Une prochaine détaxation
du traitement promise par
le ministe de la Santé (AFP)
Dorénavant considérée comme un problème de santé publique, lhépatite C toucherait jusquà 3% de la population au Maroc. Pourtant, son traitement, très onéreux, reste inaccessible à la majorité des personnes atteintes.
C'est en octobre 2003 que le Professeur Driss Jamil, alors enseignant à la faculté de médecine, décide, avec plusieurs de ses confrères de monter lassociation "SOS hépatites". Avec dautres sympathisants de la cause (industriels, pharmaciens ), ils arrivent à convaincre la préfecture de Mers Sultan de leur
offrir un local et entament tout de suite leurs premières actions. Le but de lassociation : faire connaître les hépatites, sensibiliser la population, soutenir psychologiquement les personnes atteintes et militer pour que le traitement devienne accessible. En décembre dernier, lassociation a réalisé son action la plus visible, une semaine de solidarité avec les malades atteints dhépatites : "Nous avons axé cette campagne autour de lhépatite C, la forme la plus pernicieuse du virus. Une émission de télévision a été diffusée sur 2M, et un appel aux dons a été fait. Nous navons hélas pas pu récolter autant de fonds que nous l'espérions", regrette le professeur Jamil.
Pourtant, si lon se fie aux chiffres du ministère de la Santé, lhépatite C toucherait 1% de la population (quelques 300.000 personnes), chiffres avec lesques les spécialistes "plus réalistes" de la question ne sont pas daccord : 3% de la population serait touchée (quelques 900 000 mille personnes) et la difficulté davoir des chiffres réels réside dans le fait que lhépatite C ne présente aucun symptôme. Un seul moyen pour la détecter : le dépistage.
Lhépatite C, véritable problème de santé publique ? "Cest une tendance mondiale que de la considérer de la sorte. Partout, les médecins attirent lattention sur sa gravité, des associations se créent et militent pour quil y ait de plus en plus de structures pour accompagner les personnes atteintes", explique Hakima Himmich, chef du service IST à lhôpital Ibnou Roch et présidente de lAlCS, dont parmi les préoccupations figurent les hépatites. Au Maroc, cest également la tendance. Dès 1992 - deux ans après la France -, le virus se transmettant essentiellement par voie sanguine, le dépistage systématique des donneurs de sang a été institué. Plus récemment, le ministre de la Santé a déclaré quune stratégie nationale de lutte contre la maladie a été élaborée et que des campagnes de sensibilisation allaient être lancées
Mais quest-ce donc que lhépatite C ? C'est une inflammation du foie causée par un virus qui se transmet essentiellement par voie sanguine disions-nous. Devenant souvent chronique et persistant pendant de longues années tant que le virus est dans le foie - cette inflammation entraîne le développement dune cicatrice fibreuse (appelée fibrose), qui elle-même peut aboutir à une cirrhose (destruction du foie) voire un cancer du foie : "Au Maroc, une idée très répandue veut que les personnes qui ont une cirrhose du foie sont des alcooliques, alors que beaucoup portaient le virus et ne le savaient pas", explique ce médecin. Autre idée fausse sur la maladie : lhépatite C est une infection sexuellement transmissible. Pas du tout, nont cesse de répéter les médecins à leurs patients, le risque de transmission sexuelle étant en effet très faible (moins de 5% des cas). Kamal Marhoum El Filali, médecin au service des maladies infectieuses à lhôpital Ibnou Rochd explique : "25% des personnes qui contractent le virus peuvent vivre avec normalement, sans avoir besoin de traitement, 60% développent une hépatite chronique active, dont 20% risquent daller vers la cirrhose (entre 20 et 30 ans après la contamination) et de 1 à 4% vers le cancer. Mais il faut dédramatiser. Aujourdhui, il existe des traitements efficaces". Des traitements qui mènent à la guérison dans 50 à 80% des cas. Quen est-il au Maroc ? Encore faut-il que les dépistages se fassent. Encore faut-il quil y ait une prise de conscience générale. Et encore faut-il, surtout, que le traitement soit accessible déplore Driss Jamil. Or, cest là où le bât blesse : "Le traitement est très lourd et dure entre 24 et 48 semaines. Cest une bi-thérapie (Interféron et Ribavirine) dont le prix varie, en fonction de lInterféron (classique ou pegylé, celui-ci étant plus efficace), entre 2800 et 13000 DH par mois. Sans parler bien entendu des bilans et autres analyses qui accompagnent le traitement", précise Kamal Marhoum El Filali. À SOS Hépatites, la plupart des malades qui contactent lassociation nont pas de prise en charge et nont pas les moyens dacheter le traitement : "Cest donc sur laspect prise en charge que le combat doit être axé", insiste Driss Jamil, comme le font ses confrères. Au ministère de la Santé, à en croire les propos du ministre, cest également une préoccupation. Le même a dailleurs promis une prochaine détaxation du traitement de lhépatite C, ce qui réduirait considérablement son coût. Autre bonne nouvelle, cest dorénavant une partie gagnée, lhépatite sera prise en charge dans le cadre de lAMO (Assurance Maladie Obligatoire dont devraient bénéficier 35% des Marocains), applicable à partir de juin de cette année. En attendant, lhépatite C reste "cette bombe à retardement", dira Driss Jamil, tant quil ny aura pas de sensibilisation efficace. De lavis de ce dernier, comme de celui deMarhoum El Filali, un grand effort a été fait dans les hôpitaux où les normes dhygiène sont de plus en plus respectées. Reste à ce que dans tout le Maroc, les médecins veillent systématiquement à décontaminer leurs appareils médicaux (soins dentaires, fibroscopies ). Reste aussi à ce que la population soit, elle aussi, sensibilisée à éviter les comportements à risque : partager les instruments en contact avec le sang tels que rasoirs, brosse à dents, coupe-ongles Indéniablement, une campagne denvergure simpose très rapidement.
Lexique médical. Pour mieux comprendre
Les hépatites virales, méconnues du grand public, affectent lensemble du tissu du foie (organe vital servant à éliminer les produits toxiques) et saccompagnent dune réaction inflammatoire, pouvant évoluer vers un cancer ou une cirrhose. Parmi les hépatites provoquées par un virus : en plus de la C, la A, la B, ont été aussi identifiés les virus D ou delta et le virus E.
Lhépatite A. La contamination se fait généralement à partir daliments souillés (eau, coquillages). Maladie très fréquente évoluant par petites épidémies et touchant les sujets jeunes. Elle névolue pas vers la chronicité. Cest la forme la plus fréquente, appelée jaunisse ou ictère (bousseffir en dialecte marocain)
Lhépatite B. Le germe coupable de lhépatite B fait partie des dix virus les plus redoutables au monde. Se transmet par voie parentérale (seringues, aiguilles, transfusions de sang ) Peut aussi se transmettre par contacts sexuels et peut évoluer en hépatite chronique. Cependant, il existe un vaccin contre lhépatite B.
Lhépatite D ou delta. Ne peut survenir que chez les personnes atteintes dhépatite B et le mode de transmission est le même que pour la B.
Lhépatite E. Souvent bénigne, sauf chez la femme enceinte.-