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Par Cerise Maréchaud
Mineurs en prison. Lécole pour sen sortir
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Le corps trop grand pour
les petites chaises alignées en rectangle, aucun, pourtant,
ne manque à l'appel (CM / Telquel)
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Du décrochage scolaire à la prison, il ny a quun pas. De la prison au décrochage scolaire aussi. Des militants luttent pour enrayer le cercle vicieux. Espoirs.
Technicien en informatique. Abdelkader en est maintenant sûr, cest ce quil veut faire, "quand il sortira". Arrêté pour trafic de fausse monnaie mais en attente de jugement depuis 2 ans et demi au centre de réforme de Aïn Sebaa, il sait quil risque gros 10, 20 ans. "Javais décroché les cours et peu mimportait. Finalement ici, cest ce qui me sauve, enfin, me soulage, dit-il, |
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très franc, tout en feuilletant Léconomiste que lui a apporté sa mère. Même enfermé, ça me fait oublier beaucoup de choses. Mon père est mort quand jétais ici, je nai pas pu le voir. Maintenant je dois men sortir, pour ma mère".
Depuis la fin de lannée 2004, le centre de réforme de Aïn Sebaa a ouvert les classes de son école, la première dans une telle structure. Déjà plusieurs détenus, six lan dernier, passent chaque année leur Bac en candidats libres au sein de la prison voisine dOukacha. Ils sont maintenant une quarantaine à enfiler leur cahier rouge sous le bras, tous les jours, pour aller étudier "comment la Terre tourne sur elle-même", daprès la leçon de géographie du professeur Choujaâ, ce mardi. Le corps trop grand pour les petites chaises alignées autour dun rectangle de tables, dans une salle fraîchement repeinte et doù lon distingue à peine les barreaux, aucun pourtant ne manque à lappel. Les feuilles dinterro de langue arabe révèlent des écritures soignées, et de bonnes notes.
"Chaque jour on voit voit des jeunes entrer au centre", répète, la voix lasse mais contente des progrès réalisés, une militante de la Fondation Mohammed VI pour la réinsertion des détenus. Parmi ces jeunes, ceux qui ne sont pas en rupture avec lécole depuis déjà de nombreuses années sont exposés au même risque de décrochage, à moins dune sérieuse prise en charge scolaire durant leur détention. Aujourdhui, la fondation a pour nouveau cheval de bataille la mission de faire entrer lécole au travers des murs de chaque islahiya (centre de réforme) que compte le royaume. En espérant inspirer lensemble des prisons où lécole, obligatoire selon la loi, nest souvent qu'une coquille vide. Un travail de Sisyphe : à Aïn Sebaa, ils sont plus de 600 détenus encore absents des listes de lalphabétisation, des cours du collège ou de la formation professionnelle.
Daprès cette membre de lAssociation des amis des centres de réforme, "les questionnaires relatifs à leur situation familiale et scolaire doivent être remplis dès leur arrivée. Les jeunes entrants en cours de scolarisation sont une priorité, ils doivent aller en classe tout de suite. Mais ça traîne". Si les avancées sont lentes, pour un professeur de lacadémie de Aïn Sebaa, cest que "ladministration pénitentiaire a parfois du mal à intégrer cette nouvelle donne qui veut faire du détenu un écolier, et lintrusion de léducation nationale au sein du centre peut leur être parfois difficile, quand eux-mêmes sont en sous-effectif chronique".
"Il ny a pas si longtemps, pour les professeurs, être affecté en prison relevait de la sanction", confie cette observatrice membre de lAssociation des amis des centres de réforme. Aujourdhui létat desprit a sensiblement changé, mais le recrutement demeure parfois difficile. "Lenseignement est un droit, on ne devrait pas sattacher au principe du volontariat des profs qui veulent "faire plaisir"", estime Zaïd Ouzaqel, chef du service de lalphabétisation à lAREF(1) de Rabat. Résultat : sensibilisation encore timide, salaires identiques, profs non remplacés, angoisse de certains intéressés quant aux conditions denseignement derrière les murs, à l'instar de ce professeur qui met pour la première fois le pied dans un centre de réforme à Salé, où plus de 800 jeunes sagitent derrière les barreaux de dortoirs sans fenêtre, un lundi de janvier. "Il faut comprendre le malaise de léducation nationale, explique Malika Ghazali, directrice dun collège-lycée et secrétaire générale de lOMDH à Casablanca. Chaque jour, les entrants et sortants modifient le nombre des classes, il ny a aucune unité de niveau, lenvironnement nest pas exactement favorable à un enseignement serein
".
Selon les critères de léducation nationale, il faudrait entre 24 et 30 élèves pour justifier le recrutement dun professeur : un ratio impossible à tenir dans les centres de réforme où la seule homogénéité est celle des nombreux jeunes déscolarisés depuis parfois une quinzaine dannées, ou qui, nétant jamais allés à lécole, ne peuvent suivre que les cours dalphabétisation et denseignement informel. Malgré limpossibilité dintégrer chaque jeune dans une classe, les besoins de sensibilisation se font croissants. "Bien sûr, explique Amina Marchli, assistante sociale au centre de réforme de Aïn Sebaa, il y a tous ceux qui ne veulent pas entendre parler de lécole, quils ont lâchée il y a longtemps. Mais la plupart des jeunes en détention préventive ne veulent pas aller en cours comme si ça nétait pas nécessaire, et au final ils attendent leur jugement des mois, voire des années".
Pour assurer et prolonger la continuité scolaire de ces jeunes, la Fondation Mohammed VI ainsi que lassociation Bayti remuent ciel et terre pour accompagner leur réinsertion, dans lécole dorigine ou non, selon leur souhait. La plupart des retours à lécole sont un succès, en dépit du redoublement systématique, grâce à cette médiation indispensable entre ladolescent marqué par son expérience et souvent encore loin du Bac, la famille aussi fragile que désorientée, et les directeurs détablissement, pas toujours zélés dans leur compréhension de tels cas particuliers.
En 2001, le directeur de lécole Jahid à Casablanca avait tenté de refuser le retour dun jeune sorti du centre de Aïn Sebaa pour qui Omar, éducateur à Bayti, avait dû recourir à la délégation de léducation nationale afin de couper court à cette stigmatisation. Toujours en place aujourdhui, ce même directeur ne paraît pas davantage concerné par le sujet. "Cette année tout le monde est correct, affirme-il dans un rire contenu et peu au courant de la présence ou non de jeunes réinsérés au sein de son collège. Peut-être, oui, on doit avoir trois ou quatre
délinquants, cest comme ça quon dit...".
Hicham, jeune de Sidi Bernoussi, est sorti du centre de Aïn Sebaa il y a trois ans et a continué le lycée. Mais devant travailler pour faire vivre sa famille, il espère, après avoir sauvé son parcours scolaire, que les responsables de la police et de la prison accepteront de lui "nettoyer", pour bonne conduite, son casier judiciaire. Abdelkader, lui, auparavant si rétif aux bancs de lécole, veut monter une association "pour aller dans les classes et leur dire ce quon vit. De toute façon, ici, il ny a plus de place".
(1)Académie régionale déducation et de formation
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Appel. Messieurs les juges
On ne le répètera pas assez, plus de 5.000 mineurs marocains, jeunes adultes et adolescents ayant, pour certains, à peine 14 ans, sont écroués pour être "redressés". Tous, loin sen faut, nont pas pour quatre murs un centre adapté à leur jeune âge et à leur vulnérabilité. Et nombre dentre eux, dans un pays où la mendicité est un délit, ne devraient pas être là, nauraient pas dû être là. Comme Azzedine, 14 ans, petit gars de la vieille médina enfermé pendant plus de deux mois à Aïn Sebaa pour avoir envoyé, en juillet, un ballon de foot dans la cour de lécole du quartier et "chopé" par un gardien. Sorti très marqué et atteint de la traditionnelle gale de peau des détenus, il a raté sa rentrée scolaire et est surnommé "ould lhebs" (fils de la prison) par des élèves
Les exemples sont nombreux. Quand plus de 1000 jeunes sont entassés dans des centres ne pouvant en loger que 400, que fait la "justice juvénile" ? |
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