéreuses de la Chaouia.


Censure. Saisie de journaux dans l’Oriental

Mohamed El Hourd et Mostapha Kechnini, rappelez-vous, font partie des journalistes graciés dans le groupe des 33 détenus d’opinion, en janvier 2004. Un an plus tard, les voilà surpris d’entendre de la bouche du responsable des RG qu’ils devaient "suspendre leurs journaux et fermer leurs locaux pour une durée de trois mois", conformément "à une décision du ministre de la Justice". Problème, comme ils l’expliquent eux-mêmes, la grâce dont ils ont bénéficié est totale. Elle couvre donc aussi bien la peine d’emprisonnement que la suspension des titres. "D’autant qu’Al Ousboue de Mostapha Alaoui, dont le cas de figure est semblable au nôtre, n’a pas été inquiété". Alors ?


Cinéma. Le salut royal des Romains

L'inauguration royale des studios de cinéma de Ouarzazate, la semaine dernière, a été suivie d’une drôle de scène. Invité à assister, en direct, au tournage d’un plan de film historique, le roi a vu, dès son irruption sur le plateau, tous les figurants romains (en cape et épée, selon la bonne tradition romaine) se dresser comme un seul homme pour scander : "Vive le roi !". Renseignement pris, il s’avère que tous les Romains de service… étaient des figurants marocains. La scène n’a pas échappé à la curiosité de tous ceux qui y ont assisté en direct. Repos, les Romains !


3 questions à Karim Ghellab (Ministre des Transports)

Quand aurons-nous un dispositif anti-brouillard dans nos aéroports ?
L’aéroport Mohammed V est doté depuis décembre 2004 d’instruments de guidage. Aux avions qui avaient besoin d’une visibilité verticale de 350 m pour atterrir, 200 m suffisent désormais. D’ici fin 2005, de nouveaux balisages lumineux permettront de descendre à 50 m et en fin 2006 à 0 m. Enfin, des études similaires seront lancées pour les aéroports de Rabat et Agadir.

Le chamboulement du programme des TNR Casa-Rabat est-il dû à un incident ou à la surcharge de l’Aïd ?
L’Aïd n’y est pour rien. On a même ajouté 20 trains à cette occasion. Ce qui s’est passé le mercredi 19 janvier est un accident fâcheux qui a causé une panne de la caténaire (fil de haute tension). Le trafic étant intense entre Rabat et Casa (un train tous les 1/2 h), les techniciens n’y travaillent que la nuit. Maintenant, les travaux vont bon train.

Exiger la ceinture de sécurité en ville suffit-il, si les agents censés veiller à l’application du code de la route sont corrompus ?
à ce sujet, nous avons une stratégie opérationnelle étalée sur 10 ans. En exigeant la ceinture de sécurité en ville et la ceinture arrière hors de la ville (et d’autres nouveautés), la réglementation s’améliore. Quant aux agents, on leur fera des séances de sensibilisation et de formation. L’essentiel est de ne pas faire de la corruption un alibi pour ne rien faire.



Billet : Laâouacher (par Driss ksikes)

Laâouacher. J’ai toujours été intrigué par ce mot. Sans faire d’étymologie proprement dite, je le retourne dans tous les sens pour saisir son origine. Je ne parle pas de Laâouacher, comme moment privilégié de mendicité. Je parle de la fête. Première hypothèse, il serait un pluriel bâtard du mot arabe âchira (tribu). Ce n’est pas tout à fait plausible, vue la composition du mot, mais l’idée me séduit. La fête étant un moment de retrouvailles de la communauté, d’effacement de l’individu derrière les rituels en sang ou en encens qui prévalent, je suis plutôt séduit par la version tribale de Laâouacher. Deuxième hypothèse, ce serait une déformation de âchir (dixième jour du mois lunaire correspondant, à 30 jours d’intervalle, à la fête du mouton puis à celle de Achoura). Sachant que traditionnellement, les urbains au Maroc avaient le calendrier musulman comme unique repère, cette explication savante ne me semble pas farfelue. Ils auraient gardé en tête une date repère (le 10ème jour) pour s’autoriser à se mettre en vacances. Cette version calendaire ne me plaît pas trop, mais je vous la propose à toutes fins utiles. Troisième hypothèse, je suis tenté de croire que âchoura a servi de fête-modèle dans l’imaginaire collectif. Commémorant autant la décapitation d’un descendant du prophète, l’imam Hussein, que le salut d’un autre prophète, Noë, je trouve l’événement chargé de symboles. J’y retrouve ce sens joyeux de fête ressenti par les enfants qui prennent la revanche de Noë en aspergeant les passants de seaux d’eau. Intuitivement, cette version équivoque de La'ouacher me paraît irréfutable. Au fond, Laâouacher sonne comme un soulagement dans la voix d’un enfant. Et comme un sacrifice, pour un père démuni qui doit payer son mouton. Vivement le retour au labeur. Et puis rebelote !



Humeur : Pour un Oui de plus (par Karim Boukhari)

C'est une information qui n’en est pas une : le Parlement marocain a ratifié les accords de libre-échange entre le Maroc et les états-Unis. Pour une fois, les élus du royaume ont fait comme ceux de l’Amérique. Mais pas pour les mêmes raisons, ni de la même façon. Ils se sont même permis d’accuser un léger retard (par rapport aux Américains), comme s’ils allaient nous sortir un Non du tonnerre de Dieu. Mais non, ils ont rendu la copie qu’on leur a présentée, certains (la plupart, si l’on en croit les coulisses parlementaires) sans l’avoir lue. Mais ils l’ont rendue quand même. Propre. Une copie nickel. Avec un naâm qui ressemble à celui qui accompagne toutes les opérations référendaires au Maroc : unanime, écrasant, indiscutable. Imaginez ce député moyen qui ne s’est jamais retrouvé devant un ordinateur, comme le Parlement en compte des dizaines (dixit Lahcen Daoudi du PJD). Ou ce député qui ne connaît du droit international que la difficulté de divorcer, sans se ruiner, quand on est marié à une "françaouiya". Imaginez cet élu incapable de garder les paupières décollées pendant cinq (allez, dix !) minutes d’affilée, ou l’autre qui n’a jamais rien signé qu’avec son pouce, voire son voisin pour qui les ALE sont des bières irlandaises. Toutes ces lumières se sont démenées comme de beaux diables pour lire l’illisible, comprendre l’incompréhensible, et apposer un Oui de toute beauté au bas d’un texte lu, vu et approuvé, sans être lu (y avait-il besoin, en fait ?). C’est superbe. Les élus ont fait leur part de boulot. Ils peuvent laisser hurler les loups, comme on dit, ceux qui n’aiment pas le Maroc, ou qui ne comprennent rien aux affaires, qui trouvent à redire aux accords de libre-échange comme à toute démarche officielle visant, bien entendu, le bien de tous les Marocains !



Vite !

Ce n’est qu’un détail, mais il mérite d’être relevé. Ignacio Cembrero, le journaliste d’El Pais qui a réalisé l’interview du roi Mohammed VI, est celui-là même qui a été traîné devant les tribunaux marocains pour répondre à l’accusation d’ "espion" décrétée par un quotidien national. En obtenant l’interview du souverain, le journaliste répond de la meileure façon à ses détracteurs : par le travail.

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Depuis que notre collaborateur à Ouezzane Mohammed Bouhcini a été libéré le 13 janvier, l’instruction de son affaire se poursuit, semble-t-il, dans la sérénité. De source interne, le ministre de la Justice Bouzoubaâ attend que l’affaire soit classée (ce qui ne devrait tarder) pour diligenter une inspection à Ouezzane et examiner de plus près les fréquentations locales des magistrats. Purge en vue ?

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40 : c’est le chiffre des diplômés chômeurs qui s’apprêtent à passer en jugement, dans les jours qui viennent, devant les tribunaux de Tanger, Taza, Agadir, Ksar El Kebir, Al Hoceima et El Jadida. Ces jugements sont consécutifs aux mouvements de protestations qui ont eu lieu dans ces villes. à signaler que l’association ANDCM, à laquelle appartiennent les 40 diplômés, n’est toujours pas reconnue par l’état marocain.

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Le numéro dernier de TelQuel a été transformé, l'espace d'un séminaire, en manuel scolaire de la police. Le dossier intitulé "Cette police qui vous veut du bien" a été distribué aux commissaires de la section française qui font leur stage à l'Institut royal de Police de Kénitra. L'objectif avoué est de les faire plancher sur "la perception par les médias du rôle de la police".

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La grogne monte, chez les photographes marocains accrédités au Palais. Cela fait longtemps qu’ils se plaignent d’être traités "comme du bétail" par la sécurité royale. Le comble a été atteint cette semaine quand on les a empêchés de photographier Lalla Salma et la reine Sofia d’Espagne… alors qu’elles étaient mitraillées par les photographes étrangers ! C’est ce qu’on appelle un délit de faciès inversé.

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Le procureur général a finalement décidé d’adresser la plainte pour torture déposée, il y a plusieurs mois par Mourad Belmâachi, au préfet de police de Casablanca. Il était temps. Belmâachi, actuellement détenu à Oukacha, avait délivré un certificat médical attestant des traces de coups sur son corps.

 
 
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