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N° 162
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Bennani

"Le roi n’a pas besoin d’être recensé"

Antécédents
Ahmed Lahlimi
Haut commissaire au recensement
    1939. Naissance à Marrakech
    1966. DES en Géographie économique à Bordeaux
    1973. DG du Crédit Agricole
    1984. DG du secrétariat de l’union arabo-africaine
    1985. Directeur de cabinet d’Abderrahim Bouabid
    1998. Ministre des Affaires générales du gouvernement, puis de la PME, de l’économie sociale (2000)
    2004. Haut commissaire au recensement

Smyet bak ?

Thami Ben Abdelkader.

Smyet mok ?
Zhor bent H’mad.

Nimirou d’la carte ?
A 4181.

Vous avez bientôt fini de compter les têtes que nous sommes, Si Lahlimi ?
Toutes les têtes ont été comptées, y compris la mienne. Je suis le 29.978.803ème. Le dernier à avoir été comptabilisé.

La famille royale a été recensée ?
Je suis incapable de répondre avec exactitude. C’est large comme appellation. Ce que je sais, c’est que tous les conseillers du roi l’ont été.

Et le roi ?
Il n’a pas besoin d’être recensé, il est à la tête de tous les Marocains.

Nous sommes passés de 26 millions en 1994 à 29 millions en 2005. Vous avez "zappé" les islamistes ?
Du tout. Nous ne sommes pas en Irak et le Maroc n’est pas divisé sur une base religieuse. Le recensement concerne, sans distinction, tous les Marocains.

Qui sont moins fertiles, c'est ça ?
La fécondité des Marocains a beaucoup baissé, c’est une réalité. Le nombre d’enfants par femme est passé de 3 en 1994 à 2,1 aujourd’hui. En 1980, seules 9% des femmes en âge de procréer utilisaient un moyen contraceptif, elles sont 60% aujourd’hui, en milieu rural.

Vous savez que, dans notre culture, c’est très mal vu de compter ce que les gens possèdent ?
La culture traditionnelle a horreur du chiffre. Le pauvre préfère cacher sa pauvreté, le riche a peur du mauvais œil. On n’y peut rien.

En présentant officiellement votre rapport au Palais, vous trembliez. Vous avez encore le trac devant le roi ?
J’ai eu plusieurs séances de travail avec Sa Majesté. Une audition solennelle est toujours impressionnante. Je revenais d’un long voyage, j’ai dû préparer mon speech dans la hâte en plus de tout l’énervement protocolaire. Maintenant, vous voyez que mes mains sont aussi stables que celles d’un ciseleur. Que ceux qui m’aiment se rassurent, les autres n’ont qu’à implorer Parkinson.

L’USFP, c’est une folie de jeunesse ?
Ce sont des principes, une analyse et un idéal. L’USFP de 75, j’y ai joué un grand rôle. L’alternance a été l’aboutissement de ma lutte. Il n'y a pas de raison que je renie mes amours, alors qu’ils ont abouti à une fête de mariage. Aujourd’hui, je suis peut être minoritaire dans les appareils mais je reste majoritaire en terme d’idées.
Vous le prendriez comment, si je vous traitais de makhzénien ?
Si vous voulez dire monarchiste, je n’ai pas de problème. Concrètement maintenant, le Makhzen est, aujourd’hui, un slogan vide de sens. Sans contenu théoriquement identifiable ni politiquement opérationnel.

Vous pensez aussi que le tsunami est un châtiment divin ?
Dans toutes les religions, la justice divine est présente devant les catastrophes. Alors que le Coran nous invite à découvrir les lois qui régissent le monde, cette vision rétrograde de la chose privilégie la pensée magique. Ceci dit, il ne faut pas que ça dégénère en un mauvais procès d’un parti politique qui se désolidarise d’une telle vision. La lutte ne doit pas sortir du champ politique. Nous ne ferions qu’ajouter de l’eau au moulin de ceux qui veulent politiser le discours religieux.

 
 
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