Rallye Barcelone-Dakar. Devant et derrière le décor
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Arrivée à la station Tambacounda,
au Sénégal (C.B / Telquel)
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On peut admirer ces machines rutilantes, ces hommes libres épris d'aventure... Mais comment ne pas voir aussi que cette course traverse un pays pauvre - et que c'est triste ?
"Le grand Rallye-Raid Paris Dakar". Quest ce que ça sonne bien ! Voilà plus de 27 ans que ces quelques mots font fantasmer les esprits avides de sensations fortes, dadrénaline et de virilité. Simaginer dans lun de ces bolides sortis tout droit de Mad Max, casque sur le crâne et harnais autour de la taille, donne naturellement une sensation dinfaillibilité, un plaisir à la |
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lisière du bestial. Et puis, il y a toutes les festivités et autres petits plaisirs qu'on associe au "Dakar" depuis plus dun quart de siècle maintenant, avec une conclusion hautement exotique au Sénégal, pays de la Teranga (hospitalité), du vin de palme et des gazelles (belles femmes). Il faut dire que les sponsors ne lésinent pas sur les moyens pour maintenir la légende au sommet. Même si on est passé, depuis quelque temps, à la version réduite, "le Rallye Raid Barcelone-Dakar" (pour répondre à quelque besoin de restriction budgétaire), l'aventure na rien perdu de son attrait. Tout ceci est bien idyllique.
Imaginez aussi la frustration que lon peut ressentir devant ces as de la conduite tout terrain lorsquon ne sait même pas comment tenir un volant... Faire un petit bout de chemin avec ces personnages, mi-Michael Schumacher mi-Lawrence dArabie, quand on a du mal à garder son équilibre sur un vélo... ça vous renvoie une bien triste image de vous-même. Car le plaisir nest entier que si on est en mesure destimer les défis de la conduite à leur juste valeur. Autrement, on vit les choses par procuration. Cest ce que jai fait. Moi et des milliers de Sénégalais, spectateurs de fortune.
C'est aussi par procuration que j'ai partagé la peine des pilotes, dont deux sont morts pendant cette édition 2005 du rallye. Je ne les connaissais pas, mais j'ai quand même été triste pour leurs sponsors, leurs familles, leurs amis... J'étais aussi triste de penser qu'ils n'avaient pas pu aller au bout de leur rêve. J'ai été très triste, aussi, quand jai croisé les regards désabusés dune vingtaine denfants, agglutinés autour d'un bus du rallye, se disputant les restes du déjeuner que nous autres privilégiés avions laissés derrière nous. A notre passage, ils n'avaient qu'un mot à la bouche : "Cadeau ! Cadeau !". Cest aussi cela, lapprentissage du Dakar.
Il est vrai que quelques centaines de milliers deuros sont accordés par l'organisation du rallye au Sénégal, pour électrifier ou alimenter en eau potable les villages situés sur le parcours. Il est aussi vrai que lévénement est une aubaine touristique pour une région du monde sans grandes ressources. Il est enfin vrai que la participation de Syndiely Wade, la fille du président sénégalais, donne au peuple des spectateurs lillusion de faire partie de ce monde irréel, dêtre légal de ces pilotes casqués et bottés - en un mot, nantis.
Tour cela, certes, met un peu de baume au cur. Mais ça nest jamais que cela. Un anesthésiant qui perd vite de son effet, dès que les deux mondes se rencontrent, à la fin de la course, dans un night-club dakarois. La lucidité, cette fois, s'impose. Et ce qu'elle permet de voir n'est pas très beau : des dizaines de pilotes, techniciens et autres mécaniciens, des litres de bières dans le ventre, avachis sur les fauteuils ou titubant sur la piste de danse, les mains primitivement collées aux hanches de jeunes sénégalaises prêtes à tout pour quelques euros.
Mais dès demain, tous ces "blancs" repartiront d'où ils sont venus. Les autres, citoyens de la Teranga, resteront là où ils sont. Cette année encore, ils auront vu ce à quoi leur vie ne ressemblera jamais. On peut considérer que ça leur aura au moins permis de rêver. Si on veut être positif. |