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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"On fait chier le Polisario"

Antécédents
Mohamed Laghdaf Eddah
Directeur de Laâyoune TV
    1958. Naissance sous un arbre, près de Laâyoune, en pleine opération écouvillon
    1979. Licence en droit privé, Rabat
    1981. DEA en droits de l’homme à Besançon
    1983. Intègre le cabinet du président du Parlement
    1991. Dirige les bureaux d’Al Alam et L’opinion à Laâyoune
    1993. Correspondant de l’AFP au Sahara
    2004. Directeur de la télé régionale de Laâyoune

Smyet bak ?

Mohamed Ben Brahim (silence).

Le nom complet, M. Laghdaf Eddah ?
C’est tout. Nous n’avons jamais eu de noms de famille au Sahara.

C’est une invention marocaine ?
C’est une invention de l’indépendance.

Bon. Smyet mok ?
Meryem Bent Mokhtar.

Nimirou d’la carte ?
A 110 839.

Ce n’est pas une carte sahraouie, ça !
Non, j’étais à Rabat quand je l’ai reçue.

Vous êtes à la tête d’une télévision créée en 10 jours, comment voulez-vous qu’on vous prenne au sérieux ?
C’est une spécialité marocaine. Ça me rappelle les fameux "apprendre l’italien en trois jours". On a tout commencé à zéro. Pas d’archives, et obligés de commencer la diffusion, la formation et la production en même temps. Nous devions tout préparer en 10 jours pour être prêts le 6 novembre, date symbolique du lancement de la chaîne. Maintenant, ce n’est pas à moi de juger du sérieux de ce qu’on fait. Nous recevons du feed back, des fax, des mails, et des appels pour notre journal télévisé.

C’est une télé pour faire plaisir aux Sahraouis ou pour enquiquiner le Polisario ?
Les deux, puisque la chaîne est regardée dans les camps de Tindouf, et massivement selon les échos. Nous recevons quotidiennement des insultes, on nous traite de traîtres. C’est qu’on a atteint notre cible. Donc oui, on les fait chier. C’est une manière de dire que nous changeons, qu’on commence à vivre en démocratie.

Une démocratie qui brouille le signal de Radio Polisario au Sahara alors qu’elle dispose d’une télé tolérée à Tindouf …
Ce n’est pas mon problème. Je ne fais pas de radio.

C’est facile !
Non, mais il ne tolèrent pas notre télé non plus. Sauf qu’à la différence de la Radio, on peut difficilement brouiller le signal télévisé.

Mais vous trouvez cela démocratique d’empêcher les Sahraouis d’écouter cette station ?
Non, c’est clair.

Vous ne comptez pas intervenir auprès de votre hiérarchie pour changer cela ?
Ce n’est pas mon département. Maintenant, brouiller n’est pas la solution. Il faut produire pour convaincre.

Monsieur le wali immisce-t-il dans vos affaires ?
Quand il veut protester contre un reportage.

Il le fait souvent ?
Tous les walis le font souvent. C’est comme un ovni qui est tombé sur son territoire. Il faut du temps pour que tout le monde s’adapte.

Peut-on être un bon journaliste au Sahara sans collaborer avec les services ?
Bien sûr. En 1999 par exemple, j’ai été tout seul à couvrir les émeutes ici. Il y a une déontologie à respecter. On fait le même métier, mais pour des objectifs différents.

Qui a fixé les règles de conduite pour votre chaîne ?
Moi. On fait comme on le sent. Nous avons même eu des problèmes avec quelques encadreurs de Rabat, trop makhzénisés à notre goût. Ça a été difficile de se démarquer de leur ligne éditoriale. Mais on s’est imposés. Des détenus de Meggouna sont passés sur nos plateaux, nous couvrons les grèves des chômeurs ou des pêcheurs et donnons la parole à tous. Nous faisons de la proximité dans les règles.

On vous rattrapera, rassurez-vous !
Je n’espère pas.

Vous claquerez la porte, si ça arrive ?
Oui, si on me demande des choses contraires à mes principes ou aux réalités du terrain.

 
 
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