|
Par Karim Boukhari et Driss Ksikes
Enquête. Et les tortionnaires ?
|
Les illustrations de ce dossier ont été réalisées par Abdelaziz Mouride, ancien détenu politique, torturé à Derb Moulay Cherif dans les années 70. Mouride est aussi l'auteur de On affame bien les rats (Tarik Editions, 2000) et Le coiffeur (Editions Miloudi Nouiga, 2004). Il travaille actuellement sur l'adaptation en BD du Pain nu de Mohamed Choukri, à paraître l'été 2005.
|
LIER nest pas habilité à en parler, les témoins sont priés de ne pas les citer dans les auditions publiques, les associations de droits de lhomme les évoquent à demi-mot, les victimes sont partagées à leur sujet, les familles de disparus leur en veulent encore. Qui sont-ils ? Où exerçaient-ils ? Et quel sort leur réserve cet État qui les a couvés ?
Officiellement, la question des tortionnaires nest pas à lordre du jour. Mais à mesure que senchaînent les révélations sur le passé, elle savère incontournable. "On veut bien nous |
|
réconcilier, mais avec qui ?", se demandent souvent les victimes. "Personnellement, javais décidé de pardonner, le jour où je suis sortie de prison", reconnaît Latifa Jbabdi (membre de lIER). Le premier soir des auditions publiques à Rabat, elle a été la première à dire à son ex-tortionnaire, rencontré inopinément, "je ne vous tiens pas rigueur". Fatna El Bouih, également ex-prisonnière politique, na pas tenu le coup. "Lorsque jai reconnu mon ex-bourreau dans la foule, jai tout simplement eu un malaise. Je lui en veux encore". De qui parlons-nous, de fantômes ? Non, ces faiseurs de sales besognes pendant les années de plomb (il y en avait des milliers) sont toujours parmi nous, sont même toujours en poste et ont parfois été promus. Le plus célèbre parmi eux, car dénoncé à partir de Genève par Driss Benzekri lui-même en 1994, est Yousfi Kaddour (autrefois directeur du centre de détention de Derb Moulay Chérif). Ce dernier a non seulement été épargné, depuis, mais a été élevé au rang de conseiller à la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN). Aujourdhui, même sil a moins de poids, il est moins aisé de citer son nom publiquement. "Lorsque jai été interviewé par 2M en novembre dernier, jai évoqué les noms de Kaddour et Hamiani mais toute cette partie de ma déclaration a été censurée à lécran", raconte lex-prisonnier politique Mohamed Serifi. La chaîne publique saligne sur la ligne dictée par lIER : "pas de noms de responsables à lantenne". Et hors antenne ?
A lIER, cela porte un code : "la question qui fâche". Les responsables de linstance ne léludent pas pour autant. Dernier fait en date, cette réunion officieuse, tenue le 25 janvier, avec les familles des disparus. Portant encore les marques dun drame, dont ils nont pas encore fait le deuil, ces personnes sont les plus avides dinformations. Dabord, sur le sort de leur fils ou petit-fils disparu, mais aussi sur les criminels de lÉtat qui les en ont privés. "Nous avons appris pour la première fois que lIER avait reçu des listes de responsables", affirme lun dentre eux. Une source à lIER confirme : "nous avons demandé à la police, à la gendarmerie et à larmée de nous confirmer et compléter un ensemble dinformations que nous avons pu recueillir. Et ils ont été coopératifs". On nen saura pas plus. Ni sur lidentité des "responsables" ni sur les lieux et dates dintervention. Cela fait dorénavant partie de larchive confidentielle de linstance. Il sajoutera aux séries de noms recueillis, dans les locaux mêmes de lIER, à partir de témoignages livrés à huis clos. "Nous devons prendre le temps de tout étudier. Ce qui importe, ce ne sont pas les noms évoqués par un tel ou tel mais lorganigramme des responsabilités quon réussira à dresser une fois nos enquêtes complétées", affirme ce responsable de linstance.
LAssociation Marocaine des Droits de lHomme (AMDH) na cure de ces précautions dusage. En lançant des "témoignages en toute liberté pour la vérité", à partir de ce samedi 12 février, elle sapprête, au bout dun processus prévu sur deux mois, à organiser "un procès symbolique des responsables suspectés davoir commis de graves violations". De qui sagirait-il ? "Dans un premier niveau, il y a les responsables institutionnels, au niveau de la décision politique. On entend par là, les responsables militaires, les ministres de la Justice et ministres de lIntérieur des différentes époques, et même le roi Hassan II", explique Mohamed El Boukili (chargé du dossier à lAMDH). La démarche paraît incongrue, aux yeux dAbdelaziz Nouidi (spécialiste de la question à lOMDH) : "On ne peut pas parler de responsabilités individuelles dans un système autocratique. Les individus, quel quen soit le poste, ne sont que des exécutants". Il nempêche, les organisateurs des auditions parallèles (concurrentes de lIER ?) tiennent à ce que des tortionnaires reconnus (ou juste suspectés) par des victimes, soient cités publiquement. "Lorsquon associe la vérité à lidentité individuelle et collective des responsables, ajoute El Boukili, on veut juste que tout cela ne se répète plus, quon tourne la page pour de bon". Le ton de lassociation est moins vindicatif quen octobre 2000. A lépoque, espoirs de début de règne aidant, elle a envoyé une lettre ouverte à lex-ministre de la Justice, Omar Azziman, comportant une liste de 45 noms de responsables présumés, dont deux hommes forts actuels : Hosni Benslimane et Hamidou Laânigri, pour avoir supervisé le convoi des détenus de Kénitra vers Tazmamart). Ces noms jetés en pâture ont valu à lépoque à lex-directeur de lAFP à Rabat, Claude Juvenal, son éviction de son poste. " Cette liste, faite à la va vite, fut un acte irréfléchi, note ce responsable de lIER requérant lanonymat. En plus, dans une période de transition, nous avons besoin des autorités en poste pour faire la lumière sur le passé ". Faut-il donc ménager les responsables présumés momentanément ? Que faire des ex-bourreaux, en attendant ? "Maintenant que lIER a des noms, nous attendrons le temps voulu, pour poursuivre les ravisseurs en justice, jusquau plus haut niveau", confie Jamal Rouissi, frère dAbdelhak (syndicaliste à lUMT porté disparu depuis 1963). Pourtant, la décision dester en justice nest pas un premier réflexe chez les victimes. LIER les informe, certes, que ses archives seront mises à leur disposition pour déventuelles poursuites. "Ce serait la meilleure manière dacculer le système judiciaire et tester ses limites", leur susurre-t-on. "Cest perdu davance. Si avec tout ce qui sécrit le ministère public na jamais daigné lancer une enquête judiciaire, cela veut dire quil ny a pas de volonté politique pour que les procès aboutissent", prévient le secrétaire du Forum Vérité et Justice (FVJ). Par delà le choix daller à la barre, les propositions alternatives fusent de toutes parts. Plusieurs militants associatifs, comme El Boukili (AMDH) et Abdelaziz Loudiyi (FVJ), ne seraient pas contre "le départ en retraite avant lheure des ex-tortionnaires, encore en poste". Dautres, plus modérés, comme Nouidi, préférent que "les indemnités versées aux victimes soient ponctionnées sur les richesses accumulées par leurs tortionnaires". Derrière ce raisonnement, un mobile économique : alléger le contribuable. Il comporte un risque majeur : revivre les drames dexpropriation qui ont touché les anciens collabrateurs, à lavènement de lindépendance. Or, au moment où le processus de mise à plat était en négociation par Benzekri, El Ouadie (alors dirigeants du FVJ) et Azziman et El himma (en émissaires du palais), la consigne était claire : "Toutes les formules peuvent être étudiées à condition de veiller à la stabilité de lÉtat et de la société". Stabilité ou statu quo ? Peut-il y avoir justice transitionnelle sans volonté daller de lavant, et casser des ufs au passage ? Ou au moins connaître qui a fait quoi ?
Dans le royaume du Maroc, les chemins menant à la vérité semblent tortueux. "Nous sommes piégés par laccord tacite contracté par les grands partis de lopposition, autrefois victimes ou complices de Hassan II", explique ce responsable de lIER. Les tractations menant à la constitution de 1996, entre le roi défunt, Abderrahmane Youssoufi et Mhamed Boucetta ont comporté un compromis historique : "aucune partie ne devra faire le procès de lautre". Il sensuit une volonté damnésie partisane. Du côté du Palais, le rapport aux ex-tortionnaires nest pas univoque. Les tentatives de poursuite de Driss Basri, par voies détournées, sont perçues par les observateurs externes, surtout, comme "une campagne qui ne dit pas son nom contre lhomme symbole des années de plomb (et du système répressif de Hassan II)". Mieux, le fait que Mahmoud Archane (ex-tortionnaire ?) nait pas été convié, comme ses pairs chefs de partis, à la cérémonie dallégeance du roi Mohammed VI, est encore aujourdhui interprété comme une disgrâce à peine voilée. Quand sortira-t-on de cet imbroglio ? Réponse inspirée de Serifi : "Lorsque lensemble des institutions de lÉtat (Parlement, gouvernement, armée, etc) seront au diapason de la logique timide de transition que gère lIER". Vaste programme.
[voir la carte]
|
 |
Tortionnaires. Qui a fait quoi
La torture a longtemps été une politique dÉtat du Maroc indépendant. Tous ny ont pas participé physiquement, mais la plupart des responsables de lÉtat, jusquaux niveaux les plus élevés, lont encouragé ou, au mieux, toléré.
Les premiers centres de détention secrète ont vu le jour avec lindépendance du Maroc. Les assassinats dits politiques et les formes de torture les plus sauvages aussi. Dès 1956, en effet, des résidences danciens vizirs (comme Dar El Mokri), ou de colons français (les fermes du Gharb) furent réquisitionnées et transformées en centres de détention et de torture. Lautre haut-lieu des interrogatoires musclés et des liquidations était le commissariat de Derb Baladia à Casablanca, plus connu comme le 7ème arrondissement. Les Dar El Mokri, plus tard appelé PF2 (point fixe 2), Dar ou Jnane Bricha, Dar Rissouni, 7ème arrondissement, ainsi que de nombreuses résidences secondaires partout dans le pays, étaient placés sous lautorité de Mohamed Laghzaoui, patron de la sûreté et de la police politique. Laghzaoui nétait pas le seul, puisque les milices de lIstiqlal avaient leurs propres centres de détention, souvent des représentations régionales du parti. Laghzaoui déléguait une partie de ses pouvoirs à des policiers formés sur le tas, pour la plupart danciens résistants au niveau intellectuel très bas. Parmi ces derniers, on retient dabord le nom de Houcine Sghir, patron du 7ème arrondissement et de ses collaborateurs. Interrogatoires, tortures et liquidations se passaient souvent sans procès verbal, à cause de lanarchie régnante à lépoque, ce qui explique les exactions collectives (celles de Marrakech, dans les années 50), ou les meurtres, notamment dans les rangs du parti de la Choura, jamais élucidés. En 1960, cest lévénement du CAB1 avec trois hommes forts : dans lordre hiérarchique Mohamed Oufkir, Ahmed Dlimi et Mohamed Achâachi. Lépoque est celle des complots avortés. Chaque complot donne lieu à des centaines, voire des milliers de rafles et de tortures. Les centres se multiplient. Rabat et sa région sont déjà riches de trois points fixes, Casablanca en compte deux, les villas et fermes réquisitionnées et transformées bourgeonnent dans tout le pays, d' Oujda à Agadir et région en passant par Marrakech. Derrière tout cela, Oufkir et Dlimi, mais surtout le département de la contre-subversion du CAB1, dirigé par un Mohamed Achâachi qui court-circuitait volontiers ses supérieurs théoriques pour rendre compte directement au roi. La torture est quasi-systématique. Mais, en dehors de certains règlements de compte personnels (la pratique était courante), tous les enlèvements et leur cortège de sévices corporels et de violations en tous genres devaient obligatoirement recevoir le feu-vert de lun des responsables précités. La torture, dans le sens direct, était surtout lapanage des gardiens des lieux, au CAB1 et ailleurs, placés pour la plupart sous le contrôle du département de la sécurité du CAB1, dirigé par Badreddine Benouna. Mais il nétait pas rare quun haut-gradé (Oufkir ou Dlimi) se mêle volontiers aux séances
En plus des lieux répertoriés (voir carte P 22), la torture a lieu aussi dans les sièges des six brigades de sécurité que compte alors le Maroc : à Casablanca (Jamil, Aïnane, Razik), Marrakech (Chenoufi, Houmada), Béni-Mellal (Abdelaziz Allabouch, futur directeur adjoint de la DST), Fès (Ibnabdillah), Tétouan (Chraïbi) et Oujda (Soussi). Tous les chefs ne sont pas des tortionnaires avérés, mais ils ne répriment guère les exactions en tous genres perpétrées par leurs équipes respectives. La torture en politique d État, pleinement assumée. Avec la création de la DST en 1973, la torture ne se dissipe pas, mais elle est mieux organisée. Abdelkader Saka, ancien du CAB1, hérite de la terrible brigade de recherche et de recoupements qui ratisse tout le pays à la recherche d"éléments subversifs" reversés ensuite, pour la plupart, dans lun des innombrables centres de détention secrète (et de torture sauvage) du royaume. Deux particularités sont à relever. Primo : cest le Palais qui centralise désormais tout (les deux coups dEtat sont passés par là) avec un nouvel homme de main qui sappelle Driss Basri, homme à tout faire et tout frais directeur de la DST. Secundo, les Sahraouis font leur apparition parmi les victimes et sont dirigés, dabord, vers les centres clandestins créés dans le sud et le sud-est. De Tazmamart à Tiznit, en passant par Skoura, Tamdaght, Taznakht, Tagounit ou Assa, des casernes sont transformées en bagnes secrets placés généralement sous le commandement lointain dun gradé des forces auxiliaires (le général Kourima, actuellement à la retraite). Ces mouroirs dépendaient tout de même de la DST qui les alimentait en chair humaine, de la gendarmerie (dirigée depuis 1972 par Housni Benslimane) qui les coiffait administrativement
et des gouverneurs des régions en question. Tazmamart, le plus connu de ces centres, a notamment sévi sous lemprise du tandem Mohamed Kadi Ahmed Feddoul. Le premier est décédé en 1998, alors que le deuxième coule une retraite tranquille à Meknès. Lautre nouveauté, avec lavènement de la DST, et elle est de taille, cest que tous les enlevés, torturés, étaient désormais inscrits dans des registres avec procès verbaux à lappui. Cest que les enlèvements, et contrairement à des idées reçues, nétaient plus possibles sans le feu-vert express du directeur de la DST en personne (Driss Basri a occupé cette fonction de 1973 à 1999) ou sans lun de ses directeurs centraux, voire de ses adjoints, parmi lesquels on citera les plus connus : Mohamed Achâachi, Noureddine Benbrahim (actuel patron de la DAG au ministère de lIntérieur), Houcine Jamil ou Allabouch. Ces hommes, leurs brigades, ont été à lorigine de beaucoup denlèvements. Le sale boulot (interrogatoires musclés, tortures sauvages) était pratiqué invariablement par des haut-fonctionnaires ou, le plus souvent, par de simples gardiens au bas de léchelle policière dont certains étaient uniquement connus par leur surnom (exemple dEl-Aoud à Derb Moulay Chérif). Dans les années 80, Derb Moulay Chérif a volé la vedette à tous les autres centres. Yousfi Kaddour et Haj Bouali dirigeaient le célèbre commissariat, en tant que chefs respectifs des brigades anti-gang et du service régional de la PJ (police judiciaire). A noter que la BNPJ, longtemps dirigée par Abdelmalek Hamiani, opérait de préférence, à son tour, à Derb Moulay Chérif. Toujours à propos de Derb Moulay Chérif, on peut y signaler le passage, dans les années 60, dun certain officier de la PJ, Mahmoud Archane, reconnu comme tortionnaire, entre autres, par un Brahim Amslil, dit Hallaoui, du groupe Cheikh El Arab, et dénoncé publiquement par Ahmed Benjelloun.
Ces noms ne sont évidemment pas les seuls, les lieux mentionnés non plus. La torture, à des degrés divers, a été pratiquée même dans des commissariats "normaux", exemples du commissariat central de Casablanca, celui du Maârif, ou encore le service régional de la sûreté à Rabat voire les innombrables commissariats, casernes, ou tout simplement villas réquisitionnées par lÉtat. Pour la petite histoire, certaines villas et fermes qui ont servi à séquestrer et torturer des centaines de Marocains ont été, depuis, transformées en résidences étaient des lieux habités par les tortionnaires dhier. Cest notamment le cas dans la région de Kénitra, et dans le Gharb où plusieurs villas sont aujourdhui occupées par les anciens hommes de Ahmed Dlimi ! |
Et les autres ? Ce quils ont fait de leurs tortionnaires
Dans tous ces pays, plus ou moins comparables au Maroc, un régime autocratique a réprimé, tué et torturé des milliers dopposants. Chacun a choisi sa voie de réconciliation en fonction des rapports de force, qui ont évolué avec le temps.
Argentine
Des procès sous pression sociale
Crime. Durant la dernière dictature militaire, allant de 1976 à 1983, plus de 30.000 militants dorganisations armées, dactivistes sociaux et opposants politiques, ont atterri dans les |
|
340 camps de concentration dressés à lépoque. La majorité de ces victimes nont plus donné signe de vie.
Réparation. Dans la foulée de la transition démocratique, démarrée après 1983 les premiers procès sont ouverts mais lélite militaire, encore très puissante, menace de reprendre le pouvoir si le processus judiciaire nest pas interrompu.
Évolution. Un long silence est imposé aux mères et grand-mères des disparus (réunies symboliquement sur la place de Mai à Buenos Aires). En 1996, les enfants des victimes lancent le mouvement HIJOS (Enfants pour lidentité, la justice, contre loubli et le silence) et ont pour mot dordre "descrachar" (pointer du doigt, révéler au public) des ex-bourreaux, tant que justice ne sera pas faite. Aujourdhui, les militaires ayant moins de poids et la délation des tortionnaires ayant mis à mal les décideurs, plusieurs procès sont en cours dinstruction.
Chili
Le boulet Pinochet
Crime. En octobre 1973, suite au putsch militaire dAugusto Pinochet, le général Sergio Arellano Stark accélère les conseils de guerre contre les prisonniers politiques et ordonne lexécution de 75 dentre eux. Plus tard, 1198 disparus ont été officiellement recensés.
Réparation. Dans un élan de transition démocratique, les associations de victimes, proches des socialistes et fidèles à la mémoire de Salvador Allende (le président suicidé après le putsch), exigent que les "responsables" soient traduits en justice. En 1978, les militaires, encore puissants, et la droite au pouvoir font passer des lois dauto-amnistie, baptisées "punto final" (point final) et sen tiennent à faire savoir la "vérité".
Évolution. Depuis que la décision dextrader Pinochet a été prise en 2000 par le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, le débat fait rage entre partisans du punto final et la puissante société civile, acquise au jugement de lex-dictateur chez lui. Ricardo Lagos, premier président socialiste, depuis Allende, a eu beau déclarer "il ne faut pas se cramponner au passé", de nouveaux procès sont aujourdhui rouverts contre les tortionnaires dhier.
Afrique du Sud
Les limites du pardon
Crime. Le système dapartheid (ségrégation des Noirs par les Blancs) est instauré en 1948 par le Parti national. Jusquen 1958, le dirigeant afrikaner, Henrick Verwoerd, met en place un système policier et des lois de sécurité publique qui interdisent aux deux races de se côtoyer. Les Noirs sont rejetés dans des territoires appauvris, dits bantoustans. Quant à leurs représentants politiques (Congrès national africain ANC) et syndicaux, ils sont combattus et jetés en prison, sans jugement préalable, Nelson Mandela en tête.
Réparation. En 1993, le duo De Klerk-Mandela décide de créer la commission Vérité et réconciliation. Pour éviter les représailles, le deal est de soumettre à larchevêque Desmon Tutu la tâche de recueillir les témoignages de victimes et bourreaux. Ces derniers (des centaines) se devaient, pour mériter le pardon en retour, de ne rien omettre de leurs crimes et d'avoir agi sur ordre de leur hiérarchie (et non pour assouvir une revanche personnelle).
Évolution. Le processus demeure inachevé. Les 22.000 personnes qui ont témoigné ont certes été indemnisées. Un fonds de 85 millions dollars a été consacré à cet effet (4 fois moins que ce que demandait la commission). Mais en 2003, le président Thabo Mbeki a rejeté le principe damnistie contre déposition. Aujourdhui, des victimes portent plainte devant la justice, sans grand succès.
Espagne
Le pacte de la réconciliation
Crime. Le 18 juillet 1936, a lieu un soulèvement militaire menant au pouvoir le général sanguinaire Francisco Franco. De 1936 à 1939, la guerre civile fait rage, occasionnant 1 million de morts. Jusquen 1973, des milliers de communistes et autres activistes seront éliminés dans les maquis, fusillés une fois arrêtés ou morts dans les prisons (exemple, le poète Miguel Hernandez).
Réparation. Un lent processus de réformes a été initié par le roi Juan Carlos, depuis 1969. Après la mort dEl Caudillo, les accords de la Moncloa, issus dun compromis historique entre les franquistes, les démocrates, les communistes et la monarchie, ont initié une politique de loubli. Les militaires ont bénéficié dune loi damnistie et les ex-opposants ont pris part à la rédaction de la Constitution.
Évolution. Au début des années 80 déjà, la plupart des anciens responsables ont été soit démis de leurs fonctions soit obligés de partir, puisque lâge de la retraite a été abaissé à 55 ans. Sous le gouvernement Zapatero, une loi a été votée pour indemniser les familles des fusillés, rouvrir les fosses communes où 30.000 Espagnols ont été jetés avant 1939 et débarrasser le pays de tous les symboles franquistes quil traînait encore (noms de rues, etc). |
|