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- Tu es Berbère ?
- Qui, moi ?!
La question de Aouatef arrive comme un petit mot sympa en plein journal télévisé de la TVM. Complètement hors sujet.
- Oui, toi. Tu es Berbère ?
- Heu non, je suis de Guercif. Cest dans le Far Est marocain. Là où les gens dansent en secouant les épaules. Cest très joli, dailleurs.
- Mais tu descends doù ?
- Heu
du quatrième étage, direction de linformatique. Un peu avant, je suis descendu du train qui vient de Guercif.
- Et tu nes pas Berbère ?
- Non.
- Tu as tort : on est tous des Berbères. Tous les Marocains sont des Berbères. Si tu dis que tu nes pas Berbère, cest que tu es arabe. Donc tu nous a envahis, colonisés culturellement. Tu as pillé nos richesses, volé notre identité, et
- Non, je ne suis pas arabe, juste Marocain. En plus, jai envahi personne, moi. Je voudrais bien envahir l'Europe, à la limite. Mais tout seul, parce que sinon, si on y va tous, ça va devenir comme ici, et ça servira plus à rien.
Ladite Aouatef se lance alors dans un discours violent où elle explique qu'elle est Berbère jusquà la moelle épinière, et que des gens comme Zakaria Boualem, qui refusent lévidence de leur condition de Berbère, contribuent à perpétrer une imposture infâme. Le problème, cest que Aouatef est une fassie BCBG, pur produit de Lyautey Anfa. En plus de vingt ans à Casablanca, elle est toujours incapable de demander son chemin en arabe. Incapable de communiquer avec le moindre darijophone sans se draper dans un accent de Neuilly. Dans ces conditions, lentendre parler dimposture a quelque chose de surréaliste. Zakaria Boualem ne comprend pas. Je sais, ça arrive souvent, que notre héros ne comprenne pas, mais je ny peux rien, cest notre pays qui est incompréhensible.
Puis, soudain, il comprend. Il comprend que Aouatef Bennis est mal dans sa peau de Marocaine. Globalement, elle nest pas fière de son identité. Vu dOccident, elle est placée dans le même sac que lArabie Saoudite, Al Qaïda et le colonel Khaddafi. Effectivement, ça n'a rien de glorieux. Du coup, cette histoire de berbérité lui a semblé une solution idéale. Cest vrai, quoi. Les Berbères sont cool : ils ont Zidane, Idir, ils ont un beau drapeau. Ils sont parfois même blonds. Ils respectent les femmes et ne posent pas de bombes. Quimporte si Aouatef ne parle pas un traître mot de tachelhit, de tamazight ou de tarifit. Quimporte si ses seuls séjours en pays berbère se limitent à quelques virées touristiques à Ouarzazate dans un 4X4 climatisé, il lui suffit didéaliser. Elle s'est autoproclamée Kabyle et elle se sent mieux dans sa carte nationale plastifiée. Soit. Cest sa réponse à la schizophrénie ambiante.
Zakaria Boualem décide de profiter de la situation et lance, avec des mots de velours : "Mani s teddit a yazenkod ? Idd anmoun a tasanu !". Faut bien s'adapter
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