Extrême, faute de mieux
("Au Maroc, la renaissance de la politique vient des extrêmes.
Cest malheureux, mais cest le prix à payer pour expier 38 ans de hassanisme.")
Il est bon, de temps en temps, de se souvenir que nous avons des partis politiques. On a tendance à oublier quils existent, tellement ils sont insignifiants. Mais nous nen avons pas dautres. Si la démocratie doit se faire un jour, ce sera avec eux. Penchons-nous donc sur leur cas, par fatalisme si ce nest par intérêt.
Parmi les partis marocains, certains prétendent former des pôles. La Koutla en est un, et il na rien didéologique. à lépoque où cela sest fait, il sagissait juste daffirmer que lUSFP, lIstiqlal et le PPS avaient, contrairement aux autres, une certaine légitimité historique. à la seconde où elle a accédé au pouvoir, la Koutla, en tant quunion, navait déjà plus de sens. Elle tient pourtant toujours, sept ans plus tard. Ou plutôt : les états-majors en maintiennent lillusion, faute didée nouvelle. En face, quelques créatures "de ladministration" (UC, PND
) ont voulu faire la même chose. Leur "wifaq" na pas tenu un an, tellement il était téléguidé. Quant au(x) mouvement(s) populaire(s), on ne sait plus
Ali al Himma leur a expliqué un jour que sils se montraient unis, cela leur ferait plus de fauteuils ministériels à se partager. Largument les a séduits. Mais ils nont toujours pas formalisé leur union, parce quun seul parti impliquerait un seul chef. Cest forcément inacceptable pour les autres. "Y a pas le feu", ont-ils fini par trancher. Le gouvernement ne sera plus remanié avant 2007. Dici là, on avisera
Tout cela manque dramatiquement de sens. Dans les démocraties, la fonction première des partis est de proposer un cadre de pensée cohérent dans lequel des citoyens peuvent se reconnaître ou auquel ils peuvent sopposer. Le PJD est le seul à faire cela. Il est notre extrême droite à nous. De lautre côté du spectre, nous avons une extrême gauche. Ou plutôt une gauche qui na plus envie dêtre extrême parce quelle a compris que cela ne la menait nulle part. Elle est morcelée, et peine à sunir. Entre la GSU (Gauche socialiste unifiée) et le RGD (Rassemblement de la gauche démocratique), ce nest pas gagné. Mais la démarche, au moins, est sincère. Et puis il y a de lidée. Malgré leurs divergences, tous sont daccord sur la nécessité dune réforme constitutionnelle qui donnerait moins de pouvoir au roi et plus aux instances élues. Cest cohérent, et cest déjà ça
Reste à mobiliser les masses populaires derrière ce projet, ce qui est loin dêtre évident. La pensée
PJDiste (en gros, "Dieu est la solution") est plus porteuse, dun strict point de vue de marketing politique : cest simple, cest court, et ça frappe.
Moralité : la (timide) renaissance de la politique nous vient des extrêmes. Cest malheureux, mais cest le prix à payer pour expier 38 ans de "démocratie hassanienne". Toute notre vie y suffira-t-elle ? |