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Par Chadwane Bensalmia
Université : l'embellie ? La revanche du peuple
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Le 16 janvier dernier, lancement
du programme des universités par le
secrétaire d'État à la Jeunesse,
Mohamed El Gahs (DR)
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Plus de 20.000 inscrits au programme des universités populaires. Des lycéens et des universitaires qui ont depuis longtemps quitté les bancs du savoir. Aujourdhui, ils prennent leur revanche sur le temps, le système et lignorance.?
"J'ai connu mon mari durant ma deuxième année de fac. Cétait en 1980. Nous nous sommes mariés moins dun an plus tard. Très vite, je suis tombée enceinte. Bien sûr, je pensais pouvoir concilier mes obligations de mère de famille et ma vie détudiante. Mais ça na jamais duré que le temps de mes premiers mois de grossesse. Dès que jai accouché, jai réalisé |
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limpossibilité dune telle équation. Jai donc fait le choix de suspendre mes études pour quelques années. Résultat, le premier enfant a grandi, ensuite le second est arrivé, je me suis retrouvée noyée dans le quotidien. Aujourdhui, mon aîné a 23 ans. Le second en a 20 et ma vie se résume aux courses, à la cuisine et aux feuilletons télé. Avec ces cours, jai le sentiment de rattraper le temps perdu". K.A est l'une des 11340 femmes inscrites au programme des universités populaires. Et sans doute nest-elle pas la seule à correspondre à ce schéma de vie. Un petit saut à la salle Abdessamad Kenfaoui, à Casablanca le samedi après-midi ou dans nimporte quelle autre salle du pays dailleurs, suffit pour sen persuader définitivement. Des femmes et des hommes, dâges et de niveaux scolaires différents, qui prennent leur revanche sur le temps. Et une seconde revanche sur un système déducation profondément défaillant. "Jai obtenu ma licence en biologie il y a 5 ans. Un diplôme qui ne ma pas servi à grand-chose puisque je travaille dans un service commercial. Et à trente ans, je me rends enfin compte que ma véritable passion est lhistoire. Quand je pense à tout ce temps perdu simplement parce quà 19 ans, je navais personne pour morienter !" confie ce trentenaire casablancais. Dautres, moins nantis, ont dû arrêter leurs études au secondaire. "Jai simplement envie davoir de vrais sujets de discussion quand je suis attablé avec mes copains", avoue ce jeune bricoleur dans lancienne médina. Des cascomme lui constituent la majorité des inscrits (52%) et sont, pour une bonne partie, au chômage. Ils ne se font pourtant pas dillusions. Ils savent pertinemment que quelques week-ends universitaires ne changeront pas leur statut social. Ils savent aussi que le seul diplôme auquel ils auront droit, à la fin de cette première session, est un certificat dassiduité et des dizaines de kilomètres de théories et dhistoires gravées à jamais dans leur mémoire. Ils nen sont pourtant pas moins enthousiastes. "Le savoir pour le savoir", les hommes dEl Gahs semblent avoir trouvé le mot juste pour résumer cet état desprit.
"Nous avions atteint la limite de la capacité daccueil de nos salles dix jours avant la fin des délais dinscription. Y a-t-il besoin den dire plus ? Maintenant, sil y a une leçon à retenir, cest quil faut en finir avec tous ces a priori sur la complaisance des Marocains dans lignorance", commente le coordinateur national du programme, Mohamed Bouchtou.
Un mois après le lancement du programme, et au-delà de leffet de linédit, linitiative est chaque jour vécue comme une révolution par les 20 000 inscrits. Même écho chez leurs professeurs de fortune. "Lorsque je me suis proposé pour dispenser des cours de sociologie, je ne mattendais pas à un tel engouement. Je lai fait parce que jai jugé linitiative louable et admirable. Je me disais : "La sociologie est une discipline qui ne leur servira pas vraiment dans leur quotidien. Je me suis pourtant retrouvé avec 254 étudiants. Cest dire mon étonnement" rapporte le sociologue Abdellatif Aguenouch. La surprise est d'autant plus grande que la sociologie ne fait pas exception. D'autres disciplines aussi peu concrètes, telles que la philosophie et les lettres ont enregistré autant de demandes que le droit ou la gestion d'entreprise, au demeurant très pragmatiques. Dailleurs, poursuit ce dernier "je me suis surpris moi-même à retomber amoureux de ma profession face à la qualité dune audience que je ne risque pas de retrouver dans mes cours magistraux". Cest une belle brèche qua ouverte le secrétariat dÉtat à la Jeunesse en osant franchir le pas. Reste à savoir sil fera des émules. "Il y a une telle demande dans la société que les services publics ne peuvent pas à eux seuls y répondre. Il faudrait une adhésion des privés aussi car cest tout un projet de société" insiste M. Bouchtou. Jusque là, seul lInstitut des Hautes Etudes Management (HEM) avait tenté laventure, en créant en 1998, la toute première "université citoyenne". Mais seuls quelques privilégiés pouvaient en bénéficier. Avec luniversité populaire, laccès au savoir est démocratisé.
Au-delà du slogan "le savoir pour le savoir", aussi bien les organisateurs que ces étudiants du 2ème âge cherchent dans le savoir une arme contre lobscurantisme. Pourtant ces 20 000 participants ne feront pas le poids face aux dizaines de milliers de Marocains totalement désarmés intellectuellement, face aux discours populistes de quelques imams et autres illuminés. Car cest bien ceux-là que le savoir dérange. Dabord et avant tout. En atteste la sortie, la semaine dernière, de ce prêcheur dune mosquée casablancaise, qui a décrété (on dirait par nostalgie des années 70) que "les universités populaires prônent lhérésie, l'athéisme et le marxisme", invitant à loccasion son auditoire à les boycotter. La cabale na aucunement été contrée par lassistance. Cest le bon vieux cliché de la guerre entre le savoir et lignorance.
Dailleurs, en revisitant les pages de lhistoire, ou plus correctement en la remontant jusquaux origines du concept de luniversité populaire, on est tenté de faire un parallèle certes peu justifié, mais qui mérite tout de même méditation. Cest en effet, vers la fin du 19ème siècle, au moment même où laffaire Dreyfus déchirait la France des élites que lancêtre du concept a été imaginé, Le "petit peuple" nayant pas la possibilité daccéder au "savoir", ni les moyens intellectuels de participer aux grands débats nationaux, ni de faire entendre sa voix. Il se contentait de subir. Intellectuels, philosophes et historiens sétaient alors portés volontaires pour donner des cours à ce qui était appelé "la classe ouvrière". Lobjectif était alors de fournir les connaissances nécessaires pour participer à la construction de la société. Ny a-t-il pas une similitude à voir avec la réalité marocaine daujourdhui ? Encore faut-il quil y ait un projet de société chez nous. Car pour le moment, chacun prêche pour sa chapelle. |
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Nombre de bénéficiaires du programme des universités populaires
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Age
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Sexe
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Niveau scolaire
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- de 30 ans
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+ de 30 ans
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Féminin
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Masculin
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Lycéens
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Universitaires
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9 842
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9 778
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11 340
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8 280
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10 142
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9 478
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