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Par Karim Boukhari
Le Maroc prépare laprès-IER
La seconde mi-temps des témoignages sur les années de plomb souvre sur une grande question : qu'adviendra-t-il de lInstance équité et reconciliation, et de tout le processus en cours ? Le Maroc aura-t-il le courage de passer à létape suivante, celle de la justice ?
C'est reparti. Le chemin de la vérité passera, à partir daujourdhui, par Figuig, avant de faire un détour par Errachidia et Khénifra. Un prochain round, le dernier, est attendu, dans les jours qui viennent à Al-Hoceima, Tétouan, Fès et, surtout, au |
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Sahara. Cette deuxième mi-temps des témoignages sur les années de plomb arrive avec un léger décalage. Le calendrier arrêté en décembre 2004 na pas été respecté à la lettre. Les retards enregistrés semblent avoir été liés, a priori, aux mauvaises conditions météorologiques. Lhiver a été rude dans les régions montagneuses du pays, rendant encore plus impraticable un réseau routier pas très développé. Mais à quelque chose malheur est bon. Les difficultés liées à lenvironnement ont permis aux membres de lIER de gagner du temps pour, dixit une source à linstance, "réfléchir, corriger les imperfections de la 1ère mi-temps (ndlr : les audiences des 21 et 22 décembre 2004) et préparer des chantiers parallèles". Les changements apportés ont affecté plusieurs points. Déjà, les nouvelles auditions ne seront pas toutes retransmises par la télévision marocaine. Plus important encore, lidentité des prochains témoins a été entourée de la plus grande confidentialité. Comme si lIER tenait à contrôler, de plus près encore, la suite des événements. Et à rappeler que tous les volets de la mission dont elle été investie, il y a un peu plus dun an déjà, ne seront pas publics. Aussi subtil soit-il, le changement dapproche nest pas passé inaperçu. Les trois ONG les plus concernées par le processus en cours (AMDH, OMDH, FVJ) sont montées au créneau. "Nous avons signé un communiqué à trois, explique Abdelouahed Benabdeslam, dirigeant de lAMDH, pour dénoncer une première anomalie : la visite effectuée par les membres de lIER à Derb Moulay Chérif en l'absence des médias et des ONG. Nous comprenons la volonté de lIER, et donc de létat, de tout contrôler. A eux de comprendre notre volonté de rester vigilants et davoir un droit de regard sur ce qui se passe actuellement". LAMDH est déjà allée loin dans son souci de ne pas se faire déborder. Elle a annoncé la tenue dauditions parallèles, une sorte de contre-expertise au processus lancé par lIER. Où en est-elle aujourdhui ? "Nous confirmons, reprend Benabdeslam, que les premières auditions auront lieu le 12 février à Rabat. La liste des témoins nest pas arrêtée, les thèmes choisis non plus. Mais nous avons prévu de nous déplacer, nous aussi, à travers dautres villes". Si lAMDH a prévu de mettre le paquet pour son projet, notamment en dévoilant le nom de certains tortionnaires, on ignore toujours si les autorités seront prêtes à "laisser faire" en délivrant les autorisations nécessaires. Le Forum vérité et justice (FVJ) a été encore plus concret. Linstance créée par lactuel président de lIER a choisi de faire dans lanticipation pour tenir, aujourdhui même, un symposium à Al-Hoceima, dont lintitulé place tout de suite la barre très haut : "Pour le dévoilement de la vérité des graves violations des droits humains dans le Rif et pour une détermination des responsabilités".
Rassurons-nous, lIER ne compte pas garder les bras croisés face à une riposte de mieux en mieux organisée. Linstance lance, dès la semaine prochaine et en parallèle aux auditions publiques, un vaste chantier : les années de plomb à luniversité. Les facultés de Casablanca et Rabat ont été retenues pour abriter, sur une période de deux mois, un cycle de conférences dédiées aux années de plomb. Il ne sagira alors plus de témoigner mais de proposer, plus précisément de baliser le terrain pour la marche à suivre à lavenir. Universitaires et intellectuels défileront ainsi pour réfléchir aux suites à donner au processus de la vérité initié, tant bien que mal, par le royaume. "Nous voulons revenir, mais avec une approche beaucoup plus sereine, au contexte politico-historique qui a été derrière les années de plomb au Maroc, nous indique-t-on à lIER. Nous voulons aussi étudier les pistes les plus intéressantes pour tourner définitivement la page du passé". Ces pistes ressemblent pour le moment à des concepts. Et des questions : que faire des archives du passé et sagit-il de légiférer pour canaliser, et contrôler au mieux, laccès à ces archives ? Que faire de lIER elle-même ; que perdra-t-on (et que gagnera-t-on) à dissoudre, dans quelque temps, linstance ou à la transformer en autre chose ? Quelle autre chose, justement ?
Rien ne semble avoir été tranché. Mais personne nest dupe. Ce nest pas avec la fin du mandat de lIER que lon arrêtera dévoquer les années de plomb. LIER a déjà mis en place une commission qui planche sur lélaboration du rapport final, qui sera soumis au roi après la clôture des auditions publiques. Le document, qui nest pas encore prêt, sera axé sur deux volets : le bilan du passé et des recommandations pour lavenir. Parmi les propositions qui semblent recueillir le plus de suffrages, on retient lidée de créer une commission, ou un nouvel organisme, chargé du suivi des milliers de dossiers transmis à lIER. Laspect financier (montant et mode de paiement des indemnisations pour les victimes dhier) est en effet loin dêtre bouclé. Autre chantier en suspens : le sort des archives, documents et autres témoignages compilés. Lidée de créer un centre national de recherche historique sur le Maroc contemporain fait déjà son chemin parmi les membres de lIER. Reste à la valider et à en tracer les contours définitifs, demain, auprès du roi et de son premier cercle de conseillers.
Les interrogations liées au sort de lIER masquent, en fait, une question beaucoup plus lancinante : les auditions publiques seront-elles suivies, demain, par des témoignages devant les tribunaux de justice et sinon, pourra-t-on se contenter den rester là pour tourner définitivement la page du passé ? Il ny a évidemment pas de réponse. Mais, déjà, une certaine pression se fait sentir, non seulement de la part des trois ONG marocaines, mais aussi chez les instances internationales. Dans son nouveau rapport, par exemple, Amnesty exalte lexpérience marocaine et les efforts de lIER, tout en relevant que "dautres étapes sont nécessaires, notamment celle de traduire en justice les auteurs de violations dans le cadre dun système judiciaire réformé". Un bout de réponse devra apparaître en avril prochain, quand lIER soumettra son rapport final au roi Mohammed VI. |
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Propositions. Avec ou sans IER
Le débat sur le sort de lIER divise même les défenseurs des droits de lhomme, toutes tendances confondues. Même si les propositions sont aussi différentes que possible, certaines méritent particulièrement lattention. Dans les milieux islamistes, et ce nest pas nouveau, lattention est toujours portée sur "lélargissement du mandat de lIER (ou de ce qui la remplacera) sur les exactions des droits de lhomme perpétrées après mai 1999". A lautre bout du champ politique, un Fouad Abdelmoumni, acteur en vue de la société civile, tient le raisonnement suivant : "Létat peut revenir aux méthodes du passé, celles qui consistaient à dire, tous les six mois, que le dossier des années de plomb était définitivement clos
Mais linstitutionnalisation du problème, via des commissions ou des instances qui ne dépendent que du roi, na jamais réglé le problème. Le mieux, alors, est de ne plus en parler. Mais que létat, à la place, présente officiellement ses excuses, traite équitablement les victimes du passé et arrête de violer les droits de lhomme dans les commissariats et les centres de détention. Cest le seul moyen de clore le chapitre, avec ou sans IER à lavenir". |
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