Sujet
Actu Économie
Témoignage. "Moi, ex-condamné à mort..."
Casablanca. Ces quartiers qui tombent
Université : l'embellie ? La revanche du peuple
Université : l'embellie ? Le retour de la philo
N° 164
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Driss Ksikes

Ils sauvent le salon du livre

De g à d : Abdellatif Laâbi,
Salim El Jay, Abdellah Laroui (DR)
Le Salon International du Livre et de l’Édition (SIEL) a meilleure allure. À première vue, certes. Mais de là à lire sur Libération qu’il "n’a plus rien à envier au Salon du livre de Paris", il y a un pas (d’ignorance ou de complaisance, va savoir) qu’on ne franchirapas. Mais alors, qu’est-ce qui a vraiment changé dans ce 11ème SIEL ? La taille des stands ? Les espaces de débats mieux circonscrits ? La chasse aux livres du patrimoine wahhabite, dorénavant concluante ? La place consacrée aux livres d’enfants et à l’édition multimedia, élargie et plus visible ? L’intérêt porté dans les conférences aux jeunes chercheurs en sciences sociales (histoire, sciences politiques, etc) ? Les
signatures d’œuvres collectives d’auteurs marocains confirmés comme Mohamed Berrada et Abdellah Zrika ? Aucun de ces arguments n’est réfutable. Mais ce qui compte le plus pour les amateurs du livre, ce sont les nouveautés, les livres longtemps attendus, les auteurs qui se calent sur l’événement pour ne pas passer inaperçus, et bien d’autres particularités littéraires qui font le sel d’un salon. Or, à ce niveau, le bilan est mitigé. Grande désillusion, le dernier né de l’anthropologue Abdellah Hammoudi, "Une saison à la Mecque"(Seuil), n’est pas disponible. Sorti il y a presque un mois, les lecteurs les plus férus attendaient cette occasion pour découvrir la dernière production de l’auteur du "Maître et ses disciples". "Nous en avons commandé 500 exemplaires mais nous ne les recevrons pas pendant le salon", confie ce responsable de Hachette, chargée de distribuer l’ouvrage. Grande surprise, par contre, le témoignage de l’historien et philosophe, Abdellah Laroui, "Le Maroc et Hassan II", qui a fait un périple de deux ans, entre éditeurs, lecteurs et journalistes, a finalement vu le jour. Coédité par les presses inter universitaires du Canada et le Centre culturel arabe (traditionnellement lié à l’auteur), ce livre, à mi-chemin entre le plaidoyer pro-Hassan II et le réquisitoire anti-dénigrement, en attire plus d’un. Il a finalement atterri dans les stands malgré le retard pris par l'imprimeur. La rencontre avec l'auteur a été un moment clé du salon. Quant au Dictionnaire des écrivains marocains (Eddif), sur lequel travaille Salim El Jay depuis plus d’une année et que la plupart des connaisseurs attendent avec circonspection, il tarde à venir. Because l’imprimeur. Dans le même registre, "l’Anthologie de la poésie marocaine" (Ed. la différence), enfin achevée par Abdellatif Laâbi, est bien au rendez vous. Comme l’est l’excellent écrivain espagnol, Juan Goytisolo, emblème d’une Espagne qui ne renie pas sa part d’arabité. Installé à Marrakech, attaché à la dimension interculturelle et engagée en faveur de la marge (à la manière d’un Jean Genet), il symbolise cette Espagne, invitée de marque du Salon. Comme Paul Coelho, autre invité de marque, représente une écriture populaire sur le destin, notion si chère à des peuples soumis comme les nôtres. Bref, ce salon ne laisse pas indifférent. L’année prochaine, arrivera-t-il à accrocher pour de bon ?


Roman.
Le zapping littéraire de Faïza


Faïza Guène, la vingtaine à peine, signe un roman excentrique, mais à partir de sa propre bulle. "Kiffe Kiffe demain" est drôle par moments, comme peut l’être une beurette qui disjoncte, banal, comme doit l’être une oeuvre désinvolte, et jamais grave, même lorsque Doria, la protagoniste, est devant sa psy, Mme Burlaud. Férue de ciné, de télé, cette lycéenne signe un roman, qui passe d’une scène à l’autre, comme on zappe d’une chaîne à l’autre. Peuplée de personnages qui se démerdent, qui draguent, qui font la fumette, qui survivent, l’histoire avance, mine de rien. À coup de chagrins d’amour, d’incursions dans le réel atroce de tous les jours, de voyages d’hommes comme Aziz qui vont se marier au Maroc et plein d’autres taquineries. À lire avec modération.

Ed. Hachette (2004)



Nécrologie.
Cérès en deuil


La maison d’édition tunisienne, Cérès, vient de perdre son fondateur et sa cheville ouvrière, Mustapha Belakhdar. Disparu la veille du SIEL, ce grand professionnel du livre a non seulement 25 ans d’édition derrière lui, mais aussi des batailles pour la professionnalisation du métier dans les pays du Sud. Mort des suites d’une maladie incurable, il aura manqué à l’appel dans un événement littéraire qu’il n’a jamais raté.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2005 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés