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Par Driss Bennani
Le roi joue la carte Mansouri
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Le roi, recevant Yassine mansouri,
nouveau patron de la DGED
(Mincom)
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En nommant Yassine Mansouri à la tête des renseignements extérieurs, Mohammed VI marque une inflexion dans les dossiers terrorisme et Sahara, entame la réorganisation de larmée
et affirme définitivement son style, en sentourant dun nouvel ami denfance.
Ce qui devait arriver arriva. La promotion de Mohamed Yassine Mansouri à la tête de la DGED (Direction Générale des Etudes et de la Documentation) na surpris personne parmi ceux qui ont défilé dans son bureau du ministère de lIntérieur. Des anciens |
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exilés politiques victimes de tracasseries administratives à la police des frontières, aux activistes du Sahara accusés (souvent à tort) de militer pour le Polisario et révoqués de leurs fonctions, en passant par les lobbyistes dun rapprochement entre le Maroc et lEspagne, ses nombreux interlocuteurs sont repartis avec une conviction : cet homme pèse énormément dans les affaires intérieures du royaume. Il a le pouvoir et il va vite. "On se demandait, se rappelle cet homme politique qui a requis lanonymat, jusquoù il pouvait aller et si, comme tant dautres, il allait se contenter de discours dintention. Mais il agissait et on finissait par se dire quil devait être personnellement mandaté par le roi pour agir en son nom". Daprès des sources fiables, la nomination de Mansouri à la tête de la DGED était déjà arrêtée depuis plusieurs semaines. Mansouri voulait ce poste. Et il a tout fait pour lavoir. Depuis les attentats de mai 2003, Mansouri, conseiller officieux et ami du souverain, a mis son nez dans toutes les affaires intérieures et extérieures du pays, jouant aux pompiers de service. Non seulement il sest mêlé de dossiers aussi sensibles que le Sahara, les années de plomb Hassaniennes, ou encore la reprise entre Rabat et Madrid, mais il a eu, en plus, la chance davoir été écouté. Son approche, ses recommandations ont été les plus retenues. Sa voix sest fait entendre jusquà la télévision (2M, notamment), où il lui arrivait dagir dans les coulisses, révélant au passage que Fouad Ali El Himma nest pas le seul maître invisible de la "boîte". Comme si les dizaines de voyages, de dossiers, dexpériences et rencontres accumulées depuis quelques mois à peine lui avaient servi de répétition générale avant dhériter du portefeuille quil lorgnait ouvertement : celui des renseignements extérieurs.
Le départ du général Ahmed El Harchi était aussi bien programmé que larrivée de son successeur. El Harchi a fait son temps, même sil na dirigé la DGED que depuis lintronisation de Mohammed VI. Homme de terrain, il a participé, comme ses prédécesseurs Ahmed Dlimi et Abdelhaq Kadiri, à la guerre du Sahara. Indépendamment du dossier Sahara, cest surtout depuis les attentats de Casablanca que son maintien à la tête de la DGED a été remis en cause. Lirruption du terrorisme, et la multiplication des réseaux marocains en Europe ne lui ont pas porté bonheur. El Harchi, daprès plusieurs recoupements, a dabord souffert de la montée en puissance de Hamidou Laânigri, qui lui disputait le terrain du terrorisme, et de Fouad Ali El Himma, qui le court-circuitait régulièrement au Palais. Sans parler du dossier Sahara qui lui échappait de plus en plus au profit de Mansouri. Les rapports et les contre-rapports contradictoires se sont ainsi multipliés, mettant progressivement Harchi sur la touche. Son départ nétait pas souhaité que par le seul Mansouri. Laânigri, et surtout El Himma le voulaient aussi. Et ils ont fini par lobtenir.
A un niveau encore plus élevé, celui du Palais, le changement à la tête de la DGED semble rentrer dans une stratégie établie par Mohammed VI dès son arrivée au pouvoir : celle qui consiste à placer ses hommes de confiance, pour la plupart des condisciples, aux véritables postes de décision. Mansouri faisait partie de ce clan-là. Et, au rythme où vont les choses, il ne restera ainsi plus que le seul Hosni Benslimane, patron de la gendarmerie, à représenter la vieille garde. Le général serait-il, lui aussi, décoré et poussé à la retraite ? Mais il ny a pas que ces petits calculs. Le roi impose sa méthode, bien sûr, en cassant le moule qui fabriquait les patrons des renseignements extérieurs. Ce poste, éminemment sensible, revenait exclusivement à des militaires. Au point quil finissait par se chevaucher, parfois se téléscoper, avec les services de renseignements propres à larmée. En retirant la DGED aux généraux, et en la confiant à un professionnel du renseignement au profil de diplomate, le roi donne peut-être le coup denvoi d'une réorganisation en douceur des corps darmée. Des départs à la retraite et des changements sont en vue. Le plus important devrait concerner le commandement de la zone Sud, longtemps ballottée entre les généraux Bennani et Kadiri. Il nest dailleurs pas exclu que le général El Harchi, comme cela semblait établi dès la fin 2004, récupère malgré tout le commandement de la zone Sud
Les calculs du roi vont évidemment plus loin. La nomination de Mansouri, qui nest pas un homme de guerre, signifie, probablement, que le règlement de laffaire du Sahara passera, cette fois-ci pour de bon, par des négociations directes avec le Polisario et un renforcement des réseaux diplomatiques qui remontent jusquaux Nations-Unies. Cest Mansouri, en effet, qui a autorisé depuis Rabat le rétablissement de contacts informels entre certains acteurs politiques et membres de la société civile marocaine avec leurs homologues du Polisario. Tous ces contacts, doublés dinfiltrations et de collectes dinformations en tous genres, ont été distillés dans la plus grande discrétion depuis 2003. Dans le même registre, le changement à la tête de la DGED signifie aussi que la diplomatie marocaine reste faible et, plutôt que de changer de ministres (le Maroc compte en pratique deux ministres des A.E, Mohamed Benaïssa et Taieb Fassi Fihri), le roi a décidé de leur adjoindre Mansouri. Ne loublions pas, la DGED est au ministère des Affaires étrangères ce que la DGST est au ministère de lIntérieur. |
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DGED. La CIA marocaine
La Direction Générale des Etudes et de la Documentation opère à lextérieur du pays. Elle collecte les renseignements extérieurs pour le compte du Maroc, ce quon appelle communément faire de lespionnage. En plus de ses cadres sur place, à Rabat où elle est basée, la DGED dispose déléments présents dans la plupart des représentations diplomatiques du royaume sous le titre vague de conseillers ou attachés. Sans parler de ses collaborateurs, marocains ou étrangers, infiltrés dans la plupart des milieux, pas seulement politiques. Elle suit, bien entendu, les activités de la diaspora marocaine, mais aussi lévolution des sociétés où elle se trouve. Elle est un peu la CIA marocaine, toutes proportions gardées. Son rôle principal demeure lanticipation sur les événements qui concernent, de près ou de loin, le royaume. Ses rapports dinformations, une fois passés tous les filtres de la hiérarchie, atterrissent directement au palais royal. Depuis 1973, date de sa création, la DGED a été exclusivement dirigée par des militaires (Dlimi, Kadiri, El Harchi) qui ont la particularité davoir pris des galons dans la guerre du Sahara. Depuis 2003, le terrorisme est devenu lautre cheval de la DGED, dune importance au moins égale à celle du Sahara. Cest ce qui explique, a priori, larrivée dun civil pour diriger le département. |
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