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Par Khalid Tritki
Rapport confidentiel. Maroc : 4 ans de surplace
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Ahmed Lahlimi,
haut commissaire au Plan (DR)
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Le dernier rapport du commissariat au plan sur la situation économique pour la période 2000-2004, démontre les limites de la politique gouvernementale. Ses formulations nuancées ne parviennent pas à atténuer l'aspect négatif des conclusions.
Le Haut Commissariat au Plan (HCP) sapprête à rendre public un rapport dévaluation du plan de développement économique et social sur la période 2000-2004. Une copie a été adressée aux membres du comité scientifique du commissariat. Cest une analyse du plan quinquennal élaboré par le gouvernement |
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Youssoufi. Le rapport porte, en partie, sur la période où Ahmed Lahlimi, lactuel haut commissaire au plan, était lun des responsables (et pas nimporte lequel) de lapplication du plan quinquennal. Cela na pas empêché les statisticiens du commissariat dadopter un ton neutre. Il nen demeure pas moins que si le rapport souligne avec force les insuffisances au niveau de linvestissement et de lemploi, les questions des droits de lhomme et de la justice sont très nuancées, voire pour certaines, passées sous silence (voir encadré). Hormis cette exception, dictée certainement par la conjoncture, mais aussi par lappartenance de cet organisme à lÉtat, le rapport du commissariat retrace, plus au moins fidèlement, les insuffisances de la période dite dalternance et de lactuel gouvernement.
Investissement et croissance mal lotis
Rappelons dabord que le plan quinquennal est un programme assez riche visant à améliorer les ratios économiques et sociaux du paysLéconomie se taille la part du lion et repose, selon le plan quinquennal, sur la réalisation dune croissance forte et créatrice demplois. La mise à niveau de léconomie et la promotion de linvestissement productif devaient être les catalyseurs de cette croissance. Cest là une notion déterminante dans la vie dun gouvernement. La force de frappe dune équipe (partout dans le monde) est justement sa capacité à redynamiser les secteurs productifs et à satisfaire la population en âge de travailler. Ce sont là deux éléments clé qui font tomber des têtes dans les démocraties occidentales. Quen est-il au Maroc ?
Le rapport de Lahlimi est catégorique (et il nest pas le seul). Les prévisions du plan nont jamais été atteintes et léconomie garde la même physionomie et la même productivité quil y a quatre ans. Le Maroc fait du surplace. En chiffres, la stagnation se vérifie. "Au lieu de 5% retenu par le plan, le taux de croissance économique moyen réalisé durant la période quinquennale na pas dépassé 3,8% par an. Ce taux moyen est resté dans le sentier tendanciel des quatre dernières décennies", souligne le rapport. Mieux encore, les chiffres avancés par le HCP contredisent une thèse chère à Fathallah Oualalou, ministre des Finances et de la privatisation. Celui-ci soutient, dur comme fer, que la dépendance de léconomie à lagriculture sestompe de plus en plus. Le HCP dit le contraire : "La part de lagriculture dans le PIB a augmenté de plus de deux points, passant de 13,6% en 1999 à 15,8% en 2004 au détriment du PIB non agricole, qui a baissé durant la même période". La distinction entre PIB agricole et non agricole permet de définir les centres forts de la croissance économique. La production intérieure brute du pays est analysée par secteur. Ce qui renseigne sur les activités qui contribuent le plus à la croissance du PIB. Les bonnes campagnes agricoles successives et lincapacité des autres secteurs à émerger comme moteurs de léconomie, ont renforcé la dépendance de la croissance par rapport au secteur primaire. Cest le fellah qui fait lessentiel, alors que lindustriel affiche une méfiance notoire vis-à-vis de la politique du gouvernement. Ce qui explique que lindustrie na progressé que 3,2% sur quatre ans alors que le plan visait une croissance de 4,8%. Pourquoi ?
La pression fiscale sintensifie
"Lobjectif de croissance économique de 5% devait être sous-tendu par un taux de progression de linvestissement brut en valeur de 10,8% par an en moyenne, ce qui suppose de porter le taux dinvestissement de 24,2% du PIB en 1999 à 28% en 2004", explique le plan. La comparaison de linvestissement, par rapport au PIB, met la lumière sur la part des revenus destinés à la création de la valeur. Or, le taux de linvestissement pendant la période analysée arrive à peine à 23,7% du PIB. Lune des raisons principales de cette stagnation est due au "ralentissement du rythme de linvestissement privé à cause du retard pris par les réformes. Cette situation serait à lorigine de lattentisme qui a caractérisé le comportement des investisseurs nationaux qui ne semblent pas disposer de suffisamment de visibilité", précise le rapport. Et les 77 milliards de dirhams draînés par les investissements directs extérieurs nont pas contribué de manière franche à la croissance. Pour cause, lessentiel de cette enveloppe est constitué de placements en portefeuilles (vente dentreprises publiques, surtout).
La fiscalité est lun des facteurs déterminants de la croissance. Si lactivité productive augmente, les recettes fiscales suivent de manière significative. Et contrairement, la stagnation de la croissance pousse vers la recherche des recettes exceptionnelles (comme la privatisation) ou laugmentation de la pression fiscale. Le rapport souligne que les recettes fiscales correspondent aux prévisions du plan quinquennal. Elles ont évolué de 2,8% par an en moyenne. Mais la pression fiscale est plus forte en 2004 quen 1999 ; elle est de 21,1% du PIB au lieu de 18,8% prévu par le plan. Cette pression reste "inéquitablement répartie et pèse essentiellement sur le secteur organisé", note le rapport. Plus on est structuré et transparent, plus on paie dimpôts, semble dire le rapport. Ceci étant, lévolution des recettes fiscales na pas agi sur les besoins de financement du trésor. LÉtat continue à sendetter. Le service de la dette intérieure a enregistré une augmentation de 5,4% en moyenne annuelle durant le quinquennat. À ce rythme, il y a risque de remettre en cause "la capacité à soutenir, à long terme, le déficit du Trésor". Dautant plus que les dépenses cumulées de fonctionnement, de compensation et de service de la dette publique représentent 80% du budget de lÉtat. Conséquence : la marge de manuvre du gouvernement est faible, ce qui ne manque pas de se répercuter sur les indices du développement social. Ainsi en matière de santé, laugmentation de la capacité hospitalière nest pas arrivée à résorber le déficit cumulé depuis des années. La qualité des soins na pas suivi, non plus. Le rapport aboutit, après moult nuances, à la même conclusion dans le secteur de lenseignement, de la lutte contre la pauvreté et de lamélioration de la qualité de vie.
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