Sujet
Économie
Société. Le baptême du sexe
Moeurs. Sangliers casher
Portrait. Moulay Abdelaziz Tahiri, le maître des paroles
Musique. Platinium a du plomb dans l'aile
N° 161
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est
Par Ahmed R. Benchemsi

Extrême, faute de mieux
("Au Maroc, la renaissance de la politique vient des extrêmes.
C’est malheureux, mais c’est le prix à payer pour expier 38 ans de hassanisme.")

Il est bon, de temps en temps, de se souvenir que nous avons des partis politiques. On a tendance à oublier qu’ils existent, tellement ils sont insignifiants. Mais nous n’en avons pas d’autres. Si la démocratie doit se faire un jour, ce sera avec eux. Penchons-nous donc sur leur cas, par fatalisme si ce n’est par intérêt.
Parmi les partis marocains, certains prétendent former des pôles. La Koutla en est un, et il n’a rien d’idéologique. à l’époque où cela s’est fait, il s’agissait juste d’affirmer que l’USFP, l’Istiqlal et le PPS avaient, contrairement aux autres, une certaine légitimité historique. à la seconde où elle a accédé au pouvoir, la Koutla, en tant qu’union, n’avait déjà plus de sens. Elle tient pourtant toujours, sept ans plus tard. Ou plutôt : les états-majors en maintiennent l’illusion, faute d’idée nouvelle. En face, quelques créatures "de l’administration" (UC, PND…) ont voulu faire la même chose. Leur "wifaq" n’a pas tenu un an, tellement il était téléguidé. Quant au(x) mouvement(s) populaire(s), on ne sait plus… Ali al Himma leur a expliqué un jour que s’ils se montraient unis, cela leur ferait plus de fauteuils ministériels à se partager. L’argument les a séduits. Mais ils n’ont toujours pas formalisé leur union, parce qu’un seul parti impliquerait un seul chef. C’est forcément inacceptable pour les autres. "Y a pas le feu", ont-ils fini par trancher. Le gouvernement ne sera plus remanié avant 2007. D’ici là, on avisera…
Tout cela manque dramatiquement de sens. Dans les démocraties, la fonction première des partis est de proposer un cadre de pensée cohérent dans lequel des citoyens peuvent se reconnaître – ou auquel ils peuvent s’opposer. Le PJD est le seul à faire cela. Il est notre extrême droite à nous. De l’autre côté du spectre, nous avons une extrême gauche. Ou plutôt une gauche qui n’a plus envie d’être extrême parce qu’elle a compris que cela ne la menait nulle part. Elle est morcelée, et peine à s’unir. Entre la GSU (Gauche socialiste unifiée) et le RGD (Rassemblement de la gauche démocratique), ce n’est pas gagné. Mais la démarche, au moins, est sincère. Et puis il y a de l’idée. Malgré leurs divergences, tous sont d’accord sur la nécessité d’une réforme constitutionnelle qui donnerait moins de pouvoir au roi et plus aux instances élues. C’est cohérent, et c’est déjà ça… Reste à mobiliser les masses populaires derrière ce projet, ce qui est loin d’être évident. La pensée
PJDiste (en gros, "Dieu est la solution") est plus porteuse, d’un strict point de vue de marketing politique : c’est simple, c’est court, et ça frappe.
Moralité : la (timide) renaissance de la politique nous vient des extrêmes. C’est malheureux, mais c’est le prix à payer pour expier 38 ans de "démocratie hassanienne". Toute notre vie y suffira-t-elle ?

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés