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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Pages coordonnées par Karim Boukhari

Prisonniers de Tindouf. Une mort de trop

(AFP)
Le Maroc ne compte plus, depuis la semaine dernière, que 410 prisonniers de guerre à Tindouf. Deux détenus ont été libérés la semaine dernière. Cette libération surprise, que rien ne semblait annoncer, a vite été éclaboussée par l’annonce du décès, deux jours plus tard, de l’un des deux rescapés, Lahmadi Ahmed. Le décès a eu lieu à l’hôpital militaire de Marrakech où les deux rescapés ont été directement rapatriés (ce qui est une mesure exceptionnelle, les détenus étant généralement dirigés vers la base militaire d’Agadir), sur une intervention directe du délégué de la Croix rouge chargé de la supervision du transfert, et où se trouve toujours le compagnon
de Lahmadi, dans un état de santé jugé critique. Le décès est dû, selon l’association des familles de victimes et disparus au Sahara, à une vieille maladie, un cancer au stade final que le défunt traînait depuis six ans, déjà. Lahmadi, originaire d’Essaouira, est un ancien membre des forces auxiliaires, qui a été fait prisonnier par le Polisario en 1987. Son décès, dans des circonstances exceptionnelles, s’ajoute aux 120 morts enregistrées dans les rangs des prisonniers marocains à Tindouf (chiffre fourni par la fondation France-liberté). Sur ces 120 morts, civils et militaires, 45 seraient enterrés sur place, d’après l’association des familles, dont 10 corps demeurent aujourd’hui non identifiés. On ne sait pratiquement rien du lieu où seraient enterrés les autres morts… Rappelons que les Marocains de Tindouf sont les plus vieux prisonniers (de guerre) du monde.


Procès Basri. Qanir enfonce El Kaïd

Comme prévu, le procès des hommes de Basri, qui devrait démarrer à la mi-février, risque d’éclabousser un ex-grand de Casablanca : l’ancien gouverneur Hamouda El Kaïd, jusqu’alors épargné. C’est Abderrahim Qanir, ancien bras droit de Hicham Basri, qui, après avoir enfoncé ce dernier, vient d’en faire de même avec Hamouda El Kaïd. Qanir a ainsi signalé dans les PV de police que c’est l’ancien gouverneur qui lui avait procuré trois grands marchés (marché de volaille, rénovation du boulevard de la Grande ceinture, marché de dépotoirs pour ordures) pour un montant qui dépasserait les 40 millions de DH ! Avec les nouveaux coups de boutoir de Qanir, Hamouda El Kaïd pourrait être le 3ème gros poisson (après Laâfora et Slimani) à être traîné devant la justice.


Pêche. Trafic de poulpe dans le sud

Un bateau appartenant à un notable sahraoui a pénétré dans les eaux mauritaniennes le 20 janvier pour passer sa cargaison à un opérateur mauritanien. L’opération s’est déroulée de nuit et a porté sur près d’une tonne de poulpe. Seulement voilà, de retour à Agadir, les marins ont porté plainte auprès de la délégation du ministère de la Pêche pour infraction et trafic de poisson. Une enquête vient d’être ouverte à ce sujet. Abderrahmane Al Yazidi, S.G du syndicat des officiers et marins de la pêche hauturière, confirme et retient que "rien n’empêche cet opérateur de vider sa cargaison là où il veut et de rentrer chargé d’un autre matériel (autre que le poisson), encore plus illégal". En toute quiétude. Qu’en pensent les départements concernés ?


L'utile et l'agréable. Le roi à Ouarzazate

Séjournant depuis plus de deux semaines à Ouarzazate, sur le conseil de son médecin personnel (le souverain aurait une légère bronchite), le roi Mohammed VI a donné, les 25 et 26 janvier, le coup d’envoi à plusieurs projets de développement dans la ville. Mais c’est le discours, attendu début février, qui semble retenir l’attention. L’allocation du souverain, qui séjourne dans une villa privée (Ouarzazate ne dispose pas de palais royal), devrait être axée sur le développement économique et social de la région. Ce sera aussi l’occasion de lancer la signature de nombreuses conventions d’investissements au profit de cette zone.


Bibliothèque. Les archives des "collabos"

La Bibliothèque générale nationale (BGA) s’apprête à rendre publiques des archives restées secrétes depuis l’indépendance. Il s’agit des fonds documentaires provenant des bibliothèques personnelles de Mohamed El Hajoui, de Thami Glaoui et Abdelhaï Kettani. Les trois ont en commun la qualité –prétendue ou réelle- de collabos. "Ces fonds n’étaient pas interdits d’accès mais demandaient à être catalogués et classifiés pour pouvoir être consultés", explique le directeur de la BGA, Driss Khrouz. Dans le lot, on retrouve des livres d’histoire, des manuscrits et autres lithographies et photos souvenir. L’ouverture des fonds est prévue dans trois mois mais seul un public de chercheurs pourra y accéder.


Aïd. La riposte de Cheikh Yassine

C'est un fait, Al Adl Wal Ihsane a le sens de la proximité (et du civisme qui rapporte). A l’occasion de l’Aïd El Kébir, l’association de Cheikh Yassine a distribué des milliers de cartes de vœux dans les quartiers populaires de Casablanca en usant de la bonne vieille méthode du porte à porte. Au Hay Mohammadi, par exemple, les "militants" ont également distribué des milliers de sacs poubelles, comme pour riposter à la campagne diligentée, la veille, par les autorités de la ville. Les disciples de Yassine n’en sont pas restés là, puisqu’ils sont revenus le soir même pour collecter les peaux de mouton… en échange de nouveaux sacs poubelles. Les habitants ont diversement apprécié.


Social. Le procès des mineurs d’Imini

À Ouarzazate, on ne parle plus que de l’affaire Mohamed Khouya, ce mineur condamné à 10 ans de prison et qui observe, depuis le 29 décembre, une grève de la faim illimitée. Comment en est-on arrivé là ? Khouya, 40 ans, militant de la GSU, de l’AMDH et de la CDT, est le représentant syndical des mines d’Imini (60 km à l’ouest de Ouarzazate) exploitées par la SACEM, une société détenue à plus de 40% par l’état. Une série de grèves a marqué l’histoire récente de ces mines, notamment depuis octobre 2002 où des baisses de salaire ont été décrétées. En avril 2004, la société a été amenée à recruter plus de 100 "briseurs de grève". Résultat : des échauffourées qui se sont soldées, plus tard, par le décès d’un mineur dans des circonstances qui n’ont jamais été clairement établies. Khouya et cinq autres meneurs ont été inculpés et condamnés, le 13 janvier, à 10 ans de prison chacun. Un collectif de défense, fait de partis politiques et de syndicats, a depuis vu le jour demandant la révision du procès, son transfert en dehors de Ouarzazate (le collectif accuse les autorités locales de complicité) et la libération immédiate de Khouya. Une pétition circule dans ce sens, avec des signatures venues de collectifs européens. À suivre.


Université. La réforme mise à l’index

Mustapha Bencheikh est un universitaire lucide. Depuis qu’il a démissionné de son poste de doyen de la faculté des lettres de Meknès en 2002, il n’a eu de cesse de marteler que "la réforme universitaire se fait dans la précipitation". Aujourd’hui, il propose sa réflexion d’homme de terrain déçu aux lecteurs. Dans L’université marocaine à l’épreuve, il n’adopte pas un ton polémique, mais pose les termes du débat. à savoir que notre université avance, mais trop lentement et sans philosophie, que la charte de la COSEF est ambitieuse, mais parfois irréaliste, que son application n’a pas pu se débarrasser des lenteurs de l’administration et que la mise en place de la réforme s’est faite sans préparation et pâtit du manque de vision qui prévaut. Ça valait le coup d’être dit.


Ubiquité. Basri le médiateur ?

Driss Basri n’en finit pas de donner des cheveux blancs à tous les services (les Marocains et les autres) qui le suivent dans tous ses déplacements. Le dernier "mouvement" de Basri a été effectué auprès de Dalil Boubaker, le recteur algérien de la Mosquée de Paris, à l’occasion de l’aïd. L’ancien vizir a ainsi passé une matinée entière avec Boubaker (voir photo), participant à la prière de l’aïd, mais aussi aux discussions qui ont eu lieu pour activer la libération des journalistes français détenus en otage en Irak. La plupart des télévisions hexagonales ont zoomé sur un Basri souriant…mais silencieux, pour une fois.


Fès/patrimoine. Occasion manquée

Quatre jours d’activités culturelles intenses, une couverture médiatique planétaire… 48 villes européennes ont appliqué le concept des "journées du patrimoine". Fès devait avoir les siennes en septembre 2005. Sauf que… "Aucune des promesses que j’ai reçues n’a été suivie d’une confirmation écrite, encore moins d’actes" déplore Amélie Darras, responsable de la société française Culture et communication, qui prépare l’évènement depuis 6 mois. Après avoir rencontré le conseiller royal Mohammed Kabbaj et le wali de Fès, elle est sur le point d’abandonner. C’est, pourtant, grâce à elle que l’émission, Des racines et des ailes, qui sera diffusée fin mars en prime time sur France 3, consacrera 26 minutes à Fès. Dans l’espoir d’un sursaut…


Affichage. La pub voilée, vous connaissez ?

Une drôle d’affiche publicitaire décore les vitrines d’Alpha 55 depuis deux semaines. L’affiche, accrochée à l’occasion d’une promotion pour une marque de lingerie, a été recouverte d’un drap rouge, venu masquer le corps de la jolie femme qui y pose et que l’on soupçonne en petite tenue. Les dessous de l’affaire sont beaucoup moins drôles. La direction du centre commercial, quelques jours après avoir posé l’objet aujourd’hui à moitié caché, a tout simplement reçu des appels téléphoniques anonymes – plusieurs par jour - menaçant entre autres de détruire la vitrine si "le corps nu de la femme n’est pas caché à la vue des passants". La direction a cédé, pour le résultat que l’on sait : une affiche publicitaire voilée !


Statistiques. Les mères célibataires en chiffres

Selon une étude du Haut Commissariat au Plan, 5040 mères célibataires ont été recensées dans la wilaya de Casablanca entre 1996 et 2002. Un chiffre sur lequel les ONG spécialisées (Solidarité Féminine, INSAF) ne sont pas d’accord. Et pour cause, ce chiffre ne concerne que les femmes ayant accouché en maternité. Or, la plupart des mères célibataires fuient les maternités de peur d’être dénoncées à la police (et d’être passibles de peines de prison pour "délit" de rapports sexuels hors mariage). Le Haut Commissariat au plan, et les deux associations en question concordent pourtant sur d’autres statistiques : autour de 70% des mères célibataires ont cédé aux avances d’un homme qui leur promettait le mariage, et quelques 10% ont été violées.


Pillage. Alerte au crime écologique !

Près d’Asilah, d’énormes dunes hautes parfois de 50 mètres, sont attaquées par des pelleteuses qui chargent environ 80 camions de sable par jour. Il faut des millénaires pour que de telles dunes puissent se former, et le sous-sol de cette zone, toute proche du site romain de Lixus, regorge sans aucun doute de trésors archéologiques phéniciens et romains. Sans oublier que ce sable-là est un matériau de construction dangereux, puisque le sel "attaque" le béton, menaçant d’effondrement toute bâtisse construite avec. Une dizaine de riverains (dont un botaniste italien et un homme d’affaires français) ont avisé Fathallah Oualalou, Mohamed Elyazghi et même la princesse Lalla Hasna, présidente de la fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement. Sans réaction. Si le pillage continue à ce rythme, il ne restera plus rien dans deux mois.


3 questions à Jamal Berraoui (Président de l’association marocaine contre la haine et le racisme)

Pourquoi un sit-in, aujourd’hui, devant le siège d’Attajdid ?
Parce qu’il était temps. Nous sommes 27 organisations et partis à participer à ce sit-in. Ce que ce support a écrit sur le tsunami, sur les Marocains et les "mécréants" est non seulement moralement inacceptable, mais politiquement dangereux pour la stabilité du pays. C’est ce genre de discours qui ont rendu le 16 mai possible au Maroc. Cela peut produire, insidieusement, les kamikazes de demain.

Pourquoi pas un sit-in devant le siège du PJD ou du MUR, puisqu’ils contrôlent
le journal ?
La question a été débattue, effectivement. On a choisi finalement de nous en tenir aux faits. Et les faits s’appellent, en l’occurrence, Attajdid. Ce que nous visons concrètement, c’est un écrit d’Attajdid, pas un communiqué du PJD ou du MUR. Mais je ne vous cache pas que tout le monde n’est pas d’accord pour désinculper le parti et l’association qui contrôlent Attajdid.

Dans certains milieux, on rappelle que la rue marocaine dit et pense, parfois, pire que ce qui a été écrit sur Attajdid…
C’est vrai, et c’est pour cela qu’il est temps de sortir dans la rue, justement, pour dire Non à ce genre de dérive. C’est une bagarre, une bataille qu’il faut mener. Et, dans tous les cas, l’existence de ce genre de courant, de pensées, ne les légitime pas, bien au contraire.



Billet : La presse "responsable" (par Driss ksikes)

Depuis que le roi Mohammed VI a formulé cette expression, "une presse libre mais responsable", personne n’a daigné l’expliquer correctement. Pour jouer aux "responsables", certains journaux se sont montrés prédisposés à l’auto-censure. D’autres ont prouvé qu’ils pouvaient être pro-makhzéniens quand il le fallait. D’autres encore ont pris sur eux d’injurier quiconque pratiquait son métier librement. Résultat des courses, la presse nationale a donné au mot responsable plus d’acceptions qu’il n’en a jamais eu. Et ce n’est certainement pas pour vous compliquer la tâche, mais j’ai compris ce mot tout à fait autrement. J’ai d’abord compris que, pour "se montrer responsable", il ne faut jamais courber l’échine devant un responsable. Un journaliste, n’étant pas tenu par la hiérarchie, ne peut être responsable que de l’information qu’on lui confie ou de la vérité qu’il traque. J’en déduis qu’il doit être responsable du travail qu’il accomplit, ne jamais le traiter à la légère, ne jamais réduire un article de presse à un service rendu et, encore moins, à une besogne qui se monnaye. J’en déduis aussi qu’il doit être responsable devant ses lecteurs, de la véracité des faits qu’il rapporte, de la pertinence des analyses qu’il véhicule et de sa marge de subjectivité, qu’il ne doit jamais laisser déborder. J’en déduis, enfin, qu’il doit se comporter comme un homme responsable, autonome, qui a le devoir de tout interroger, de tout explorer, de ne pas jouer le jeu du pouvoir sous prétexte de sacralité. Je sais que cela fait trop d’explications pour un seul mot. Mais sincèrement, ç’aurait été irresponsable de ma part de ne pas vous les exposer toutes.



Billet : Casablanca sans âme (par Karim Boukhari)

La meilleure explication donnée à la construction de la mosquée Hassan II a été l’œuvre du défunt roi en personne : "C’est pour donner de l’âme à une ville (Casablanca) qui en manque". L’explication royale est dure mais juste. Et durable ! La ville blanche n’en finit pas de perdre les monuments qui font son âme. Hier c’était le théâtre municipal, là où avait pris naissance toute la movida marocaine des années 60-70 (Nass El Ghiwane et les autres), remplacé par une vulgaire station de taxis blancs. C’était le cinéma Vox, splendide vestige colonial auquel on a préféré substituer un jardin hideux et une banale station de bus. Ou encore les arènes du Maârif-Racine où les célébrités du monde entier venaient s’extasier devant la "danse" des matadors. Plus près de nous, en nettement moins spectaculaire, l’école primaire Al-Koubba, aux portes de la vieille ville. Cette école, probablement la plus belle de toute la ville, et l’une des plus anciennes, a été "tuée" en même temps que deux autres écoles à l’entrée de la médina pour cause de "réaménagement urbain dans la perspective de la future avenue royale". L’avenue royale n’a toujours pas vu le jour, mais Al-Koubba et ses voisines ont disparu, laissant la place à de nouveaux dépotoirs-dortoirs pour SDF. Tant mieux pour les clochards, mais la mort d’Al-Koubba prive Casablanca d’un chef-d’œuvre architectural, et les jeunes écoliers de la médina de l’une des rares établissements scolaires du coin. Un crime parfait, sans coupable direct, contrairement à ce que prétendaient les films de Hitchcock. Adieu Al-Koubba et ses sœurs, adieu aux derniers cinémas de quartier de la ville, au légendaire stade Philip, aux quelques vieux bistrots à la française, aux hôtels (et maisons de passe) du centre-ville, aux garages historiques de la CTM et à ce qui reste de l’âme de la ville blanche.



Vite !

Farid Dellero, ex-PDG de la BNDE, est en liberté provisoire contre une caution de 3 millions de DH, après avoir passé plus de 7 mois en prison. Quatre chefs d’inculpation ont été retenus contre lui: mauvaise gestion, dilapidation, dysfonctionnement et détournement de deniers publics. Les observateurs craignent que cette libération ne soit une manière d'enterrer le dossier à l’instar des cas CIH et BCP.

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L'édition 2006 du forum social mondial, plus connu sous "forum de Porto Alegre" (de la ville brésilienne où il s’est tenu la première fois, et où il se tient encore en 2005), sera conjointement organisée par trois pays. Les organisateurs ont indiqué que le Maroc, le Venezuela et la Corée du Sud se présentaient comme le trio favori.

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Ancien Premier ministre et président du Parlement, Ahmed Osman figurera, parmi 100 personnalités mondiales, dans un ouvrage du "centre biographique international" (Grande Bretagne). Quant à "l’Institut biographique américain", il a nommé Osman "homme de l’année 2004". étrange, pour quelqu’un qui n’a plus occupé de poste d’envergure depuis au moins 10 ans… Félicitations quand même.
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Des poux en prison. Quoi de plus banal ? Sauf que la prison en question est celle de Salé, où séjourne l’essentiel des islamistes arrêtés après le 16 mai. Selon des pensionnaires fraîchement relaxés, la prison connaît une authentique invasion, particulièrement dans le quartier des islamistes.

 
 
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