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Par Cerise Maréchaud
Musique. Platinium a du plomb dans laile
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Omar Sayed, de Nass el Ghiwane,
dans le studio de Plantinium
(C.M / Telquel)
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Piratage, artistes contestés, distribution invisible
Près dun an après larrivée en fanfare de la nouvelle maison de disque, Platinium tousse déjà. Diagnostic.
L'entrée en scène fut tonitruante. En ouvrant ses portes au printemps dernier sur le boulevard Zerktouni de Casablanca, la maison de disque Platinium fondée fin 2003 - annonçait bien haut sa noble intention de créer un marché légal de la musique dans le royaume (du piratage). Autant dire, une petite révolution. Cest que le nouveau venu brandissait une bannière |
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de marque : celle dUniversal, poids lourd de lindustrie musicale, dont le PDG en France Pascal Nègre semblait sallier à Abdeslam Ababou, président de Platinium Music, pour tenter de conquérir le capricieux et mal éduqué marché marocain, tout en le purgeant de ses vices. Et faire éclore les artistes prometteurs pour ressusciter un paysage musical déserté des producteurs.
Aujourdhui, 9 mois après leur installation, la direction a subi quelques remous et la boîte produit toujours à perte, espérant (en vain ?) quelque retour sur investissement
Alors, Platinium, le flop ? CD importés promis à 30 % moins cher quoutre-mer et produits nationaux annoncés autour de 80 DH, points de vente dans les agences Ittissalat al Maghrib inaugurés par Nolwenn de la Star Academy et Faudel en personne, promotion sur 2M et surtout Elam Jay en tête daffiche, en pleine effervescence "Maroc 2010", Platinium avait pourtant misé gros. Et nest pas resté les bras croisés.
Erreur de casting ?
Pas loin dune dizaine dartistes portent désormais le sceau de Platinium. Des jeunes, des moins jeunes
"Lobjectif est de révéler des jeunes artistes, mais aussi de revisiter le patrimoine musical marocain et de créer des duos originaux", décline le président Abdeslam Ababou dans un exposé consciencieusement récité. Certains ne sont pas tout à fait novices, comme Bouchra ou Saïd Mokter. Malek, lui, est déjà bien connu. Dautres, tel Nass el Ghiwane, sont déjà un mythe. Mais à en croire les avis épars et les maigres résultats, flotte dans lair comme le sentiment dune erreur de casting
que la médiatisation à grands renforts de 2M et de Elam Jay nont pas réussi à rectifier.
Peut-être même Platinium Music a-t-il souffert de se voir affubler létiquette, dès des premiers pas, de machine auto promotionnelle du jeune marocain débarqué de Suisse dont le pseudo tube "Morena" naura fait que quelque 2.000 ventes sans même être piraté, malgré le triptyque médiatique "CocaCola-Studio2M-Coupe du monde". Aujourdhui en tournée personnelle au Moyen-Orient, lancien directeur général de Platinium a quitté le navire, mais celui que les médias ont pu surnommer "forgeur de tube marocain" a davantage contribué à forger un amalgame trompeur : Platinium comme "filiale", "associé" ou encore "cheval de Troie" de la major Universal Music. Loin sen faut. "Il faut briser le mythe selon lequel Platinium, cest Universal au Maroc. Platinium vend ses produits, ce nest pas la même société", clarifie Mounsif Adyel, ingénieur du son à cheval entre Paris et Casa.
Décollage manqué, donc, pour Platinium. Mais pouvait-il vraiment senvoler ? "Le marché est si-ni-stré. On ne peut pas investir 10 millions de dirhams, rien nest légal. Cest un cercle vicieux. Une cassette vierge coûte 6 DH, mais à Derb Ghallef on trouve des compil à 4 DH". La complainte du piratage tourne en boucle. Mais lalibi est trop rédhibitoire pour coller parfaitement à la réalité. "Les graveurs de disque ont moins de 10 ans, et ça fait 30 ans quil ny a pas de production au Maroc. Dans les rayons Maghreb au Maroc, on ne trouve que la musique algérienne
fulmine un musicien casablancais. Cest une excuse pour ne pas se lancer. Il y a un énorme problème de distribution : il faut poser les CD là où les gens sont, à Bab Marrakch comme à Jamaâ el Fna. Pas à Maroc Telecom, Ifriquia ou Marjane. Quel jeune marocain va prendre sa voiture quil na pas pour aller acheter un disque, quel que soit le prix ? On ne peut pas venir comme ça sur un marché et penser le rééduquer. Cest un manque dhumilité".
Délit de jeunesse
Platinium a-t-il par ailleurs négligé la mouvance underground, servie sur un plateau par un Boulevard des jeunes musiciens auquel personne de la maison de disque ne sest rendu en juin dernier ? "Ce sont eux qui ont défriché le terrain, et le gain en image aurait pu être énorme, déplore un autre observateur, par ailleurs perplexe de voir le logo du Boulevard, designé en 2000, sur les cartes de Platinium. Ils ont pris le problème à lenvers. Au lieu de surfer sur la vague déjà existante, ils ont soit fabriqué des inconnus sans public soit fait du nouveau avec du vieux. Il ny a pas de positionnement musical". Absent du Boulevard comme du festival dEssaouira, Platinium na pu quêtre aveugle au public bouillonnant de tels événements, qui aurait pu être le gage conséquent de la voie à suivre, avec son lot de révélations crédibles, dartistes bosseurs et dinterlocuteurs reconnus.
Par délit de jeunesse, confesse Abdeslam Ababou, certainement pas par snobisme. "Nous venions juste darriver sur le marché. Bien sûr que nous serons présent cette année. Mais nous voulons mettre tous les styles en valeur, nous adresser à toute la société", insiste t-il. "Il ny a pas que Casa, défend Mounsif Adyel, qui a enregistré les premiers albums de Malek. Lui, son vrai public, il est à Tétouan et à Tanger, mais il est réel. Il faut avoir les reins solides pour ne miser que sur les nouveaux venus. Cest une entreprise, elle doit survivre. Les jeunes doivent apprendre la patience, tout le monde est passé par là". Car, précise également Azzedine Amara, producteur ayant travaillé avec Abdeslam Ababou le financier, on ne peut lui ôter ni sa rigueur ni son courage professionnels, le flair artistique lui faisant défaut plus que le goût du risque. Et sil reste invariablement pudique sur les chiffres, Ababou avoue avec transparence les très faibles ventes, aujourdhui, de ses poulains et connaît bien la nécessité de tirer les conséquences des premiers résultats. Rappelons donc enfin le jeune âge de ce nouveau venu, qui na pas célébré son premier anniversaire. Souhaitons lui en tout cas de le fêter en (bonne) musique. |
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H-Kayne. Un virage salutaire ?
C'est une signature de bon augure. Après un premier contact il y a six mois, les cinq rappeurs meknassis au son hypnotisant et à la prose tranchante sont en contrat avec Platinium Music pour leur deuxième album, attendu en avril. Ce nouvel opus pour lequel Platinium pourrait investir jusquà 150.000 DH - devrait dévoiler une quinzaine de titres au caractère bien trempé - "encore plus énervés" selon un membre du groupe - actuellement en fignolage à Hay al Amal, à Casablanca, dans un appartement mis à disposition par Platinium. Après avoir crevé le plancher des scènes visitées avec 1 son 2 blédard (2004), créé de trois bouts de ficelles dans une chambre de Montpellier et vendu autant que Elam Jay (mais à la 100% débrouille), les H-Kayne attendent de ce contrat une vraie valeur ajoutée, notamment une médiatisation et une distribution plus larges. (60 points de vente au lancement, mais censés doubler dici la fin de lannée, notamment via laccord avec SoniaDisc pour lédition des cassettes). "On apprécie quils nous aient donné carte blanche, artistiquement parlant". Dotés dune solide légitimité populaire et la tête sur les épaules ("un groupe na rien prouvé avant son deuxième album"), les H-Kayne sont les premiers issus du vivier "Boulevard des jeunes musiciens" à être signés par Platinium. Nouveau départ ou virement de bord salutaire pour la jeune boîte de production ? "Espérons que ça va ouvrir des portes". On ne saurait mieux dire. |
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