Sujet
Actu Économie
Politique. Le Maroc, alibi de l'opposition espagnole
Reportage. Les déportés de la médina
Santé. Hépatite C, une bombe à retardement
Production. Les jeunes musiciens se débattent
N° 162
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

La généalogie de l’intégrisme

Abdelwahab Meddeb (DR)
Dans La Maladie de l’Islam, l’écrivain tunisien Abdelwahab Meddeb propose, comme le fit Nietzsche dans sa Généalogie de la Morale, une généalogie de l’intégrisme. "Comment, s’interroge-t-il, la société islamique a-t-elle pu passer d’une tradition hédoniste, fondée sur l’amour de la vie et le culte de la jouissance à une réalité pudibonde, pleine de haine contre la sensualité ? Comment l’Islam, après avoir frôlé le bord le plus proche du seuil cartésien, au temps de son resplendissement scientifique, a-t-il pu se ravaler au fond de l’obscurantisme ?". L’auteur passe en revue trois figures responsables de cette déchéance. D’abord, Ibn Hanbal, qui prône au IXème siècle à
Bagdad, l’imitation du Salaf et interdit le recours à l’opinion personnelle (al-ra’y) recommandé par d’autres écoles juridiques. Ensuite, Ibn Taymiyya, théologien syrien (mort en 1328), radicalisé suite à l’invasion mongole et à la suspension du Califat. Enfin, Mohammed Ibn Abdelwahhab (1703-1792), dont la doctrine mélange les théories d’Ibn Hanbal et d' Ibn Taymiyya et prône un Islam dur. Ce fondateur du Wahhabisme, référence majeure des Al Saoud, l’auteur le décrit comme un simple "scribe sans une once d’originalité" et dont "la médiocrité et l’illégitimité ont été souvent dénoncées par des uléma". L’auteur dénonce le paradoxe de l’Arabie Saoudite : "Pro-occidentale dans ses alliances, américanisée dans ses paysages urbains, elle prône un islam qui fonde sa croyance sur la négation de la civilisation".
Meddeb ne s’en tient pas aux causes internes de l'intégrisme. Il pointe du doigt l'Occident et le rend aussi responsable de la naissance et du développement de ce phénomène. Ainsi, il dénonce l'attitude de l’État américain qui, par sa politique hégémonique et partiale, son mépris du droit international, son ingérence incessante dans les affaires des pays arabo-musulmans, son soutien aux régimes oppressifs, et son attitude inconditionnellement pro-israélienne, a grandement contribué à la naissance de l’extrémisme. L'auteur regrette que le drame du 11 septembre n'ait pas suffi à dessiller les yeux de l'Amérique et à éclairer son jugement sur les causes de la haine qu'elle suscite dans le monde.

avec El Mostafa Bouignane, La Maladie de l'Islam, Abdelwahab Meddeb, Editions du Seuil



Hommage.
Au bon souvenir de Najib Baladi


Combien de professeurs de sciences sociales, passés par la fac de lettres de Rabat, doivent l’esprit critique qui les habite à cet homme : Najib Baladi ? Philosophe et homme de lettres, venu d’Égypte de 1962 à 1973, puis revenu en 1977, avant de décéder une année plus tard, cet immense professeur avait une méthodologie bien à lui, qui permettait de passer en revue l’histoire de la philo avec rigueur et passion. Deux de ses disciples, Tahar Oaaziz et Kamal Abdellatif se sont attelés depuis plus de vingt ans à remettre en forme son héritage scientifique. Aujourd’hui, ses cours reparaissent, non seulement pour la nostalgie, mais pour aider les nouvelles générations à puiser dans leurs trésors. C’est précieux.

Automne 2004, (30 dh)



Roman.
L’homme en pierre


Alain Rodrigue est un auteur habité par la préhistoire. Du Maroc, s’entend. Après deux essais sur le sujet, instructifs du reste, il choisit la fiction pour rendre cet univers lointain plus attrayant et les pierres muettes qui nous y renvoient plus parlantes. Dans Le livre de pierre, il humanise un archéologue via Anne, suspend ses fouilles à cause de la disparition de cette femme aux yeux bleus et rend Jbel Lamsikh moins froid et distant aux yeux du lecteur étranger au paléolithique.

Ed. Eddif & Paris Méditerranée (2004)

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2004 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés