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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Les angoisses du salon du livre de Tanger

La question principale à l’ordre du jour au Vème Salon International du Livre de Tanger (SILT) - prévu du 23 au 27 février 2005 - est angoissante : "De quoi demain sera-t-il fait ?". En fait, l’inquiétude des organisateurs qui ont décidé, depuis 2002, de mettre les rencontres intellectuelles au cœur de cet événement littéraire, est de trouver, chaque année, un nouveau thème mobilisateur. Cette année, le pari, à ce niveau au moins, est visiblement gagné puisque les trois options (diversité, singularité et universalité) proposées au débat sont au cœur de toutes les interrogations actuelles. La deuxième angoisse des parrains de la manifestation, essentiellement l’Association Tanger Région Action culturelle et l’institut français, est de parvenir à attirer des têtes d’affiche. Là aussi, le pari n’est pas perdu. Avec un Alain Joxe et Aziz Hasbi en qualité de juristes, Leïla Sebbar et Soumaya Nouamane Guesous pour la cause des femmes, Rachid Benzine, Bruno Etienne et Mohamed Arkoun sur le thème de l’islam et du dialogue des religions, des penseurs et journalistes de la trempe de Jean Daniel et Guy Sorman ou encore des spécialistes d’Algérie comme Benjamin Stora et Mohamed Harbi, le quota de la notoriété est assuré. Il y a peut-être dans le lot de ceux qui n’ont pas été cités, trop de revenants ce qui fait l’objet de critiques fréquentes, à juste titre.
Autre angoisse du SILT, la place accordée au livre proprement dit. Là, les éditeurs marocains se sentent parfois lésés. Les rencontres font de l’ombre aux acteurs principaux d’un salon que sont les livres, les auteurs et les éditeurs. A ce propos, "la place accordée à nos pairs venus de l’Hexagone est prépondérante et ce sont souvent les mêmes qui reviennent", note Ghita El Khayat d’Aïni Bennaï.
"Quand ce salon deviendra-t-il enfin, plus un lieu d’échange entre les deux rives qu’une tribune pour des intellectuels et acteurs venus de l’autre rive ?" s’interroge cet habitué de la manifestation. Il est vrai que l’équilibre savant entre intervenants étrangers et locaux est loin d’être établi. Mais faut-il s’en plaindre ? La production d’idées est forcément plus abondante ailleurs. Et même les Marocains les plus prolixes ne sont pas sur place. La preuve, Driss Chraïbi, auquel le salon a pourtant choisi de rendre hommage pour ses 50 ans de littérature. Bref, il n’y a pas de quoi s'angoisser, le salon maintient le cap.


Parution.
Des contes brodés chez Eve


Zakia Zouanat s’essaie à la littérature. Dans un style, tantôt éthéré, tantôt limpide, elle nous livre ses mille et une nuits à elle. Cela ne se passe pas dans le château d’un tyran misogyne dans le Bagdad sublime d’autrefois, mais dans les jardins d’une savante aristocrate, belle et aimante, baptisée Hawwa’. Dans un harem aux relents mystiques, l’auteur nous invite à des séances quotidiennes, où des femmes, les unes plus lettrées ou encore plus raffinées que les autres, racontent leur histoire de prédilection. La leur, quand elle vaut la peine. Sinon, celle qui permet au mieux d’évoquer l’amour, de sublimer le plaisir ou encore transporte vers les sphères de l’esprit. Le livre est construit autour d’une procession de douze narratrices, qui gravitent dans la constellation du féminin, dans sa version bourgeoise, onirique mais aussi sociale. L’ensemble est à mi-chemin entre le recueil de nouvelles, le chapelet de contes et le roman mystique d’Eve. Avec une écriture précieuse par moments, cérébrale par intermittence, mais plaisante à des intervalles irréguliers, le premier né littéraire de Zouanat l’anthropologue porte autant de traces de labeur que de plaisir. Au lecteur de faire le tri.

Z. Zouanat ; Dans le jardin de Hawwa’ : Ed. Marsam (80 dh)

 
 
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