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N° 160
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Vas-y, Samira !
("Non, le PJD n’est pas un parti "comme les autres". Si le Front national parlait
de son "droit à l’expression" à la télé, toute la France ricanerait méchamment ")

D'abord, mettons les points sur les "i" : oui, Attajdid est bien le journal du PJD et oui, ce qui s’écrit dans Attajdid engage le PJD. Un journal qui publie systématiquement en première page les communiqués d’un parti, qui rapporte religieusement la moindre question orale de ses députés et qui défend toutes ses causes sans jamais se poser de questions, cela s’appelle un organe de presse partisane. Affirmer le contraire en jouant sur les statuts et les étiquettes, c’est prendre les gens pour des imbéciles. C’est dit.
Maintenant, revenons à la polémique de janvier. C’est donc pour châtier les déviants sexuels asiatiques que Dieu leur a envoyé le tsunami. Au cyclone d’indignation déclenché par cette théorie, Attajdid a répondu en publiant deux pages pleines de versets coraniques, rappelant les sanctions météorologiques essuyées par divers peuples coupables de relâchement moral. Tout cela est effectivement dans le Coran. Et alors ? Le droit de disposer sexuellement des esclaves est aussi dans le Coran (Annisae, 3 – vérifiez). Si on suit la logique d’Attajdid, vous pouvez donc légitimement copuler avec votre femme de ménage. Heureusement qu’il y a des musulmans qui font des lectures plus éclairées du Coran…
En fait, le Coran n’a rien à voir là-dedans. C’est juste une question de rapports de forces. Ce "et alors" salvateur, personne n’a le courage de le dire. Les gens du PJD le savent bien, et ils en profitent pour faire passer des idées fascistes. Quand la première Une sur le Tsunami est parue, on avait pensé que c’était un bug, un loupé. Un retour accidentel à Attajdid de l’avant-16 mai. à l’époque, la haine ne se cachait pas ; elle s’étalait même en première page, quasiment tous les jours. Après le 16 mai, ç'a été le grand nettoyage. Il y a bien eu quelques petits bugs isolés, mais sans conséquence, parce qu’immédiatement désavoués par un PJD soucieux d’effacer toute trace de sa responsabilité morale dans les attentats. Aujourd'hui, ils se sentent forts à nouveau, alors ils n'éprouvent plus le besoin de masquer leur nature profonde. La "théorie du Tsunami", ils n'ont pas chercher à l'escamoter après la naissance de la polémique. Au contraire, ils en ont remis 3 couches dans les numéros suivants de leur journal. Et quand 2M a dénoncé ce scandale et a refusé 4 minutes d’antenne au PJD pour "répondre", les barbus sont partis en vrille, dans le (très classique) registre de la victimisation. "On nous prive de notre droit à l’expression", etc.
Le drame, c’est que beaucoup ont eu mauvaise conscience, après ça. "Le PJD est un parti comme les autres, il n’y a pas de raison pour que la télé publique le descende", etc. Eh bien si, il y a une raison. Si le Front national parlait de son "droit à l’expression" à la télé, toute la France ricanerait méchamment. Samira Sitaïl, la directrice de l’information de 2M, a eu raison de faire ce qu’elle a fait, TelQuel la soutient sans réserve. Et qu’on arrête de nous dire "après tout, c’est un parti normal" ! C’est à force d’"après-tout" que nous nous retrouverons avec le PJD aux commandes dans les principales municipalités. Un "journaliste" qui écrit 4 pages sur le Tsunami/châtiment divin et invite les Marocains à la rédemption, ça va encore. Mais des dizaines, voire des centaines de bureaux communaux au pouvoir ne vont pas se contenter de le dire : forts du nombre, ils vont fermer les bars, former des patrouilles, intimider les femmes court vêtues, etc. Statistiquement, ce ne sera pas mesurable. Donc ça progressera insidieusement, jusque ce qu’il soit trop tard pour réagir. Non seulement Samira a eu raison, mais elle doit continuer, à chaque fois qu’elle le pourra. La télévision est une arme, et elle n’est pas de trop pour contrer la formidable machine de propagande que les barbus, toutes tendances confondues, ont mis en place sur le terrain. C’est une guerre idéologique, et il faut la gagner. Vas-y, Samira !

 
 
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