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N° 163
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Rapport confidentiel. Maroc : 4 ans de surplace

Ahmed Lahlimi,
haut commissaire au Plan (DR)
Le dernier rapport du commissariat au plan sur la situation économique pour la période 2000-2004, démontre les limites de la politique gouvernementale. Ses formulations nuancées ne parviennent pas à atténuer l'aspect négatif des conclusions.


Le Haut Commissariat au Plan (HCP) s’apprête à rendre public un rapport d’évaluation du plan de développement économique et social sur la période 2000-2004. Une copie a été adressée aux membres du comité scientifique du commissariat. C’est une analyse du plan quinquennal élaboré par le gouvernement
Youssoufi. Le rapport porte, en partie, sur la période où Ahmed Lahlimi, l’actuel haut commissaire au plan, était l’un des responsables (et pas n’importe lequel) de l’application du plan quinquennal. Cela n’a pas empêché les statisticiens du commissariat d’adopter un ton neutre. Il n’en demeure pas moins que si le rapport souligne avec force les insuffisances au niveau de l’investissement et de l’emploi, les questions des droits de l’homme et de la justice sont très nuancées, voire pour certaines, passées sous silence (voir encadré). Hormis cette exception, dictée certainement par la conjoncture, mais aussi par l’appartenance de cet organisme à l’État, le rapport du commissariat retrace, plus au moins fidèlement, les insuffisances de la période dite d’alternance et de l’actuel gouvernement.

Investissement et croissance mal lotis
Rappelons d’abord que le plan quinquennal est un programme assez riche visant à améliorer les ratios économiques et sociaux du paysL’économie se taille la part du lion et repose, selon le plan quinquennal, sur la réalisation d’une croissance forte et créatrice d’emplois. La mise à niveau de l’économie et la promotion de l’investissement productif devaient être les catalyseurs de cette croissance. C’est là une notion déterminante dans la vie d’un gouvernement. La force de frappe d’une équipe (partout dans le monde) est justement sa capacité à redynamiser les secteurs productifs et à satisfaire la population en âge de travailler. Ce sont là deux éléments clé qui font tomber des têtes dans les démocraties occidentales. Qu’en est-il au Maroc ?
Le rapport de Lahlimi est catégorique (et il n’est pas le seul). Les prévisions du plan n’ont jamais été atteintes et l’économie garde la même physionomie et la même productivité qu’il y a quatre ans. Le Maroc fait du surplace. En chiffres, la stagnation se vérifie. "Au lieu de 5% retenu par le plan, le taux de croissance économique moyen réalisé durant la période quinquennale n’a pas dépassé 3,8% par an. Ce taux moyen est resté dans le sentier tendanciel des quatre dernières décennies", souligne le rapport. Mieux encore, les chiffres avancés par le HCP contredisent une thèse chère à Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la privatisation. Celui-ci soutient, dur comme fer, que la dépendance de l’économie à l’agriculture s’estompe de plus en plus. Le HCP dit le contraire : "La part de l’agriculture dans le PIB a augmenté de plus de deux points, passant de 13,6% en 1999 à 15,8% en 2004 au détriment du PIB non agricole, qui a baissé durant la même période". La distinction entre PIB agricole et non agricole permet de définir les centres forts de la croissance économique. La production intérieure brute du pays est analysée par secteur. Ce qui renseigne sur les activités qui contribuent le plus à la croissance du PIB. Les bonnes campagnes agricoles successives et l’incapacité des autres secteurs à émerger comme moteurs de l’économie, ont renforcé la dépendance de la croissance par rapport au secteur primaire. C’est le fellah qui fait l’essentiel, alors que l’industriel affiche une méfiance notoire vis-à-vis de la politique du gouvernement. Ce qui explique que l’industrie n’a progressé que 3,2% sur quatre ans alors que le plan visait une croissance de 4,8%. Pourquoi ?

La pression fiscale s’intensifie
"L’objectif de croissance économique de 5% devait être sous-tendu par un taux de progression de l’investissement brut en valeur de 10,8% par an en moyenne, ce qui suppose de porter le taux d’investissement de 24,2% du PIB en 1999 à 28% en 2004", explique le plan. La comparaison de l’investissement, par rapport au PIB, met la lumière sur la part des revenus destinés à la création de la valeur. Or, le taux de l’investissement pendant la période analysée arrive à peine à 23,7% du PIB. L’une des raisons principales de cette stagnation est due au "ralentissement du rythme de l’investissement privé à cause du retard pris par les réformes. Cette situation serait à l’origine de l’attentisme qui a caractérisé le comportement des investisseurs nationaux qui ne semblent pas disposer de suffisamment de visibilité", précise le rapport. Et les 77 milliards de dirhams draînés par les investissements directs extérieurs n’ont pas contribué de manière franche à la croissance. Pour cause, l’essentiel de cette enveloppe est constitué de placements en portefeuilles (vente d’entreprises publiques, surtout).
La fiscalité est l’un des facteurs déterminants de la croissance. Si l’activité productive augmente, les recettes fiscales suivent de manière significative. Et contrairement, la stagnation de la croissance pousse vers la recherche des recettes exceptionnelles (comme la privatisation) ou l’augmentation de la pression fiscale. Le rapport souligne que les recettes fiscales correspondent aux prévisions du plan quinquennal. Elles ont évolué de 2,8% par an en moyenne. Mais la pression fiscale est plus forte en 2004 qu’en 1999 ; elle est de 21,1% du PIB au lieu de 18,8% prévu par le plan. Cette pression reste "inéquitablement répartie et pèse essentiellement sur le secteur organisé", note le rapport. Plus on est structuré et transparent, plus on paie d’impôts, semble dire le rapport. Ceci étant, l’évolution des recettes fiscales n’a pas agi sur les besoins de financement du trésor. L’État continue à s’endetter. Le service de la dette intérieure a enregistré une augmentation de 5,4% en moyenne annuelle durant le quinquennat. À ce rythme, il y a risque de remettre en cause "la capacité à soutenir, à long terme, le déficit du Trésor". D’autant plus que les dépenses cumulées de fonctionnement, de compensation et de service de la dette publique représentent 80% du budget de l’État. Conséquence : la marge de manœuvre du gouvernement est faible, ce qui ne manque pas de se répercuter sur les indices du développement social. Ainsi en matière de santé, l’augmentation de la capacité hospitalière n’est pas arrivée à résorber le déficit cumulé depuis des années. La qualité des soins n’a pas suivi, non plus. Le rapport aboutit, après moult nuances, à la même conclusion dans le secteur de l’enseignement, de la lutte contre la pauvreté et de l’amélioration de la qualité de vie.

 
 
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