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N° 162
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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Par Driss Bennani

Politique. Le Maroc, alibi de l'opposition espagnole

de g à d : Le roi Mohammed VI,
José Maria Aznar (AFP)
Depuis l’arrivée du gouvernement socialiste au pouvoir en Espagne, il ne se passe pas une semaine sans que le Maroc ne soit au cœur des débats publics. Acharnement ou jeu politique ?


Quel sens donner à la "polémique" née en Espagne au lendemain de la parution sur les colonnes d’El Pais d’une interview du roi Mohammed VI ? En gros, le souverain marocain y a, entres autres, franchement affirmé ne "pas garder de bon souvenir du mandat d’Aznar" et se demandait en guise de réponse à une question relative à l’îlot Perejil si, en dépêchant
ses forces sur le petit rocher, "Aznar n’était pas plus franquiste que Franco". On connaît la suite : le Parti Populaire (PP) demande des explications au gouvernement (estimant que la nation espagnole était insultée), réclame des excuses au roi et porte l’affaire devant le Parlement espagnol. De l’avis de nombreux observateurs, "l’affaire a sciemment été grossie des deux côtés, pour des raisons différentes". Côté marocain, l’interview s’est déroulée en présence de conseillers du roi et les questions soumises au Palais des jours à l’avance. La déclaration de Mohammed VI était donc volontaire et visait, selon certaines explications, à "marquer la rupture entre deux mandats". Côté espagnol, le PP n’a pas laissé passer une nouvelle occasion pour épingler le gouvernement socialiste sur son thème favori : le Maroc. Objectif selon Mohamed Larbi Messari, grand connaisseur des relations entre les deux pays : "se donner, à nouveau, une visibilité et se repositionner sur l’échiquier politique espagnol comme une force populaire, même en opposition". "Ce qui n’a rien de nouveau", explique ce journaliste espagnol. "Le Maroc a toujours été au centre des débats entre opposition et gouvernement. Un alibi entre les mains de l’opposition de droite. Il y a tellement de différends en cours entre les deux pays que c’est presque une solution de facilité. Cela a cependant pris beaucoup plus d’ampleur avec l’arrivée au pouvoir de l’actuel gouvernement Zapatero". Une arrivée presque accidentelle, survenue au lendemain des attentats de Madrid le 11 mars 2003, alors que les sondages ne prévoyaient l’arrivée des socialistes au gouvernement qu’en 2007.

Question de rancune ?
"Il aura suffi ensuite que la majorité des inculpés soit d’origine marocaine pour que plusieurs dirigeants du PP, qui ont toujours du mal à digérer leur défaite électorale surprise, fassent le lien entre la chute de leur gouvernement et l’implication marocaine dans les attentats", ajoute un observateur marocain. Depuis, on ne compte plus les sorties du PP fustigeant le gouvernement socialiste sur le dossier marocain. À commencer par l’alliance stratégique du Maroc avec les États-Unis (interprétée comme une réponse américaine au retrait des troupes espagnoles d’Irak), l’assassinat de Hicham Mandari (en remettant en cause la bonne foi des enquêteurs), la question du Sahara (en accusant les socialistes de s’aligner sur les positions marocaines, contrairement aux convictions de nombreux Espagnols), l’enquête post 11 mars (en insistant sur l’origine marocaine des inculpés et la complicité des services marocains), le statut de Sebta et Melillia et récemment donc l’interview de roi avec El Pais. Des débats virulents, souvent portés devant les députés ibériques, et largement repris par la presse des deux rives. Un seul leitmotiv : critiquer la tendance socialiste à normaliser les relations avec un pays source de tous les problèmes - exportateur de terroristes, d’immigrés clandestins, etc..
Dans une analyse parue cette semaine sur Al Ayam, Houcine Majdoubi, journaliste marocain établi en Espagne, affirme que "le parti d’Aznar n’a presque plus d’interlocuteur au Maroc". La rupture est-elle donc consommée ? "Peut-être, du moins jusqu’à présent, mais ce serait une grossière erreur de la partie marocaine que de couper les ponts avec le PP", affirme un universitaire marocain. D’autres observateurs n’hésitent pas à utiliser le mot "dangereux". Deux risques majeurs sont à craindre. Le premier : des élections en pays démocratique peuvent très bien porter la droite de nouveau au pouvoir. Se mettre un éventuel gouvernement de pays voisin à dos serait irresponsable. Le second est que le PP garde une grande force de nuisance, même en étant dans les rangs de l’opposition. Ses sorties, reprises par une large partie de la presse espagnole, contribuent à ternir l’image du Maroc en terre ibérique. Ensuite, être en opposition n’y change rien, le PP ameute toujours autant les foules. Son poids électoral est estimé à 9,5 millions de personnes. Le PSOE ne peut donc rien faire sans consultation préalable de ses rivaux de droite.

Dialogue de sociétés
Aujourd’hui, le message du PP a été reçu par tout le monde, Marocains compris. Dans une conférence récente en Catalogne, le chef de la diplomatie espagnole a affirmé avoir notifié à ses homologues marocains la nécessité de "respecter tous les chefs de gouvernements espagnols". En plus, estime cet analyste, il ne faut pas se tromper. "Quelques jours avant la victoire des socialistes, le PSOE a voté une motion sur le Sahara extrêmement hostile au Maroc alors que le PP, quelques semaines avant le départ de la droite, est venu signer des conventions de coopération à Marrakech d’une grande valeur". Qu’est-ce à dire ? Toujours selon le même analyste : "que les gouvernements oeuvrent pour l’intérêt de l’Espagne, et que le Maroc n’est qu’une carte que majorité et opposition sortent pour défendre leurs positions".
Ce qui pousse Mohamed Larbi Messari à appeler à un dialogue de société plutôt qu’à une négociation conjoncturelle dépendante des couleurs et des intérêts des gouvernements. Comme celui initié avec la France mais qui (il est le premier à le reconnaître) s’avère être plus dur avec l’Espagne. "L’héritage historique entre les deux pays est très lourd et rempli de complexes en tous genres. Dans notre histoire, les relations avec la France sont tout récentes comparées à l’Espagne".
Des complexes culturels qui minent un voisinage vieux de plusieurs siècles. Et où la notion de "Moros" a la vie dure. "Des complexes contradictoires, fruits de siècles de voisinage difficile et de contacts permanents, portés en grande partie, affirme ce journaliste, par la droite espagnole et qui sont donc partagés par de larges pans de la société".
En marge de sa visite au Maroc, Juan Carlos a veillé aux côtés de Mohammed VI à l’instauration d’un comité scientifique (Averroes). Selon toute vraisemblance, l’héritage commun et contradictoire entre les deux pays est au centre de ses préoccupations. Tout un programme.

 
 
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