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N° 161
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

"Avec un salaire pareil, c’est comme s'ils nous disaient : servez vous chez les gens"

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



C’est avec la plus grande surprise que Zakaria Boualem a découvert que ses dernières réflexions sur l’utilisation des nains à des fins décoratives a suscité un vif débat. Ainsi, un certain N.B, affirmant parler au nom des nains – information invérifiable – a adressé à notre héros un droit de réponse que je m’empresse de publier :
"Je vous adresse ce droit de réponse avec une semaine de retard. En effet, nous autres les nains ne pouvons lire les magazines qu’une fois qu’ils sont jetés par terre : chez les vendeurs, ils sont placés trop haut, là où on ne peut pas les atteindre. Voici ma réponse : Je pense personnellement que quand on met une bombe sexuelle à la porte d’entrée d’un resto branché à Paris ou autre part ailleurs, le but n'est autre que de constituer un décor humain. Le concept est donc accepté de par le monde : il s’agit de faire original, de plaire ou d’attirer l’attention d’une façon ou d’une autre. Alors pourquoi pas avec un nain ? Y a pas que les blondes aux fortes poitrines qui ont droit à la gloire d'accueillir les gens ! Maintenant, on aurait pu choisir une super naine avec de gros seins, mais bon, je leur dirai de chercher plus dur la prochaine fois, je dois avoir une cousine lointaine quelque part à Guercif qui, à ce qu'il paraît, est une vrai bombinette..."
Cette lettre a plongé Zakaria Boualem dans une profonde
méditation, dont il m’est impossible de retranscrire les conclusions, puisqu’elles n’existent pas.
Mais puisque nous en sommes aux droits de réponse, il me faut également citer un fonctionnaire qui, lui aussi, s’est estimé offensé par la nature des propos de Zakaria Boualem. Voici sa réaction:
"Monsieur Boualem. Depuis des années, vous vous exprimez librement sur ces mêmes colonnes, et vous ne loupez jamais une occasion de ridiculiser l’administration marocaine. Vous nous avez à de nombreuses reprises qualifiés de "catastrophe nationale", de "générateurs de problèmes en tout genre" ou encore de "bande de moustachus inefficaces amoureux des timbres inutiles et des billets de 20 dirhams". Il est grand temps, je pense, de rétablir certaines vérités maltraitées dans votre magazine. Il est stupide de penser que l’administration marocaine est un îlot d’inefficacité dans un Maroc efficace. L’administration marocaine est à l’image du Marocain. Elle est d’ailleurs constituée de Marocains qui ne travestissent pas leur personnalité pour entrer au bureau. Croyez-vous que l’administré lui-même est un modèle d’honnêteté ? Il ment comme il respire, il demande des papiers auxquels il n’a pas droit. Il ne sait même pas faire la queue, il est toujours pressé. Si nous sommes une catastrophe nationale, nous ne sommes pas les seuls. La semaine dernière, vous avez osé développer une thèse scandaleuse selon laquelle il suffirait de supprimer l’administration pour que tout marche correctement. Laissez-moi vous dire que si l’on supprimait les maigres contrôles que nous tentons d’effectuer, le Maroc se transformerait aussitôt en Western sauvage. Avec nous, ce n’est pas brillant. Mais sans nous, ça serait pire !"
Là, j’avoue, j’ai menti. Autant le premier droit de réponse était rigoureusement authentifique, autant le second, hé ben je l’ai écrit tout seul. Juste pour mettre de l’ambiance et pour leur donner un petit coup de main. C’est que j’ai découvert qu’un moqaddem touche un salaire de… 700 dirhams par mois. Oui, le type après qui il faut courir pour lui faire signer n’importe quoi. L’homme que Zakaria Boualem adore détester, celui qui n’est jamais là où il faut, qui fait des "baht" débiles avant de délivrer le moindre document. Je le répète, donc, cet homme, deuxième hallouf de l’administration marocaine, perçoit – on ose à peine l’écrire – 700 dirhams par mois. Dans ces conditions, comment lui en vouloir pour sa moustache ? Le moqaddem de Zakaria Boualem le dit lui-même : "avec un salaire pareil, c’est comme s'ils nous disaient : servez vous chez les gens. Et, quand on demande une augmentation, ils répondent : pourquoi faire ? Vous vous servez déjà chez les gens !" Implacable.

 
 
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