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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Moment d’anthologie sur Derrida à Rabat

Jacques Derrida (AFP)
Le public est nombreux et attentionné, ce samedi 15 janvier à l’Institut français de Rabat. C’est un hommage au philosophe Jacques Derrida, mort il y a quatre mois. Sans trop de paroles. Deux films au menu, des phrases justes et émues d’Edmond Amran El Maleh (la fondation portant son nom est organisatrice de l’événement). à ses côtés, une femme frêle, d’une grande sensibilité. La poétesse égyptienne Safaa Fathy, vient présenter son documentaire à succès, Derrida, d’ailleurs. Abdelkébir Khatibi, auteur d’un texte-hommage au philosophe français, Amitiés, est attendu pour commenter l’œuvre. Il est absent sans excuse valable. La trame du film est établie à partir du livre
synthèse de Derrida, Circonfession. Fathy, forte d’une grande complicité intellectuelle avec Derrida, l’a convié à un voyage vers les lieux repères de sa vie (son antre, l’Espagne de sa judaïté d’origine, l’Algérie de son enfance, l’amphi parisien où il fait cours chaque mercredi, l’Amérique où il se dédouble dans une autre langue). L’auteur-réalisateur de ce document d’anthologie a convié Derrida à évoquer les axes de sa pensée sur fond d’images qui font sens. Il parle d’écriture et de traces dans un espace reclus de la ville. Il évoque l’identité toujours en construction devant une synagogue transformée en mosquée. Il traduit son idée du sublime dans sa bibliothèque personnelle, surélevée, au plafond ouvert sur le ciel. Il s’étale sur sa notion idéale d’hospitalité, dans un lieu désert, abandonné. à chaque fois, explique Fathy, il parlait par aphorismes, comme dans un clip, manière de rendre le documentaire fluide et sa pensée, ô combien riche en nuance, agréablement perceptible. Mine de rien, ce film permet aux néophytes de faire connaissance avec l’un des derniers monuments de la pensée française.


Roman.
Boccara, l’humaniste


Henri Michel Boccara est un médecin qui vit à Marrakech depuis 1964. Sa sensibilité littéraire, il l’a longtemps distillée à travers des pièces de théâtre, dont l’inoubliable Ici et d’ailleurs. Sensible déjà dans Traversées au mouvement des hommes, il signe, à travers Le Plumier, un roman affectif, où Idder erre, d’un lieu à l’autre, du village à la ville, de l’école où il rêve de savoir au détroit où il rêve de reconnaissance. Dans l’intervalle, il passe de chez l’oncle ombrageux à la rue ingrate, pour transiter par une chambre minuscule. En s'arrêtant sur les petits détails qui aident un jeune enfant délaissé à survivre (les seuls bouts de henry's qu'il a dans la poche, les rencontres inespérées avec des gens de bonne famille, le contact, enfin, avec le passeur et la brise du détroit), Boccara joue merveilleusement bien sur la corde sentimentale. C'est du Zola plus hard à une époque où la touche de naturalisme ne suffit pas pour représenter le réel. Boccara s'avère être humain, trop humain.

Ed. Tarik (50 DH)



Poésie.
La mécanique de Hmoudane


Mohamed Hmoudane est un poète de l’instantané. Dans ses textes, le sang gicle, la mémoire s’arrête, le présent prend le dessus, la flamme est captée avant de se consumer, le réel a des allures urbaines, le regard est captif et la langue ciselée. Dans Attentat, la force du texte provenait de la brièveté des vers, de l'immanence du sentiment. Dans Incandescence, c'est la même concision qui a prévalu. De plus en plus régulier dans sa production, Hmoudane signe, avec Blanche mécanique, un texte plus prosaïque, plus découpé, où sa culture hétéroclite prend du volume. On aurait dit un écrivain qui sort ses mots de leur cocon, qui compose plus le sens que les sons. Il déambule, assume son archaîsme, son cynisme, la froideur de son regard et celle de l'exil où il se démène. Bravo, le poète!

Ed. La différence, Paris, 2005-01-20

 
 
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