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N° 164
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Khalid Tritki

Bilan gouvernemental. Driss Jettou plaide coupable

Driss Jettou,
premier minstre (AFP)
Si le gouvernement a réussi son pari sur les dossiers des infrastructures, de l’AMO et de la restructuration des entreprises publiques, il tourne toujours en rond sur ceux de la mise à niveau et de l’emploi. Driss Jettou le reconnaît et promet une réaction rapide et efficace.


"Nous avons lamentablement échoué dans la mise à niveau". La confession est de Driss Jettou lui-même lors du dîner offert chez lui à la presse. Tout au long de cette rencontre conviviale, le Premier ministre, ne cherche pas à se voiler la face, ni à jeter
la pierre aux autres. Il assume l’échec d’un des dossiers les plus importants pour l’économie nationale. Et il le fait avec courage. Surtout que les indicateurs sur l’emploi lui sont défavorables. Le Maroc compte plus d’un million de chômeurs et l’évolution, d’une année à l’autre, est tellement faible que l’impact des mesures prises depuis la nomination de l’équipe en poste est insignifiant. À qui la faute ?
Le programme du gouvernement prononcé au Parlement par le Premier ministre lors de son investiture, était axé, et le demeure toujours, sur l’amélioration des indicateurs sociaux. L’emploi y figure en bonne place. Mais les vents ne soufflent pas toujours dans le sens souhaité. Si le gouvernement a réussi sur des dossiers aussi colossaux que l’infrastructure et la mise en place de l’Assurance Maladie Obligatoire, il a tourné en rond sur d’autres. "Depuis deux ans, nous avons tenté d’accélérer la cadence de la mise à niveau par l’instauration de fonds de financements et de garantie, mais les résultats ne sont pas probants. Il faut donc arrêter de tourner en rond et de changer de cap", explique Jettou. Cet arrêt ne doit pas être interprété comme un abandon. L’exécutif sait que des entreprises paieront le prix et cherche actuellement à sauver les meubles. Perte d’emplois oblige.

Trop d’entreprises meurent
À noter que l’économie compte trois catégories d’entreprises. Celles qui sont déjà prêtes à affronter la concurrence ne sont pas concernées par la mise à niveau. En revanche, la vie des deux autres catégories en dépend. L’une d’entre elles est quasiment au bord du gouffre. "Nous ne pouvons plus protéger les entreprises qui n’ont pas anticipé l’ouverture et qui continuent à opérer dans des secteurs saturés", affirme le Premier ministre. En clair, des entreprises sont condamnées à disparaître. "Nous pouvons les aider à se reconvertir vers d’autres activités, mais pour ce faire, il faut attendre les résultats de l’étude Mackinsey sur la stratégie industrielle", précise Driss Jettou. L’aide à la reconversion est dictée par la nécessité de sauvegarder des emplois. Cela est d’autant plus capital que la croissance moyenne du Maroc, bien que supérieure à celle de la région du Maghreb, selon le Premier ministren’arrive pas à satisfaire les attentes de la population active. Certes, l’investissement domestique enregistre des scores appréciables, mais leurs effets sont invisibles sur l’emploi. Et pour cause, le taux de mortalité des entreprises est très élevé. Driss Jettou ne communique pas ce chiffre, mais confirme que la disparition des entreprises est un fait effectivement établi et dans des proportions inquiétantes. Il faut donc l’atténuer pour éviter une catastrophe sociale. L’exécutif en a conscience et table sur deux thérapies : une mise à niveau transversale et une stratégie de niches.
Depuis que le programme de la mise à niveau est en stand-by, les milieux d’affaires craignent que la nouvelle configuration ne soit favorable que pour les secteurs jugés porteurs par l’étude Mackinsey. Driss Jettou rassure : "la mise à niveau sera ouverte à tout le monde tout en la remodelant de sorte à ce qu’elle donne des fruits assez rapidement". En revanche, les bouchées seront doubles pour les niches, ou ce que l’étude appelle "les métiers mondiaux du Maroc". Implicitement, le premier ministre tient à répondre à certaines critiques concernant cette étude. Selon lui, ce n’est pas une étude comme nous en avons des tas. "Elle aura la particularité d’identifier les métiers à développer, à expliquer comment les développer, avec qui le faire et comment attirer les majors de ses métiers vers le Maroc", explique Driss Jettou. En fait, il s’agit d’un repositionnement du Maroc en fonction des industries qui affichent un potentiel de croissance au niveau mondial. Ainsi, si la tendance mondiale (à titre d’exemple) est le développement de l’industrie électronique, le Maroc doit chercher un créneau pour prendre part à la mêlée mondiale. Il peut s’agir d’un produit ou d’un sous produit, l’essentiel étant qu’il faut être dans la course. L’autre objectif est de mettre en place une stratégie de déploiement dont l’achèvement est programmé pour 2010. Comme le tourisme, l’industrie aura un objectif 2010. Cependant, aussi importante soit-elle, la stratégie n’est qu’une piste, un moyen parmi d’autres.

L’investissement tributaire de la promotion
La stimulation de l’emploi passe d’abord par l’investissement. Driss Jettou estime que les nationaux investissent contrairement à ce que des milieux proches de la Primature tentent de faire croire. Le Premier ministre semble satisfait. Il conseille même de suivre les indicateurs des importations des équipements pour en être convaincu. Toutefois, il rappelle que le niveau des investissements est tributaire de la pertinence et de la force de la promotion. "Nous avons un organe qui fonctionne bien au niveau national, mais d’autres, en amont et en aval, sont quasi absents", déplore Jettou. Ce dernier explique que le Maroc n’a pas d’études fiables sur le potentiel des régions. Chacune doit identifier son positionnement. Une fois la chose faite, elle doit définir une stratégie de promotion. Cela donnera une concurrence régionale au sein même du Maroc et à l’étranger. Driss Jettou cite l’exemple de la région catalane qui sillonne la Méditerrané pour mettre en avant ses atouts. Les régions marocaines doivent faire la même chose. Entre temps, la Primature entend booster la création d’entreprises. Pas plus loin que mercredi 16 février, une réunion s’est tenue à Rabat sous la présidence de Talbi Alami, ministre délégué en charge des Affaires économiques. L’objectif est d’améliorer l’environnement de l’entreprise. Cela passe avant tout par l’établissement d’un équilibre qui permet et la création et le développement des entreprises. Chose difficile à établir dans un marché plombé par ses propres contradictions. L’exemple que met en avant la fédération des PME est des plus éloquents : "les assureurs nous demandent de régler à l’avance, alors que de grands groupes nous font traîner pendant plus de neuf mois pour régler une facture". C’est dire combien l’environnement est en plein décalage.



Diplômés-chômeurs. L'état réagit

Les sit-in des diplômés chômeurs ne serviront plus à rien. 7000 postes budgétaires sont prévus par la loi des finances 2005 et seront accessibles par concours. Pour les chômeurs qui veulent suivre une formation qualifiante, l’État les prendra en charge. Mieux, à la fin de la formation, des financements seront proposés pour la création de petites entreprises ou de commerces. D’ores et déjà, Jettou souligne que ces formations seront orientées vers les besoins du marché. Deux branches sont déjà identifiées : l’informatique et le préscolaire. "Nous formerons massivement dans l’informatique et nous préparons la conversion des diplômés vers le pré-scolaire. Le financement que nous mettrons en place permettra la création de crèches et donc de l’auto emploi", explique Jettou. Mais avant tout, et pour ne pas tomber dans la même erreur, les étudiants qui opteront pour certaines filières à l’université, à l’instar de la faculté des sciences doivent savoir (et c’est un conseil de Jettou) qu’à 80%, il seront chômeurs. Vous êtes tenus pour avertis.

 
 
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